Fantôme de soi écrivain

Fantôme de soi écrivain à partir du livre « Ecrivains » d’ Antoine Volodine

Il avait choisi le pseudonyme d’Hervé Durand pour écrire.

Un pseudonyme qui parlait de la simplicité, de la douceur, de la sobriété d’écriture qu’il travaillait. Des mots simples, une sorte de minimalisme qui lui semblait être nécessaire pour accéder au coeur de ceux qui lisaient ses oeuvres, car il aimait, quoiqu’il écrive, parler au coeur, ou bien comme au creux de l’oreille de ses lecteurs. Etablir un lien intime et précieux, subtil, trouver une parole juste pour une relation unique. C’est pour cela que la simplicité était sa préoccupation première, comme un parfum discret mais avec une touche un peu envoûtante néanmoins qui teinterait systématiquement le lien à son lecteur et créerait l’envie d’en savoir plus.

Il aimait aussi que les mots coulent harmonieusement, toujours avec souplesse, avec un côté aérien et une forme de poésie. Des mots courants, faciles. Des adjectifs pour rêver, pour enjoliver, pour comprendre et mettre du délicat autour de ses personnages ou au sein de ses intrigues. Mais jamais, jamais de mots compliqués. Il les déposait ci et là, comme une sorte de carte du tendre un peu décalée, un jeu de miroirs pour rendre sa prose limpide, claire et douce. Avec des habitudes d’écritures qui étaient comme des étirements, des élongations pour donner une vraie souplesse à sa prose poétique. Une gymnastique douce cachée un peu au sein de son plaisir d’écrire, de son écriture; quelque chose d’épuré qui était lumineux et qu’il avait tant de plaisir à créer, à inventer, comme s’il luttait par sa création contre ce qui l’agressait dans le monde.

Il aimait les formes petites, courtes, ébauchées. Il s’était avec le temps égaré d’ailleurs à faire toujours plus de poésie. Il passait beaucoup de temps à trouver un équilibre exact entre la justesse et la précision du mot, et le flou nécessaire à une certaine poésie. Cet équilibre n’était pas évident à trouver et caractérisait tout à fait son oeuvre. C’est après son décès ce qui a été trouvé dans ses carnets, ses notes, ses écrits ainsi que ce que racontait son entourage sur sa façon de travailler dont il ne faisait pas mystère qui nous permet de raconter tout cela .

Heureusement, il avait gardé son métier de gardien de nuit pour vivre. Il écrivait ainsi souvent au petit matin, avant d’aller s’endormir. Si bien des écrivains cultivent des habitudes, des rituels pour écrire, ce n’était pas son cas: il aimait vagabonder, au gré de son humeur, de ses idées et de sa vie et créer une unité avec ses vagabondages écrits. Il trouvait ainsi plus de fluidité dans son écriture, c’était important pour lui.

Malheureusement, son goût de la simplicité, son art d’écrire délicat et ciselé ne trouva pas beaucoup d’écho, et après une nouvelle paru dans un recueil suite à un concours qu’il a gagné, il a continué d’écrire dans l’ombre, ce qui est tellement dommage pour quelqu’un qui aimait tant la lumière.

Il est mort d’une chute à vélo, comme le musicien Ernest Chausson.

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