9. Bande-son

9. Bande-son: fermer les yeux, et voyager dans tous les sons et bruits, en se laissant flotter temporellement et spatialement, qu’on peut associer au lieu point de départ 

Devant la maison au jardin. Retrouver, revenir vers tout un univers sonore propre à cette période de sa vie, à la ville, à ce lieu même. Mais ici, on est dans la ville et l’on n’y est pas. Revenir au petit matin, allongée, au fond du lit. Les voitures passent sur la route, au loin, plus loin. Pas d’hôpitaux à proximité, ici: ce n’est pas comme dans le quartier de la Plaine. Rarement les chants des ambulances traversant la rue: pas comme chez les grands-parents. Le « pin-pon » qui arrive dans une tonalité, puis qui évolue plus loin dans une autre en se dirigeant vers l’hôpital de la Timone ou de la Conception, ces ambulances qui occupent si régulièrement l’espace sonore de la ville tout au long de la journée rue Saint Pierre. Ici aussi on est loin de la mer: pas d’oiseaux qui rient comme dans le centre ville qu’elle connaît bien. Dans la maison, sans être complètement à la campagne, il y a vraiment moins de bruits urbains. L’oreille maintenant se concentre sur le jardin: les grognements des jeux cânins, les frottements de leurs corps sur le sol et leurs courses folles autour de la maison. Tiens, Zoé entre: quelques bruits de pattes se signalent en tapotant le carrelage à éclats noir, beige et blanc. Ensuite l’eau qui explose: elle boit bruyamment, avidement, goulument, sans aucune classe. Plus tard, le grand chien qui signalera sa gamelle d’eau vide en la traînant avec sa patte, sur le sol. Sur le lit: un ronronnement heureux et imposant du chat. Certains matins, le son d’un glissement sur le sol: un gros rat mort qu’il tire suivi bientôt par le miaulement qui raconte la fierté de sa chasse et de son offrande aux chiens. La maison ne craque pas, elle est silencieuse. L’hiver, quelquefois, le bruit du vent, du mistral, mais ici, pas de volets qui claquent sur le mur comme dans le centre ville les jours où cela souffle. L’hiver, le bruit métallique de la poignée en bois du seau à charbon qui cogne, qui fait résonner le récipient en fer plein de galets noirs quand la poignée est lâchée en posant le récipient sur le sol, près du poêle. À la saison froide, aussi, la bouilloire qui siffle doucement sur ce même poêle et endort les passagers du salon systématiquement par ce minuscule et hypnotique son. Peu de bruits urbains, ici: l’espace au centre du jardin est comme un lieu protégé, hors du temps, de la ville et de son récit sonore. Quelques moments néanmoins volés à l’été. Les cigales bien sûr: dans ce coin de Marseille, on les entend. Et son plaisir secret à elle, le soir: écouter les crapauds. Elle ne se souvient pas de bruits qui parlent, racontent les voisins.

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