Gammes #7 : contre le passé simple (tout contre)

On se saisit d’un personnage, y compris parmi les figures ou noms déjà évoqués dans les exercices précédents. La connaissance qu’on en a est forcément lacunaire, quel que soit l’emplacement du curseur entre fiction et réel. Le majestueux passé simple va nous servir d’horloge pour dérouler une suite d’instants de vie disposés au présent. Recto – Verso Il but un café, désormais veuf. Le premier expresso, seul, au sein de leur cuisine. Au fond du marc de café, il lit sa voix. Quand il lève les yeux, il voit cette jolie horloge qu’elle a su choisir avec le bon goût…

Gammes #6 : trouver le nom du chat

D’où nous viennent les noms et prénoms qu’on choisit pour nos personnages ? Que disent-ils d’un contexte, d’une énigme, qu’induisent-ils pour qui les lit ? Si vous avez déjà utilisé des noms et des prénoms pour vos personnages, peut-on les reprendre, développer le personnage en fonction de son nom, questionner le personnage sur ce nom, associer d’autres noms à celui-ci ? Aujourd’hui, Hortense. Je n’ai rien voulu garder de mes parents. Même pas, surtout pas leur nom. Ce ne fut que justice : après tout, ils ne se souciaient pas de nous. Il n’y avait qu’eux. Aussi, j’ai décidé que…

Gammes #5 : ouvre la porte, décroche le téléphone, appelle le serveur

S’approprier un archétype (se dire bonjour, attendre au feu rouge dans une voiture…) et le décliner en 10 exemples différents ; 10 occurrences pour un même personnage ou bien une occurrence pour 10 personnages distincts. Et titre et codicille bien sûr. Quelquefois, lui. 1. Il pose sa main sur la clenche, remarque que le métal est froid sous sa main. La forme de celle-ci s’imprime dans sa paume, il est triste. Il ne veut pas entrer dans la chambre mortuaire. Il s’oblige à calmer sa respiration, en comptant lentement, avant de baisser la poignée et de pousser la porte. Pour…

Ouverture #4 : seul, ton doux ton dur

4. Écrire comme en deux variations, l’une douce, l’autre dure. Prendre un thème, une figure qui soit un archétype, une constante. Un personnage seul livré à sa méditation intérieure par exemple. Codicille et titre. « Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur Et je reconnais tous les trains au bruit qu’ils font » Blaise Cendrars Take the « A » train Train doux Seule, elle sourit aux lignes ; ces lignes qui filent, défilent, s’effilochent. Elle ne sait trop quand elles commencent ni se terminent. Quelquefois un arbre transparaît puis se dissipe. Ou une maison. Ou…

Ouverture #3 : en long en bref mais quitter la ville

3. Toujours un paragraphe bloc. Écrire la même histoire mais selon deux approches distinctes. L’une selon le pacte du roman, l’autre selon le pacte de la nouvelle. Et codicille. L’instant décisif Format roman. Ce fut un matin qui resta pour Hortense un des plus grand moment de sa vie. Ou peut-être était-ce un soir, en fait. Mais ce fut de toute façon un moment crucial pour elle. La décision de quitter la ville fut immédiate, impérieuse, définitive. Sans retour. Elle a semblé éclore subitement. Mais en fait bien sûr, cela faisait des semaines que cela travaillait dans les sous-sols de…

Marche d’approche #2 : du dehors ? Une bien sombre histoire !

2. Toujours en un seul bloc. Un narrateur objectif, c’est le point de départ. Qui n’a pas le droit de se mêler de rien. Tension, conflit. Familial, ou pas. Pourquoi il y a mésentente, petits conflits, ou deux personnes qui ne se parlent plus. C’est à la fin du paragraphe que commencerait le roman. Et toujours un titre et le codicille. La belle famille Très rapidement, il a compris comment les choses allaient tourner. Mal, bien sûr. Lui, toujours si certain de ses incertitudes. Elle, si indifférente aux autres. Bien sûr que les choses ne tourneraient pas bien. Souvent il…

Marche d’approche #1 : romancier omniscient, voit tout sait tout

1. Écrivez le début d’un roman en utilisant la forme de l’auteur omniscient, en rendant perceptible l’omniscience de l’auteur par entrer dans les pensées d’une ou plusieurs des personnages après avoir établi la voix. Comme sujet, choisir un voyage soit l’arrivée d’un étranger (la perturbation d’un ordre — début habituel d’un roman). Exercice 5 de la série des 30 proposés par John Gardner dans « The Art of fiction ». Par ailleurs, écrire le texte en un seul paragraphe puis « le fatiguer ». Enfin, y adjoindre un petit codicille, pourquoi, comment ces choix, voire évocations de livres ou films…

Moments volés

Depuis plusieurs mois, ci et là, des moments volés, sans réelle continuité. À regarder en écoutant ceci : https://youtu.be/ONknTGUckKc Admirer le printemps qui explose en mai… Tailler le portrait d’une feuille, au détour de la douceur d’un rayon du soleil… Pouvoir faire le portrait d’un oiseau… au 90 mm… Ces prisons invisibles qui nous habitent ou que l’on croise parfois… Les déchirures poétiques de la ville… L’inévitable reflet renversé, que je ne me lasse jamais de réaliser… … et le non-moins inévitable portrait de la demoiselle… entrant paisiblement dans son sommeil… Voilà, l’été arrive. Donc à bientôt !

2020 – semaine 3 photos

Une semaine chargée côté travail, aussi j’avais anticipé. J’ai choisi un défi en street photo où je n’aurais pas 30 photos à réaliser avec une thématique en plus ardue. Et côté ALJ, n’aimant pas les grands angles, ça tombait trop bien : impossible de faire le défi 3! Voici donc le défi 3 de Street Photos : Il s’agissait d’utiliser son téléphone pour créer neuf images sur un thème donné, en étant précis et en utilisant le format carré. Puis de les disposer en grille. J’ai réalisé ce défi à Saint Etienne. Et voici la grille finale réalisée : J’ai…

2020 – semaine 2 photos

Défi 2, street photos : • faire une série de 12 photos immortalisant le lieu où vous vivez, comme avant un événement marquant un après. Cette série doit faire ressortir l’essence de là où vous vivez. J’ai beaucoup aimé ce défi. Voici donc les photos réalisées directement en noir et blanc par mon boîtier. Défi 2, compositions décentrées: Au final : Ben… je suis ravie de me remettre à des exercices photographiques réguliers. À bientôt !

2020 – semaine 1 photos

Je cherchais à enclencher un projet de longue haleine qui fasse que je sois plus régulière dans cet espace. En effet, mes projets photos en train ne me permettent pas cela, et j’apprécie de tenir régulièrement mon blog (oui je sais, cela peut sembler peu apparent. Et pourtant… ) Sur mes étagères, quelques livres que je n’avais pas pris encore vraiment le temps de lire concernant la photo, l’écriture, la créativité. Je les ai regardé, j’ai réfléchi au temps dont je dispose, à ce que je souhaite développer, aux projets déjà réalisés, à ceux en cours, à terminer. Ensuite j’ai…

2020

En 2019, j’ai encore été sur le blog dans un rythme qui n’est plus celui très régulier que j’avais au début de cette pratique. Mais grâce au blog, j’ai fait des rencontres. Et ma pratique photo s’est enrichie, l’écriture également puisqu’en rencontrant le blog de Philippe Castelneau j’ai également fini par rencontrer l’Atelier d’écriture de François Bon que j’affectionne particulièrement. Donc tout va bien malgré tout. Mais j’ai beau me dire qu’il est normal que tout ceci évolue, que c’est la vie : j’ai mauvaise conscience. Pour tout vous dire même, je me dis que… hum… Bon, y a-t-il encore…

Interstice 2: à la recherche des maisons perdues

Le souvenir évidemment lacunaire, partiel, flou ou à trous, de maison habitées autrefois, une fois l’an ou une seule fois, mais qui structurent telle nuance ou telle couleur des rêves et souvenir. Je ne pensais pas que le verre de Venise ressemblait à cela. Et par ailleurs, il était fort étrange pour moi de dormir sous cette applique ancienne, d’aspect laiteux. Cela avait été un bonheur de jouer pendant la journée avec mon frère. Nous avions sauté sur de grands ballons ayant un guidon auxquels nous pouvions nous tenir. Nous avions beaucoup ri et comparé nos sauts ainsi qu’essayé avec…

8 : nos 27 septembre

Chercher trois 27 septembre, dans des périodes charnières, ou pas, très loin dans la mémoire, ou pas, façon Christa Wolf dans « Une journée ordinaire ». Avec photos pourquoi pas. Planifier l’article pour le 27 à 00h01. 27 septembre 1994 : Je rentre de ma promenade du matin avec Cachou, mon chien. Pain frais pour le petit déjeuner, la bouilloire chauffe, et F. dort. Comme d’habitude, il se réveillera vers midi. Heureusement que je dispose de l’appartement d’à côté pour pouvoir travailler, sinon son incapacité à être dans des horaires normaux me mettrait clairement en difficulté. Je remarque véritablement depuis que nous…

7 : introspection sous verbe

Par l’accumulation et la force des verbes, et dans un bloc, naît l’introspection. (D’après « Introspection » de Peter Handke J’ai ouvert les yeux. J’ai commencé à découvrir le monde. J’ai écouté, senti, babillé, souri, goûté, craché, crié, pleuré. J’ai tenté l’équilibre et suis tombée et retombée sur mes fesses. J’ai fini par savoir marcher. J’ai très vite aimé la mer, la brise et le soleil sur la peau. Les carottes cuites mais la soupe quand elle est mixée. J’ai adoré apprendre à lire et j’ai très vite aimé farfouiller, découvrir voire rechercher les réponses qu’on me refusait. J’ai éduqué mes oreilles….

6: il elle fenêtre

Les fenêtres sont doublement réfléchissantes : c’est vous que le paysage regarde, et vous-même que vous cherchez en regardant. Un bloc prose non ponctué, qui traverse 5/6 époques. Fenêtre d’une chambre fenêtre qui s’ouvre sur un mur mur où plus loin et plus haut vers la droite il y a une petite fenêtre encore et souvent souvent oui souvent elle s’est demandée ce que l’on voyait depuis cette petite fenêtre un mur la rue un toit car ici c’est le dernier étage de l’immeuble et cette chambre de vacances est étrange avec ce mur à la fenêtre en face oui…

5 : Poterne, Jacques Roubaud

Se saisir de la forme d’une prose continue, mais où la ponctuation consiste en espaces blancs pour capter, autobiographiquement ou pas, une bulle de réel, éloigné ou proche, mais que cette forme d’écriture va rendre de la façon la plus exhaustive possible. Quelquefois______ sous le doigt________ le doigt________revient l’ombre de la corde________le ressenti du câble________le fil dans lequel se cache la justesse________la corde________le fil______ le fil sur lequel on se promène________le doigt________index funambule________orphelin de sa corne________mais toujours relié secrètement________ à la musique________encore________encore aujourd’hui________les doigts bougent comme avant________ils dansent________ils________les doigts________ils fabriquent la musique toujours________encore ________aujourd’hui________mais________mais aujourd’hui ________silencieusement________voilà que je lis do…

4 : Affinité pour la description

Se saisir d’un élément urbain par exemple, et en faire un objet texte. Une tige de métal gris clair semble avoir comme émergé du goudron. La tige est carrée, et dépasse très légèrement le mur qui est situé juste derrière elle. Mur crépi crème, surmonté par quelques tuiles de couleur brique qui ondulent. Sur cette mer urbaine une plante actuellement vert tendre, grimpante, se repose quelque peu et regarde la rue. La rue est un peu en pente, et le jeu géométrique de cet arbre de métal et de ce qui l’entoure amuse l’œil. Le trottoir descend. C’est comme s’il…

3 : Cinq fois sur le métier (Francis Ponge)

À la manière de Francis Ponge, choisir un objet du quotidien sur lequel on écrit un texte. Cinq versions successives en seront réalisées, sur cinq jours différents. 1. Rectangle. Rectangle plié, papier. Couverture un petit peu plus cartonnée, mais légèrement écornée. Fils qui s’y entrelacent, reliure. Carnet : petit cahier de poche servant à inscrire des notes, des comptes… calepin. Dessin : ornementation. Coquillages et quelques phrases. Objet optionnel utilitaire et nécessaire. Temps écoulé. Traces du temps. Passages. Moments. Housse assortie en feutrine. Cousue main. Bouloches. 2. Depuis l’enfance, l’amour pour les stylos, les carnets, les encres et les cahiers….

Troubles et reflets (1)

J’ai vécu la semaine dernière une journée délicieuse, une de celles que j’ai plaisir à nommer « Pierre blanche ». Parce qu’elles vous laissent comme un parfum, une trace, une inscription à l’intérieur de soi. Un moment de vie juste, comme écrit avec la douceur d’une pierre blanche et soyeuse. Quelquefois elles me donnent envie d’écrire (ce fut le cas). Ou bien elles me démangent d’un partage. Et là, de plus, j’avais eu la présence d’esprit d’avoir mon appareil photo avec moi. J’aime les traces que ce partage a inscrit, et j’espère que vous en apprécierez les premières impressions que je vous…