De toi à moi: 5. One note Samba

Très chère,

enfin ici l’hiver s’est affirmé, et ce fut fatigant. Froid, neige, difficulté à circuler, pas très envie de sortir de dessous la couette. Les ciels blancs et bas qui se succèdent, le paysage du quotidien qui s’efface sous les gris et le blanc.

Et puis soudain, alors qu’on ne l’attend plus on nous offre ces jours-ci comme un répit, comme une promesse future: le ciel bleu et du soleil. Bientôt, le printemps arrive. Bien sûr, c’est évident! Plus qu’un mois avant la date officielle!!!  Alors, c’est intéressant de regarder le sol et de constater que les crocus commencent à poindre. C’est donc bien vrai, il arrive…

This is just a little samba
Built upon a single note
Other notes are sure to follow
But the root is still that note

Peu de choses à te dire, ou bien trop en ce moment. Et je n’ai pas vraiment envie de me perdre dans des phrases et des récits sans fin: le soleil est encore là aujourd’hui.

Quels signaux mystérieux ont reçu ces bulbes et puis ces autres précurseurs de l’arrivée de la saison suivante?

Les explications m’importent peu, seul compte pour moi ce passage étonnant du froid, de la glace et des frissons aux doux froissements des fleurs qui commencent à émerger.

Toujours brutal, inattendu et imprévisible, bien qu’il soit cependant dans la logique des saisons que l’hiver précède le printemps.

Now this new note is the consequence of the one we’ve just been through
As I’m bound to be the unavoidable consequence of you

Merci pour ta précédente lettre en tout cas, elle m’a été très utile. J’ai pensé à l’océan, au « A » de Philémon, j’ai laissé le temps s’écouler, j’ai regardé, j’ai écouté.

De fait, j’ai surtout écouté en moi. Et je ne suis pas tombée.

There’s so many people who can talk and talk and talk

J’écris d’un seul trait. Pas même un thé qui crée une sorte de mini-pause pour que mes idées s’organisent ou s’ancrent avant d’être déposées sur le papier.

Je pense à toi, je vois ton sourire, et les mots tracent leur chemin.

C’est exactement le moment de l’année où j’ai absolument envie de laisser l’hiver peu à peu me quitter. Le printemps, c’est avant tout pour moi un état de jubilation intérieure, une saison où l’on peut se poser et déguster simplement le retour du soleil.

Si j’associe printemps à d’autres mots, vite, sans réfléchir j’obtiens: terrasse de café, dehors. Devant soi, tasse, breuvage noir, amer, délicieux.

C’est le temps du prendre le temps, c’est le temps d’écrire sur un carnet; graver en soi des scènes entrevues ou imaginées par le crayon. Ou bien sortir promener son appareil photo et faire finalement plus ou moins la même chose.

And just say nothing or nearly nothing

Je crois que c’est justement en février, il y a 15 ans désormais que j’ai décidé de partir ailleurs, de quitter ce travail où je m’ennuyais et où je ne voyais pas d’avenir pour moi, je pressentais que l’ennui allait peu à peu grignoter mon enthousiasme et ma vivacité. Refuser de mourir, et préférer risquer l’accident plutôt que m’anesthésier, m’endormir et de me tuer lentement mais sûrement. J’avais plus à y perdre qu’à y gagner. 

Peut être que c’est pour cela que l’arrivée du printemps est source pour moi d’une telle jubilation, c’est peut être le rappel de la date anniversaire, de ce moment où, regardant le ciel bleu du Sud, sur une terrasse d’un restaurant, j’ai senti que je n’y lisais pour moi strictement aucun avenir.

I have used up all the scale I know and at the end I’ve come
To nothing I mean nothing

Je me rappelle une terrasse de café, un moment de d’échange et de partage avec mon ami l’écrivain. Je lui tends un de ses livre acheté récemment pour qu’il y inscrive un petit mot. Et puis je me revois lire ses mots, un peu plus tard : « Joyeux automne ».

Je ne sais si je t’ai dit, je n’ai pas repris de chien. Lors des moments printaniers, en terrasse, j’aime à revoir toujours, son grand corps mince, tonique et délié allongé à mes côté. J’aimais tant son mélange de vivacité et de sérénité, j’aime avoir apprivoisé son absence. 

Désormais quand je pars marcher seule, je dis que je vais promener mon appareil photo. 

So I come back to my first note as I must come back to you

Au printemps de ma vie, ennuyeux, angoissant et triste,je me suis pris à rêver d’un automne flamboyant, heureux, dansant, jubilatoire. Je crois que c’est ainsi, que peu après, j’ai pris le risque du bonheur, que je me suis levée, et suis partie.

I will pour into that one note all the love I feel for you
Any one who wants the whole show show do-re-mi-fa-so-la-si-do
He will find himself with no show better play the note you know

Je ne tombe plus, chère amie, quelquefois je trébuche, et puis la marche repart.

Les saisons, je les traverse ainsi désormais, d’un pas bien plus ferme et joyeux; d’autres moments froids succèdent à de la pluie, du trop chaud, du simple beau temps à la flamboyance inattendue parfois de quelque rencontre.

Au final, ce qui compte surtout c’est que persiste désormais la note jubilatoire du « non à l’ennui ». Du oui à la vie, quoi.

Bien à toi,

Au fil des saisons de la vie, 

 


« De toi à moi » est un ensemble de lettres, écrites toujours autour d’une chanson. Combien y en aura-t-il? Ou cela ira-t-il? Je n’en sais rien à ce jour. Vous trouverez ci- après la chanson qui a servi de support à cette lettre.

12 réflexions sur “De toi à moi: 5. One note Samba

  1. Beau texte encore une fois Cécile… moi aussi je commence à penser au printemps rendu à cette période-ci de l’année (le mois le plus froid au Québec) !
    Et j’adore la voix d’Ella! (je ne savais pas qu’elle avait fait une reprise de cette chanson) 🙂
    Bon week-end!

    • Merci Céline, profite de cette saison froide qui doit être propice à intérioriser et prendre soin de soi. Profite de ses beautés austères et dénudées. Ella a toujours interprété en scat cette chanson, je trouve que c’est un choix très intelligent au vu des paroles et puis elle est quand même la reine du scat en plus!!! Il y a sur le net plusieurs versions, j’aime particulièrement celle-ci.

  2. Un texte sans photo ? Lâcherais-tu tes béquilles pour avancer dans l’écriture ? J’ai été très touché par les mots pudiques et pourtant si forts que tu poses pour évoquer la disparition du chien et son absence.

    • Et bien effectivement Philippe, en ce moment, je lâche mes béquilles. 😀 Je photographie, mais je n’écris pas nécessairement autour et la réciproque est vraie également. J’hésitais même à faire un deuxième blog spécial écrit; mais en même temps ce sont mes domaines d’expressions différents: les séparer changera-t-il quelque chose foncièrement?

      • Personnellement, je trouve ça bien de garder tout dans un seul blog. Je ne crois pas que les séparer change quelque chose, les deux sont différents, mais se répondent aussi.

        • Oui, je travaille donc ce matin à une réorganisation interne du blog plutôt… C’est comme ranger sa chambre: ça met de l’ordre dans la tête, et en ce qui me concerne… ça aide à grandir, à lâcher les béquilles, les prétextes!!! (dans le contexte, ce mot est charmant. Pré-texte? 😉 )

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