Corps # 12 : le journal du corps

Des fragments sans ponctuation pour dire au plus près la bascule des sensations lorsque le corps s’est contraint à rester immobile, le corps lui-même sujet de la narration et non le narrateur, durée, issue, cause de la situation à déterminer Expire inspire œil ouvert sur le noir pour mieux percevoir expire suavité de l’air inspire cloison nasale enivrée expire omniprésence discrète et puissance de son parfum de son odeur narines grandes ouvertes inspire nez aux aguets expire Inspire bras abandonnés relâchés expire cheveux emmêlés inspire corps immobile corps en vallons expire temporalité suspendue inspire corps en vallée corps en éveil…

Corps # 11 : corps & mains

On choisit, depuis une source autobiographique ou depuis une source extérieure, ou directement depuis une source fictive, un personnage, et on va démultiplier des images des mains : les démultiplier temporellement (différents instants repères de sa vie) ou fonctionnellement. « … Poing fermé, le pouce faisant comme des petits lancers de billes : à bientôt… — silence— « Poing sur le cœur puis qui s’enroule sur lui-même : je suis désolé. » —silence— « Frotter la pulpe des doigts sur la paume de l’autre, main bien à plat : je m’excuse. » — pause — « Doigts en bec de…

Entracte #10 : au cinéma, sans histoire

Construire un récit avec cinéma, tournage, salle, projection… y intégrer volontairement ce qu’appris dans les 9 exercices précédents. S’empêcher de toute construction d’histoire. Tenir lieux, personnages, durées, objets dans une attente, un suspens. Penser par exemple aux toiles d’Hopper sur les intérieurs/extérieurs du cinéma. Traverser sa petite histoire de cinéma. Avant, les photos. Au sol, entre le bitume et le mur, un brin d’herbe. Un peu plus loin, une tige avec un bourgeon. Anonyme, on ne sait trop encore quelle fleur s’en dévoilera. Le mur est recouvert d’un enduit blanc, à tendance grisâtre. D’étranges figures émergent des tâches et des…

Matières #9 : partir dans le décor, 2 — points de vue multiples

Écrire 3 variations de point d’énonciation, sur un même contenu visuel avec cadre, choisi dans l’un des 8 fragments écrits précédemment. Choisir celui qui nous semble le plus énigmatique et le faire dire par ces 3 personnages, avec impossibilité de mentionner quoi que ce soit de leur pré-définition. Eux 1. La table manque de chaises. C’est souvent le cas avec ces tables de marbre, façon bistrot. Elles ont été bien à la mode et c’est vrai qu’elles sont jolies, qu’elles ont une certaine allure. Mais après, il faut bien les utiliser, se poser autour, y manger. Alors quoi. Alors, on…

Matières #8 : partir dans le décor, 1 — narrateur objectif

Écrire 2 séries de 4 textes très brefs, 3/5 lignes. Une série de 4 pour des extérieurs, l’autre pour des intérieurs. Que chacun de ces 8 paragraphes nous donne le maximum à voir, sentir et entendre d’un lieu extérieur précis ; intérieur d’une pièce, extérieur grand comme là où on a les pieds. Ici Intérieurs – cuisine La table est vide, hormis ce bougeoir, au centre, d’un bleu pâle, mais pas pâlichon. Le bois est comme à vif dans certaines zones ; quelques veines perlent et affleurent ci et là. Il y a même comme un fleuve vers le coin…

Gammes #7 : contre le passé simple (tout contre)

On se saisit d’un personnage, y compris parmi les figures ou noms déjà évoqués dans les exercices précédents. La connaissance qu’on en a est forcément lacunaire, quel que soit l’emplacement du curseur entre fiction et réel. Le majestueux passé simple va nous servir d’horloge pour dérouler une suite d’instants de vie disposés au présent. Recto – Verso Il but un café, désormais veuf. Le premier expresso, seul, au sein de leur cuisine. Au fond du marc de café, il lit sa voix. Quand il lève les yeux, il voit cette jolie horloge qu’elle a su choisir avec le bon goût…

Gammes #6 : trouver le nom du chat

D’où nous viennent les noms et prénoms qu’on choisit pour nos personnages ? Que disent-ils d’un contexte, d’une énigme, qu’induisent-ils pour qui les lit ? Si vous avez déjà utilisé des noms et des prénoms pour vos personnages, peut-on les reprendre, développer le personnage en fonction de son nom, questionner le personnage sur ce nom, associer d’autres noms à celui-ci ? Aujourd’hui, Hortense. Je n’ai rien voulu garder de mes parents. Même pas, surtout pas leur nom. Ce ne fut que justice : après tout, ils ne se souciaient pas de nous. Il n’y avait qu’eux. Aussi, j’ai décidé que…

Gammes #5 : ouvre la porte, décroche le téléphone, appelle le serveur

S’approprier un archétype (se dire bonjour, attendre au feu rouge dans une voiture…) et le décliner en 10 exemples différents ; 10 occurrences pour un même personnage ou bien une occurrence pour 10 personnages distincts. Et titre et codicille bien sûr. Quelquefois, lui. 1. Il pose sa main sur la clenche, remarque que le métal est froid sous sa main. La forme de celle-ci s’imprime dans sa paume, il est triste. Il ne veut pas entrer dans la chambre mortuaire. Il s’oblige à calmer sa respiration, en comptant lentement, avant de baisser la poignée et de pousser la porte. Pour…

Ouverture #4 : seul, ton doux ton dur

4. Écrire comme en deux variations, l’une douce, l’autre dure. Prendre un thème, une figure qui soit un archétype, une constante. Un personnage seul livré à sa méditation intérieure par exemple. Codicille et titre. « Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur Et je reconnais tous les trains au bruit qu’ils font » Blaise Cendrars Take the « A » train Train doux Seule, elle sourit aux lignes ; ces lignes qui filent, défilent, s’effilochent. Elle ne sait trop quand elles commencent ni se terminent. Quelquefois un arbre transparaît puis se dissipe. Ou une maison. Ou…

Ouverture #3 : en long en bref mais quitter la ville

3. Toujours un paragraphe bloc. Écrire la même histoire mais selon deux approches distinctes. L’une selon le pacte du roman, l’autre selon le pacte de la nouvelle. Et codicille. L’instant décisif Format roman. Ce fut un matin qui resta pour Hortense un des plus grand moment de sa vie. Ou peut-être était-ce un soir, en fait. Mais ce fut de toute façon un moment crucial pour elle. La décision de quitter la ville fut immédiate, impérieuse, définitive. Sans retour. Elle a semblé éclore subitement. Mais en fait bien sûr, cela faisait des semaines que cela travaillait dans les sous-sols de…

Marche d’approche #2 : du dehors ? Une bien sombre histoire !

2. Toujours en un seul bloc. Un narrateur objectif, c’est le point de départ. Qui n’a pas le droit de se mêler de rien. Tension, conflit. Familial, ou pas. Pourquoi il y a mésentente, petits conflits, ou deux personnes qui ne se parlent plus. C’est à la fin du paragraphe que commencerait le roman. Et toujours un titre et le codicille. La belle famille Très rapidement, il a compris comment les choses allaient tourner. Mal, bien sûr. Lui, toujours si certain de ses incertitudes. Elle, si indifférente aux autres. Bien sûr que les choses ne tourneraient pas bien. Souvent il…

Marche d’approche #1 : romancier omniscient, voit tout sait tout

1. Écrivez le début d’un roman en utilisant la forme de l’auteur omniscient, en rendant perceptible l’omniscience de l’auteur par entrer dans les pensées d’une ou plusieurs des personnages après avoir établi la voix. Comme sujet, choisir un voyage soit l’arrivée d’un étranger (la perturbation d’un ordre — début habituel d’un roman). Exercice 5 de la série des 30 proposés par John Gardner dans « The Art of fiction ». Par ailleurs, écrire le texte en un seul paragraphe puis « le fatiguer ». Enfin, y adjoindre un petit codicille, pourquoi, comment ces choix, voire évocations de livres ou films…

Moments volés

Depuis plusieurs mois, ci et là, des moments volés, sans réelle continuité. À regarder en écoutant ceci : https://youtu.be/ONknTGUckKc Admirer le printemps qui explose en mai… Tailler le portrait d’une feuille, au détour de la douceur d’un rayon du soleil… Pouvoir faire le portrait d’un oiseau… au 90 mm… Ces prisons invisibles qui nous habitent ou que l’on croise parfois… Les déchirures poétiques de la ville… L’inévitable reflet renversé, que je ne me lasse jamais de réaliser… … et le non-moins inévitable portrait de la demoiselle… entrant paisiblement dans son sommeil… Voilà, l’été arrive. Donc à bientôt !

2020 – semaine 3 photos

Une semaine chargée côté travail, aussi j’avais anticipé. J’ai choisi un défi en street photo où je n’aurais pas 30 photos à réaliser avec une thématique en plus ardue. Et côté ALJ, n’aimant pas les grands angles, ça tombait trop bien : impossible de faire le défi 3! Voici donc le défi 3 de Street Photos : Il s’agissait d’utiliser son téléphone pour créer neuf images sur un thème donné, en étant précis et en utilisant le format carré. Puis de les disposer en grille. J’ai réalisé ce défi à Saint Etienne. Et voici la grille finale réalisée : J’ai…

2020 – semaine 2 photos

Défi 2, street photos : • faire une série de 12 photos immortalisant le lieu où vous vivez, comme avant un événement marquant un après. Cette série doit faire ressortir l’essence de là où vous vivez. J’ai beaucoup aimé ce défi. Voici donc les photos réalisées directement en noir et blanc par mon boîtier. Défi 2, compositions décentrées: Au final : Ben… je suis ravie de me remettre à des exercices photographiques réguliers. À bientôt !

2020 – semaine 1 photos

Je cherchais à enclencher un projet de longue haleine qui fasse que je sois plus régulière dans cet espace. En effet, mes projets photos en train ne me permettent pas cela, et j’apprécie de tenir régulièrement mon blog (oui je sais, cela peut sembler peu apparent. Et pourtant… ) Sur mes étagères, quelques livres que je n’avais pas pris encore vraiment le temps de lire concernant la photo, l’écriture, la créativité. Je les ai regardé, j’ai réfléchi au temps dont je dispose, à ce que je souhaite développer, aux projets déjà réalisés, à ceux en cours, à terminer. Ensuite j’ai…

2020

En 2019, j’ai encore été sur le blog dans un rythme qui n’est plus celui très régulier que j’avais au début de cette pratique. Mais grâce au blog, j’ai fait des rencontres. Et ma pratique photo s’est enrichie, l’écriture également puisqu’en rencontrant le blog de Philippe Castelneau j’ai également fini par rencontrer l’Atelier d’écriture de François Bon que j’affectionne particulièrement. Donc tout va bien malgré tout. Mais j’ai beau me dire qu’il est normal que tout ceci évolue, que c’est la vie : j’ai mauvaise conscience. Pour tout vous dire même, je me dis que… hum… Bon, y a-t-il encore…

Interstice 2: à la recherche des maisons perdues

Le souvenir évidemment lacunaire, partiel, flou ou à trous, de maison habitées autrefois, une fois l’an ou une seule fois, mais qui structurent telle nuance ou telle couleur des rêves et souvenir. Je ne pensais pas que le verre de Venise ressemblait à cela. Et par ailleurs, il était fort étrange pour moi de dormir sous cette applique ancienne, d’aspect laiteux. Cela avait été un bonheur de jouer pendant la journée avec mon frère. Nous avions sauté sur de grands ballons ayant un guidon auxquels nous pouvions nous tenir. Nous avions beaucoup ri et comparé nos sauts ainsi qu’essayé avec…

8 : nos 27 septembre

Chercher trois 27 septembre, dans des périodes charnières, ou pas, très loin dans la mémoire, ou pas, façon Christa Wolf dans « Une journée ordinaire ». Avec photos pourquoi pas. Planifier l’article pour le 27 à 00h01. 27 septembre 1994 : Je rentre de ma promenade du matin avec Cachou, mon chien. Pain frais pour le petit déjeuner, la bouilloire chauffe, et F. dort. Comme d’habitude, il se réveillera vers midi. Heureusement que je dispose de l’appartement d’à côté pour pouvoir travailler, sinon son incapacité à être dans des horaires normaux me mettrait clairement en difficulté. Je remarque véritablement depuis que nous…

7 : introspection sous verbe

Par l’accumulation et la force des verbes, et dans un bloc, naît l’introspection. (D’après « Introspection » de Peter Handke J’ai ouvert les yeux. J’ai commencé à découvrir le monde. J’ai écouté, senti, babillé, souri, goûté, craché, crié, pleuré. J’ai tenté l’équilibre et suis tombée et retombée sur mes fesses. J’ai fini par savoir marcher. J’ai très vite aimé la mer, la brise et le soleil sur la peau. Les carottes cuites mais la soupe quand elle est mixée. J’ai adoré apprendre à lire et j’ai très vite aimé farfouiller, découvrir voire rechercher les réponses qu’on me refusait. J’ai éduqué mes oreilles….

6: il elle fenêtre

Les fenêtres sont doublement réfléchissantes : c’est vous que le paysage regarde, et vous-même que vous cherchez en regardant. Un bloc prose non ponctué, qui traverse 5/6 époques. Fenêtre d’une chambre fenêtre qui s’ouvre sur un mur mur où plus loin et plus haut vers la droite il y a une petite fenêtre encore et souvent souvent oui souvent elle s’est demandée ce que l’on voyait depuis cette petite fenêtre un mur la rue un toit car ici c’est le dernier étage de l’immeuble et cette chambre de vacances est étrange avec ce mur à la fenêtre en face oui…