De toi à moi: 9. These foolish Things

Mon amie,

un papillon est posé sur la vitre et me ravit quand il danse. Ils se font plus rares, hélas, mais sa présence me parle du printemps. Et puis je ne sais pas, dans ma maison, rarement les papillons s’égarent; j’aime y lire comme un signe, mieux encore, comme un signe d’évolution. C’est du neuf, du vivant, du léger et du beau cependant qui arrive et s’installe chez moi. 

A cigarette that bears a lipstick’s traces,

An airline ticket to romantic places,

And still my heart has wings…

These foolish things remind me of you.

Plus le temps passe, plus il nous oblige à nous transformer, à changer, à évoluer, à faire grandir notre regard sur ce que nous sommes. Il nous faut lâcher le rêve que l’on a attendu, qui ne s’est pas incarné pour aller ailleurs et découvrir la réalité qu’on nous offre. Et finalement, est ce que notre rêve est pour autant moins beau? Et finalement, n’est ce pas une façon comme une autre de vivre son rêve? La réalité peut être encore plus riche et posséder des forces et des possibles que nous n’aurions pas rencontré si notre rêve premier s’était incarné, réalisé. Malgré soi, nous ne devenons jamais que ce que nous pouvons devenir.

A tinkling piano in the next apartment,

Those stumbling words that told you what my heart meant,

A fairground’s painted swings…

These foolish things remind me of you.

Le temps est revenu où les portes peuvent être laissées ouvertes, et l’air s’engouffrer avec plus ou moins de vivacité suivant qu’il y ai du vent ou non. La manie de ne pas supporter l’enfermement s’est assouplie, mais écrire face à une terrasse avec la porte fenêtre grande ouverte reste un très grand plaisir de l’existence. Il reste un chat à l’oeil unique qui passe, traverse la pièce et vient quelquefois rendre l’écriture plus compliquée en demandant de l’attention. La photo du chien tant aimé n’est pas très loin. Et désormais, je peux sourire et évoquer sa silhouette gracieuse et inattendue sans pincement au coeur.

You came, you saw,

You conquered me.

When you did that to me,

I knew somehow this had to be.

Ici la vie est douce, et le jardin peu organisé. Et cela m’évoque ta dernière lettre. J’aime l’éclectisme relaté de tes livres, cette façon bien à toi de ranger ta bibliothèque en laissant le tout un peu en suspens, sans vraiment le finir. Ces moments d’hésitations font le sel de la vie, c’est peut être un quelque chose que j’ai appris avec le temps passé. 

The winds of March that made my heart a dancer,

A telephone that rings,

And who’s to answer?

Oh, how the ghost of you clings…

These foolish things remind me of you.

Je m’aperçois que le marronnier du jardin de mon voisin a fleuri et porte déjà de  grandes feuilles sans que je n’ai eu le temps auparavant d’en voir les bourgeons. Où sont partis ces moments qui m’ont échappé? J’ai beau savoir que nous ne pouvons être attentifs à chaque moment qui passe, c’est étrange de se rendre compte soudain, très concrètement, que nous n’avons pas vu cela grandir, qu’un quelque chose nous a échappé. Il y a eu le marronnier aux branches vides, et puis là, voilà les grandes feuilles. Et pourtant, chaque matin, je l’ai croisé à ma fenêtre. Et pourtant chaque matin j’ai posé mon oeil sur cet arbre. J’ai regardé cet arbre sans voir, sans le voir, sans le recevoir. C‘est la vie aussi qui s’exprime par ce moment qui nous a échappé, cette trahison du temps ou bien de l’autre. Ce miroir où il n’a pas voulu se regarder, ces mots ou ces non-actes qui parlent de la limitation de ce qu’il peut offrir, juste à cet instant. Egalement de nos propres limites y compris dans notre amour pour lui. De cette rencontre et de ce qu’elle produit en nous, de ce qui va nous éloigner de lui encore un peu plus, sans que nous sachions finalement s’il sera possible de se revoir.

The first daffodil and long excited cables,

And candle lights on little corner tables,

And still my heart has wings…

These foolish things remind me of you.

Il y a ce moment où malgré soi, nous découvrons que nos plus grands chagrins ont inscrits en nous et en notre vie de si beaux arbres. Ce moment où nous découvrons que nous avons fini par garder une trace de vie intacte de ceux que nous avons aimé malgré le temps qui a continué de s’écouler. Presque par mégarde, sans même  revoir ceux qui ont croisé notre route et que l’on a follement aimé, nous avons continué et créé un quelque chose qui nous dépasse, qui dépasse même nos partages, nos rires comme nos larmes. Un quelque chose qui a fleurit, qui existe et contre lequel l’on peut se consoler de la perte, de l’absence. Un quelque chose qui conserve intact une émotion, comme au premier jour. En ce moment, tout me ramène malgré moi à Paris, à ce coffre enfoui où traînent les bruits de rêves anciens. Et me voilà qui fait comme toi avec ta bibliothèque, qui trie, qui range, jette ou garde. 

The park at evening when the bell has sounded,

The ‘Ile-de-France’ with all the gulls around it,

The beauty that is spring’s…

These foolish things remind me of you.

Il y a en moi cette pièce dans laquelle je n’étais pas entrée depuis plus de 10 ans. J’ai ouvert la porte, et retrouvé la robe de mariée, suspendue,avec même les chaussures en dessous comme si c’était hier. Expérience étrange que celle de revenir et de tout retrouver intact. Un miroir pour se regarder avec les yeux du présent, se rappeler qui l’on a été, reconnaître qui l’on est devenu en osant voyager au travers du miroir. Accueillir ses erreurs comme une expérience utile, apprivoiser ses fragilités, reconnaître sa part d’ombre et ce qui a conduit à la cassure. Apprendre à aimer sa part de responsabilité et les conséquences de ce qui n’a pas été. On regarde la robe de princesse, la robe de mariage du passé avec ses voiles, ses dentelles même pas jaunies et les si jolies chaussures car la chambre a été si fermée, si protégée que tout est resté intact comme au premier jour. Se demander ce que l’on va en faire, et prendre le temps. Surtout prendre le temps en rangeant et réaménageant la pièce. 

How strange, how sweet

To find you still,

These things are dear to me,

They seem to bring you near to me.

Rien n’a été facile depuis désormais 15 ans, et même plutôt franchement difficile. Qui aurait cru ce que cela mettrait au jour ou en lumière?  Savourer le plaisir d’être arrivé là grâce à soi. Parce que quelques mots attrapés ci et là nous ont parlés et qu’on y a cru. Et même ceux qui ont trahi ou n’ont pas aidé comme l’on avait imaginé, attendu ou rêvé, en fait, ont certainement été ceux qui ont été les obstacles les plus précieux. Au bout, il y avait un ailleurs, sans nul doute, avec bien des richesses. 

The sigh of midnight trains in empty stations,

Silk stockings tossed aside, dance invitations.

Oh, how the ghost of you clings!

These foolish things remind me of you…

C’est certainement là le secret de quitter l’attente, même si l’on y laisse des bouts de son coeur. 

Un ailleurs riche en inattendu. 

These foolish things remind me of you.

Avec toute mon amitié, au plaisir de te lire très vite,

Bien à toi,


Et pendant que Mozart m’occupait, j’ai avancé sur ce projet et décidé de le conclure. Je pensais en écrire 12, finalement j’ai choisi de m’arrêter à 9, une sorte de neuvaine de la correspondance, si je puis dire. Vous trouverez là De toi à moi: le projet le résumé de ma démarche dans ce projet. Merci pour vos encouragements et vos remarques sur ce projet.


« De toi à moi » est un ensemble de lettres, écrites toujours autour d’une chanson. Vous trouverez ci- après la chanson qui a servi de support à cette lettre.

8 Comments

  1. Jérôme

    Beau collage… belle réalisation

  2. Très sympa, et la musique est top!

    1. Merci Anne.. Pour ce projet, je me suis régalée j’avoue autant à écrire qu’à choisir des chansons qui m’inspirent. 🙂

  3. Ton écriture me parle beaucoup. Temps qui passe, temps qui enrichit, temps qui blesse, temps qui oblige à des choix de chemin, toujours garder les rênes….. pour en devenir une 😉 bises Signé : soeur à Tinou

    1. Chère Chantal, merci de ton passage et de tes mots. Quelle jolie surprise! Je t’embrasse et au plaisir. Bisous

  4. … merci pour cette belle lettre, Cécile… beaucoup de phrases résonnent en moi…

    1. Caroline, je suis touchée et contente que ce courrier trouve une réponse et des résonances en toi. merci d’avoir pris le temps de répondre, de parler.

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