Rêverie à La Défense, octobre 2013

J’ai mis bien plus de temps que je ne l’avais imaginé à concevoir un article à partir de certaines des photos que j’ai réalisé à La Défense, en octobre dernier. J’étais à la fois heureuse et déçue de celles-ci. Je ne vous en dirais pas beaucoup plus. J’ai grandi principalement en milieu urbain et j’ai appris à rêver au sein de la ville, avec la musique et les livres. Surtout un, qui m’accompagne depuis plus de 25 ans et qui continue à m’émouvoir et m’émerveiller comme lors de ma première lecture. J’ai pensé à tout cela et j’en ai fait une balade. Je vous laisse découvrir mes fragments de promenade et de voyage intérieur.

Il y a beaucoup de lumière, partout, chaque jour.

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J’aime la plus belle des lumières, chaude, jaune, celle qui apparaît quelquefois l’après-midi sur le mur d’une chambre face au sud.

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Je la sens venir,elle m’enveloppe comme l’air mais sans rien qui trouble ou attouche, elle regarde chaque parcelle de ma peau, elle me baigne et m’éclaire. Aucune autre lumière ne sait faire cela comme elle.

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Sur les murs vit la lumière jaune. Elle resplendit sans faiblir, elle illumine sans violence. D’un mur à l’autre elle est gonflée, serrant les particules de l’air, sans laisser de place pour le vide, pour la peur. On la regarde les yeux grands ouverts, on la boit avec tous les pores de la peau.

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C’est la lumière du temps qui ne peut pas finir, du temps où l’eau a été abandonnée, et alors il ne reste plus que la poussière, la roche, la lave. Dans cette belle lumière on monte au sommet des tours, on gravit les escaliers qui conduisent au plus haut des collines, on va chercher les plateaux déserts à 3000 mètres d’altitude, pour être encore plus près, pour arriver jusqu’à sa source.

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Allongé sur le dos, les yeux fermés, avec la lumière chaude qui presse sur les paupières et sur le visage, renversé sous le poids du soleil, et on s’élargit, on s’accroit comme l’eau, on s’agrandit, on quitte le sol et on s’élève, pareil à un montgolfier.

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On n’entend pas son bruit. C’est à l’intérieur des oreilles qu’elle murmure son chant, c’est à l’intérieur du ventre qu’elle fait tourner sa ronde.

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Lumière bleue parfois, lumière pâle, qui se réverbère sur les feuillages des arbres, sur l’eau des lacs, sur les champs d’herbe. Lumière grise qui se promène avec les gouttes de la pluie.(…) Oui, il y a beaucoup de lumières, chaque jour.

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La lumière transpire par la peau.(…) La lumière occupe le cerveau, à l’intérieur du crâne, elle fait là-dedans son feu de forge (…).

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Alors on entend, on entend, pour la première fois, ce qui est plus beau que le chant de la mer, plus doux que la voix du vent dans les arbres (…) la seule musique que seules peut être les fleurs savent entendre tout le temps, le bruit très doux et très pur de la voix de la lumière.

(Toutes ces phrases sublimes sont à retrouver au sein de « L’inconnu sur la terre » de J.M.G Le Clézio, un de mes plus grand choc de littérature et de poésie.)

27 réflexions sur “Rêverie à La Défense, octobre 2013

  1. Magnifique série Cécile ! Difficile d’en retirer une favorite, peut-être le papillon de voile de l’Arche, mais les reflets sur les tours sont aussi magnifiques Joli coups d’oeil vrament.

    Belle idée d’y associer la poésie et le texte de Le Clézio est bien choisi

    • Merci Jérôme, je suis bien contente que mon mélange maison t’ai plu. J’ai beaucoup de plaisir à faire des photos en milieu très urbain; je trouve qu’il y règne plus d’espaces du sensible que ce qui peut sembler au premier abord.

  2. Les photos sont superbes. J’aime en particulier la 9, avec ce couple perdu au milieu des constructions d’acier et de verre. Poésie urbaine qu’on dirait du petit matin, dans la ville qui se réveille (mais les photos sont peut-être du soir ?).
    La musique de John Cage et les mots de Le Clézio, les couleurs et la lumière si bien captées des photos : c’est très beau, très calme. En opposition peut-être avec ce qu’on perçoit parfois de la ville quand on ne la connaît pas, mais qui parle vraiment à ceux qui ont grandi en milieu urbain. Merci.

    • Je suis ravie que mes mélanges t’aient parlé; il s’agit en fait d’une lumière de fin de journée. Mais je trouve qu’elle a effectivement cette ambiance de petit matin, avec de la douceur, pas trop de monde, quelques personnes comme des oubliés de la nuit ci et là comme ce couple (la 9 est une de celle que j’aime). Il est vrai que le milieu urbain n’est pas uniquement foule, froideur, agressivité et agitation et qu’il s’y glisse bien plus de poésie et de sensibilité que ce que l’on peut y imaginer. Désormais, moi qui vit dans une ville plus petite, je crois que j’essaye de parler de ces espaces quand je vais à Marseille ou Paris et que j’ai du temps pour photographier.

  3. Belle ode à la lumière. Tant par vos mots que par les photos.
    Ça laisse rêveur et met de bonne humeur. Même en ayant fini de lire j’en garde le sourire sur le coin des lèvres.
    Merci.

    • Oh, ça me fait vraiment plaisir: si j’ai pu offrir un rayon de soleil du coeur, c’est vraiment chouette. 🙂 Merci pour ce beau retour, et j’aime que les mots de J-M-G Le Clézio vous aient parlé.

  4. Une jolie série où la lumière est la vedette! Je suis très sensible aux différentes lumières de la journée, j’adore les premières lueurs douces du matin et les rayons apaisants de la fin de journée, du coup j’ai beaucoup aimé regarder ces photos mais aussi lire les extraits de textes que tu as (très bien) choisis.
    Tout à l’air si calme sur ces photos, on a du mal à croire que pendant la journée tant de gens y passent, se croisent et y travaillent! Une vision très originale de la Défense 🙂

    • Ce livre est une merveille qui parle de la lumière, de la musique, des petites choses qui font les belles journées. Il m’accompagne depuis le jour où je l’ai découvert et certainement, il a joué un rôle important dans mon goût pour la photo. 🙂 J’aime trouver ces îlots de calme au sein des villes, et il est vrai que cela contraste fort avec l’autre réalité de la Défense. 😉 Merci de tes mots Thursday.

  5. Oui Cécile, ces photos évoquent vraiment le bruit très doux et très pur de la voix de la lumière.
    Bravo !
    Corinne

  6. Un moment de poésie là où on ne l’attend pas… beau dialogue entre le texte, la musique et les photos!
    Tu m’as donné envie de lire ce livre que je ne connais pas… et ce morceau de J.Cage est sublime de douceur et de délicatesse… j’imaginais cette lumière, glissant le long des parois des immeubles et se retirer lentement pour laisser place à la nuit.
    Merci Cécile pour cet instant de rêverie! 🙂

  7. Ta variation sur le thème de la lumière dans la ville fonctionne bien, tout comme l’alchimie image et musique. On se laisse aller à la rêverie. Et s’il faut choisir une image parmi toutes celles que tu nous présentes, je retiendrai tout particulièrement la dernière pour sa lumière, ses reflets légèrement ondulant et ses réverbères qui telles de grosses libellules s’envolent vers l’horizon…

  8. Coup de coeur pour la photo n°4: chaque fenêtre est un tableau !! de l’abstrait jusqu’à la présence humaine.
    bravo

    • 😀 Quand j’aurai le logiciel qui faut et que je saurai m’en servir, elle sera redressée pour être un carré parfait et sera encore plus belle!!! Moi aussi je l’aime beaucoup. 🙂

  9. J’ai dû passer trop de temps à la Défense pour arriver à la voir de la manière dont tu la dépeins… Ou alors c’est juste que je n’étais jamais sur place à l’heure dorée? :). Tu arrives à merveille à faire oublier le côté pressé et fourmillant que peut avoir « la Déf’  » pour ceux qui y travaillent…

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