L’âge du peut être

14h18, c’est l’heure où elle a décidé de céder de nouveau à son désir d’écrire.

Après une longue matinée vagabonde où elle a laissé glisser le temps; où elle n’a finalement que très peu réalisé de ce qu’elle avait décidé, pourtant, la veille, de faire. Elle a rêvé, beaucoup; quelque peu échangé avec des amis par écrit ou bien au téléphone; ôté les plumes trop nombreuses parsemées sur le sol de sa chambre, et décidé qu’elle prendrait un autre jour la décision finale concernant ce vieil oreiller troué qui avait transformé le lieu du sommeil en une sorte de nid d’oiseau.

Ecrire sur quoi, s’était elle demandée? Cela vagabonde en elle, les mots s’entrechoquent, hésitent, parlent de l’ambivalence de l’été où alternent chaleur, orages, journées plus fraîches et pluvieuses. Elle se rappelle que c’est bien qu’il y ai une phrase d’accroche, qu’un texte débute avec un quelque chose qui vous donne envie de lire, encore, ensuite.

Et puis bon, pourquoi choisir un sujet; réapprendre à écrire est peut être juste laisser courir la plume, les mots, ainsi, dans l’éclectisme doux, tendre et inattendu d’un projet imprécis. Est ce ce temps perdu qui semble permettre l’émergence du renouveau du désir d’écrire? C’est la deuxième fois que cela se passe ainsi, après tout. Ou finalement cette imprécision, l’émergence du peut être serait elle l’expression du renouveau de l’écriture?

L’impétueuse et orgueilleuse nécessité qu’on lui dise « Oui, oui, absolument, entièrement » avait été omniprésente pendant un  long et fougueux moment, pendant plusieurs années des âges de sa vie; puis il y avait eu, plus tard bien sûr les années des « Non, non, non » fragiles, douloureux, terribles, criés, proclamés et actés.

Quelques moments passent en elle, en moi, derrière les paupières et aussi encore en mémoire quelque part dans le coeur; Rimbaud récité en bord de Méditerranée, je crois que c’était février, ou bien avril? Mais il ne faisait pas trop chaud, il y avait peut être du vent, et il traîne un souvenir de bouts de polystyrènes en bord de plage. C’était étrange, silencieux, finalement je ne sais si cela était beau.

Mais c’était les années du Oui qui seront pourtant tout sauf les années du temps du recevoir.

Dehors, ce jour, il pleut et puis il ne pleut pas. Les gouttes sont posées, certaines glissent, d’autres se figent. Il fait doux et cinquante nuances de gris traversent et s’inscrivent dans les nuages. Quelques voix d’enfants et leurs mots lointains et incompréhensibles se superposent à la musique choisie qui tourne en boucle, à cette ambiance intime, secrète et enveloppante.

I thought the sun rose in your eyes

And the moon and the stars were the gifts you gave

To the dark and the empty skies my love

Je ne sais pas, je ne sais rien, et finalement j’aime cela.

Il y a tout ce que je devrais faire, tous ces projets que je m’impose qui sont en attentes, là, à ce moment où j’ai juste choisi de laisser glisser les mots, sans ambition véritable. C’est le temps du peut être: qui l’aurait cru, lorsque j’avais 20 ans? Après tant de certitudes épuisantes, le plaisir du « je ne sais pas », « crois tu? », des vagabondages, des jours de vacances. Le moment des incohérences, des paroles qui se cherchent, des hésitations. Après avoir dit « je serais absente », voilà que je reviens.

Au fond de mon sac, des fragments de parfum résonnent.

Il faudra qu’une phrase sache conclure, arrêter. Après l’accroche présomptueuse, il y a la conclusion qui referme, orgueilleuse. De temps en temps, repenser à quelques règles d’écriture acquises, entendues, apprises, ça et là.

Il repasse dans le silence, soudain et inattendu alors, l’ombre de ce petit chat qui miaule, hier. Croisé alors que l’enfant a sa main dans la mienne. « Viens, je vais t’apprendre à apprivoiser un chat. » Elle, ravie, le visage déjà si lumineux qui s’éclaire encore plus. « C’est tout simple, tu lui parle un peu, et puis tu te baisse, tu le laisse venir vers toi, et puis il arrivera alors, pour la caresse ». « Oui, j’aimerai bien ». Le moment magique où le chat offre son dos à l’enfant. Le coeur chaud de ce moment tout simple et si juste.

C’est l’impératif de l’inattendu, c’est le rythme, peut être, simplement, qui est différent? Ou bien simplement que s’essaye à se dire, qu’apprend à se faufiler la simplicité de l’âge du peut être.

Comme en un conte

Comme en un conte

 

 

 

8 réflexions sur “L’âge du peut être

  1. Laisser filer, les mots en enfilade du fil du collier de la Muse… et c’est un petit moment de lecture agréable donné, un court instant d’écriture capté… Continue Cécile

    • Merci Jérôme de tes encouragements. J’essaye de laisser venir, que le rythme se trouve par lui-même; j’essaye de ne pas être dans une « discipline » d’écriture… Mais de pratiquer néanmoins… Aussi j’apprécie vraiment les encouragements, car c’est un grand défi pour moi ces moments volés sans d’autre finalité que reapprivoiser la malice de la muse. 😉

      • Pour ce genre d’exercices, je préfère la plume et le papier, parce que les ratures restent, mesurent le parcours effectué, permettent de rebondir, de revenir, et ne nécessitent pas d’ordinateur 😉

  2. Les petits moments du quotidien qui font le texte… Et ça fonctionne très bien. C’est comme pour la photo : l’attrait vient de l’angle choisi, de l’exposition, de là où l’on met la lumière…
    J’aime particulièrement la scène avec le chat et l’enfant. C’est très doux, et très juste.

    • Philippe, merci. J’ai lu tes mots il y a déjà un moment, ils m’ont été très utiles, et riches en encouragements. Et ce, d’autant plus que j’aime comme tu écris. Mais cet été est étrange en coup de théâtre, rebondissements et je ne fais absolument rien de ce que j’avais prévu dans l’ordre que j’avais imaginé!!!! Aussi c’est très tardivement que je me manifeste à nouveau. 🙂 Merci en tout cas d’avoir pris ce temps pour dire ce que tu as aimé; et si des esquisses plus régulières d’écrits se manifestent, c’est également grâce à tes encouragements.

  3. C’est ça la vraie poésie, celle liée aux différents moments de notre vie, comme transformés et transfigurés et je trouve que cette très belle photo l’illustre parfaitement.

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