Petit matin

Partir au petit matin et traverser la ville. L’air est frais et pique un peu, juste comme il faut.

Ne croiser presque personne, c’est encore le temps des vacances. Trop de commerces fermés, et puis à cette heure qui aime marcher dans la ville?

Traverser le parc et évoquer tant de moments du passé, tant de moments passés à marcher avec un chien qu’on adorait.

Le revoir si joyeux et si libre; le souvenir de son incroyable vitalité. Sa taille, parfaite, qui permettait de lui caresser la tête sans se baisser. Un chien ergonomique, en somme.

Avoir arpenté la ville et déambulé dans la nature, des heures et des heures, avec lui à ses côtés.

Un immense tunnel urbain.

C’est Marseille, et les narines se chargent de l’odeur du bitume et des pots d’échappements pendant la traversée. La Plaine, et cet homme qui aime dévoiler des bras bien trop musclés. Son chien, un pitbull qu’il ne tient que lorsque nous arrivons, car l’allure improbable de mon chien l’amuse. Il montre même au mien comme son chien grimpe aux arbres. Voir le mien essayer et le voir désarmé de ne pas pouvoir y arriver.

Se rappeler Paris, les ponts traversés et les heures passées à le déconditionner après la morsure du chien noir dressé à blesser, et non attaché.

La randonnée longue, longue où il semblait infatigable, là encore. Les torrents trop froids, et les bâtons bien trop grands qu’il aimait à aller chercher. Son jouet préféré, totalement idiot. Une courgette en plastique, souriante, décalée, improbable et joyeuse. Une courgette assise, avec des pattes en plus!

Arriver à la boulangerie, s’offrir un croissant. Dire deux, trois mots. Repartir dans l’autre sens.

Croiser quelqu’un, finalement. Lui sourire et discuter, ainsi, simplement.

Traverser de nouveau le parc. Penser à son chat, vieillissant, qui, depuis la mort du chien s’arrache les poils.

Avoir finalement su apprivoiser l’absence.

Avoir retrouvé le plaisir de traverser une ville au petit matin.

En ouvrant la porte du jardin, sentir que l’air est juste moins frais. La journée sera douce.

Ce texte a été écrit en écoutant cette chanson:

14 réflexions sur “Petit matin

  1. Tant d’émotion à te lire, pour connaître aussi l’amour inconditionnel et l’immense complicité qu’un chien peut nous apporter. Un bel hommage Cécile ! J’ai aussi beaucoup apprécié la chanson de Daphné 😉

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