De toi à moi: 1. Rainbow

Ma très chère soeur,

Me voilà à peine de retour, et déjà je me dois d’être à la musique. J’aime intégrer à ces concerts que je prépare des images, des ambiances, des moments qui m’ont touché et qui nourrissent alors un mot, une ambiance, une oeuvre, une phrase ou une couleur de voix. Et l’Italie a été très riche pour cela.

Heureusement, car aujourd’hui le temps est triste; ce ciel gris-blanc, laiteux, cette humidité persistante, têtue. Je ne sais si je finirai un jour par aimer cela. Pourtant, il ne fait pas vraiment froid… le temps est si humide que je trouve cela pire. Je n’aime pas ces entre-deux, même dans la météo, même si je progresse avec l’âge. Je préfère un froid vif, mordant, plutôt que cette sensation d’humidité qui ne va nulle part, sauf qu’il faut pourtant mettre un foulard, et puis qu’il faut quand même produire plus d’effort pour être gaie tout le long de la journée, et se dire que demain sera beau.  

Elle écoute de la musique, une façon d’intégrer les moments passés pour regarder devant. Le stylo caresse la feuille, elle cherche les mots, les impressions, elle aime que cela se mélange en elle avec les sons, les mots et la voix du chanteur.

I found a lucky charm
I dressed it up with love
I crossed the Seven Seas to you
Will it be enough?
And I will be a rainbow
Oh, while your storm is gone
And I will bring the song for you
And I will carry on

Je t’écris en écoutant en boucle « Rainbow » (tu sais que j’aime écrire en écoutant et réécoutant la même chose) bien que l’arc en ciel soit proprement impossible aujourd’hui: trop de pluie, le soleil nous ignore, il est allé fréquenter d’autres lieux, le vilain.

J’ai marché en ville, aujourd’hui: le Vizézy est proprement fort laid ce jour; il est trop gros, d’une couleur affreuse; on dirait que des litres de mauvais vin coulent et traversent la ville. J’ai pensé en marchant que ce qui me fait le plus étrange, depuis le retour d’Italie, c’est la perte des ombres. J’aime tellement le Sud pour cela, ces contrastes sur les façades, ces lignes noires sur le sol; c’est comme un autre récit offert sur la surface des choses. Que regarder: la ville ou bien ce que dessinent les lignes noires? L’étrangeté des ombres, leurs distorsions donnent une touche fantastique à ces lieux chaleureux, on dirait La Linea grandeur nature; j’aime tant cette surimpression. La part d’ombre disparaît avec cette pluie; que devient le mystère, et le choix offert au regard? Les couleurs sans le soleil sont fades, même celles de l’automne, et la pluie est trop lourde pour offrir des odeurs qui font voyager.

C’est tout ce que je n’aime pas ici qui m’est imposé ce jour.

I’m reachin’ for the stars
In the sky above
Oh, I will bring their beauty home
The colors of my love
And I will be a rainbow
Now your storm is gone
And I will bring my song to you
And I will carry on

Je ne sais si je t’ai dit, mais il y avait aussi beaucoup d’oiseaux, là-bas; des cygnes sur le lac, et aussi dans les douves; et puis des mouettes (ou en tout cas des oiseaux qui y ressemblent). Nombreux, ces oiseaux dansaient, virevoltaient fort proches des hommes: cela donnaient tellement envie de faire beaucoup de photos, au cas où les paysages ne suffiraient pas, afin de capturer un peu de leur liberté. En Italie, les mouettes ne rient pas, au contraire de celles de Marseille. Au dessus des toits, dans la ville même au centre, on entend leur rire: c’est une des musique de Marseille. Entre cela et l’odeur caractéristique de bitume et de mer, je pourrais reconnaître la ville les yeux fermés.

Elle lève la tête, juste à côté il y a le calendrier qu’elle s’est offert l’an dernier; novembre se définit avec une photo de moine qui tend la main à de beaux oiseaux blancs. Elle aime la superposition de cette image du moine et la voix de Robert Plant.

Love is enough
Though the world be a wind
And the woods have no voice but the voice of complaining
My hands shall not tremble, my feet shall not falter
The voyage shall not weary, the fish shall not alter
Hmm, It’s rainbow, oh it’s rainbow
Oh, can’t you see the eyes are the eyes of a lover

T’ai je dit combien Lucie a encore changé? Elle est très créative, entre ses spectacles et ses photos, elle a encore écrit un livre. Fini les hiboux! Elle explore de nouveaux sujets, elle est en CE1 que diable! Elle a tout bien reproduit comme d’après les vrais livres, mis son prénom et son nom, (2 fois même) sur la première page. Puis, en dessous, le titre: « Le livre de l’amoure »!! Elle a dû aller en Italie elle aussi!

Elle a pris son air que j’adore, si sérieux, quand elle m’explique les choses, et a tourné les pages pour me montrer son oeuvre. D’abord, une double page pleine de coeurs. Bon. Et puis elle tourne encore une page, et là les choses se gâtent. Je te joins la photo. 

« C’est la princesse, elle est triste, car le prince aime une autre femme, et que cela le fait rire en plus » Ah oui, les cours d’écoles sont elles si dures qu’on y découvre bien trop tôt que les amours sont pleines de larmes? Les garçons dès le CE1 seraient déjà si légers, inconstants et égoïstes? 

Pocket full of hearts

A world that’s filled with love
A love that carries all before
The passion and the flood
I lie beneath the rainbow

Tous les jours, il y avait un clin d’oeil autour de la musique; de Maria Callas à Rigoletto en passant par les petits orchestres de Venise jouant des arrangements notamment de Puccini, c’était léger et lyrique à la fois. Bellini, Verdi et tutti quanti revenaient dans ma tête. Le hasard me fait refarfouiller dans mes archives de Bel Canto personnelles pour la deuxième fois en cette année 2014, et je trouve cela bien agréable. La vie est douce ici, et que le bel Canto côtoie les vaches du Forez ne me déplaît pas, bien au contraire.

Now your tears have gone
And I will sing my song for you
And I will carry on

Je ne sais pas trop quoi penser de cette entrée prochaine en hiver.

Bien à toi.

 

10 Comments

    1. Merci beaucoup Pascaline. J’adore écrire des lettres. Je me demande si, finalement, mes fragments ne vont pas revenir sur mon terrain de jeu favori. 😉

  1. Céline

    Moi aussi j’aime cette lettre… on se promène entre les mots, les images et la musique (imaginées et évoquées). Comme tu écris bien Cécile! 🙂

    1. C’est gentil Céline. Merci de tes mots. J’avoue qu’en ce moment, je suis dans une période assez lapidaire sur ce que je produis, alors je prends les compliments!!!

      1. Ah je connais ça aussi Cécile… Je ne sais pas pour toi mais je trouve que le mois de novembre, les journées qui raccourcissent, le froid, ont tendance à « assombrir » nos pensées… Ne soit pas trop sévère avec toi-même, tu as beaucoup de belles choses en toi et que tu nous partages ici souvent 😉

        1. Je ne suis pas sûre que ce soit novembre: j’ai en moi un censeur impitoyable! Heureusement, je ne l’écoute plus, même si je le laisse encore parler. Peut être un jour j’arriverai à le supprimer…? 😉

  2. Très belle lettre en effet. Et il y a Robert Plant…

    1. On ne peut qu’écrire une belle lettre en écoutant Robert Plant. 😉

  3. J’aime. J’aime les arcs-en-ciel. Et j’aime l’idée d’écrire avec le même fond musical à l’infini comme écrin à l’humeur de l’instant… Je vais tester ça, ça me plaît, ça me plaît… bonne poursuite de chemin à toi, je reviendrai cueillir de ci de là.

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