De toi à moi: 2. The first time ever I saw your face

Ma très chère, mon âme joyeuse,

merci pour ta réponse, je suis heureuse de savoir que tu vas bien.

Ici le temps s’écoule lentement, avec une certaine douceur malgré cet automne qui passe et se déroule, implacablement. J’écris beaucoup en ce moment, je pensais faire des collages, et finalement c’est le besoin d’écrire qui est de retour. Remarque, c’est ce que je désirai au printemps. Me remettre à écrire. Et malgré moi, je m’obéis.

The first time ever I saw your face

I thought the sun rose in your eyes

And the moon and the stars were the gifts you gave

To the dark and the empty skies my love

Je ne t’ai pas dit, je crois, qu’un coq a fait son apparition dans la maison qui est juste derrière la mienne. Il est assez présent au réveil; pour l’instant nous sommes assez synchrones: c’est que les nuits sont plus longues que le jour. Je me laisse le temps de déguster les prochains mois qui vont s’écouler avant de décider si je trouve ce réveil-matin sur patte charmant ou détestable, définitivement.

Vois-tu, incontestablement, je vieillis. Je me laisse du temps pour choisir, même quand je ne suis pas sûre d’aimer l’expérience. 

Elle pose son stylo. S’évade en elle-même.

Ma chère soeur, à partir de quel moment écrit-on en soi le passé? 

Elle se lève pour aller mettre du bois dans le poêle. Bien veiller à mettre des gants, laids, mais qui évitent de collectionner les mini-échardes au bout des doigts.

Aujourd’hui, dans la matinée, cette brume qui n’en finit pas; les monts qui se détachent et se perdent à la fois dans des résidus de nuages, cette couleur de rose si doux, et puis le ciel aux nuances rouges et bleues au-dessus. J’ai détesté le matin pour finir par être émue ce soir par les couleurs et la délicatesse du ciel et de l’horizon. J’aime cette idée d’avoir évolué au cours de la journée. Et j’aime finir le jour en étant touchée.

J’ai recommencé à lire; depuis le printemps, je ne sais trop pourquoi je ne lisais plus, ou fort peu. Cela est rare, absolument. Très rares ont été les moments où je ne me suis évadée dans la journée par le livre. J’ai repris mes voyages en lisant tout à n’importe quelle heure; c’est ainsi que j’aime lire, tout le temps, tout, simplement en réponse à mon désir, ou à mon envie du moment. Peut être est ce le retour de l’écrit qui a causé tant de vagues; en moi des portes se sont réouvertes, certaines aisément, d’autres plus douloureusement. Je ne peux écrire sans errer en moi, sans divaguer à la fois dans le silence et au travers de la musique; je crée de vrais-faux souvenirs, je brode, mêle passé, présent et pure invention; c’est un espace où la vie peut être à la fois plus belle et plus triste, plus contemplative et plus floue. Sur le papier je peux encore être naïve, douce et mélancolique. Je peux être enfant et vieille femme. L’écriture peut encore être fiévreuse, puis épurée, sans réelle raison ni logique, sans justification ni censure. Là il est possible encore de pouvoir exploser dans tous les sens, sans que cela soit préjudiciable pour moi ou pour les autres.

The first time ever I kissed your mouth

I felt the earth turn in my hand

Like the trembling heart of a captive bird

That was there at my command my love

Il y a peu, il y a eu, il y aura tôt le matin, les ciels délavés, la petite ville qui sommeille encore. Elle, ses chaussures à la main, qui s’échappe pour rentrer dans sa maison. Elle, qui recommence à trop regarder l’eau, plus tard, en octobre. La mer et l’étang qui se superposent, et en elle la promesse d’il y a si longtemps, la promesse qu’elle s’est faite, de ne plus user ses yeux à regarder la mer pour se bercer le coeur. Le départ qui s’inscrit comme seule possibilité.

Ma chère soeur, à partir de quel moment écrit-on en soi le passé?

The first time ever I lay with you

And felt your heart beat close to mine

I thought our joy would fill the earth

And would last ’till the end of time my love

And would last ’till the end of time

Malgré tout, on peut se laisser surprendre.

Je suis contente, cependant, d’avoir retrouvé en moi des éclats de douceurs.

Bien à toi,


 

« De toi à moi » est un ensemble de lettres, écrites toujours autour d’une chanson. Combien y en aura-t-il? Ou cela ira-t-il? Je n’en sais rien à ce jour. Vous trouverez ci- après les 2 chansons qui ont servi de support aux deux premières lettres.

« Rainbow », la lettre numéro 1:

Puis à cette 2ème lettre:

« The first time ever I saw your face »

 

6 réflexions sur “De toi à moi: 2. The first time ever I saw your face

    • Merci Philippe. 🙂 Finalement, j’ai fini par réébaucher une sorte de projet d’ensemble d’écrit, en partant des lettres: mon grand plaisir, à déguster, à lire comme à écrire. On verra bien où cela mène. Mais je suis vraiment ravie que cela te plaise.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s