13. En l’attente

13. En l’attente: un point précis de la ville, et laisser faire le temps, ce point livré à son ordinaire 

C’est le matin, c’est le début de l’été. Le bleu du ciel est encore pâle au-dessus du bleu de la mer. Les restaurants sur la plage commencent à se réveiller, les terrasses sont mises en place, on installe les sièges. Ici, chaque chaise en toile porte le nom d’un acteur ou d’un cinéaste connu. Plus loin, un espace de jeu pour les enfants sur le thème de la mer, vide. Il y a un canard rouge , mais aussi un coquillage, un bateau de pirates et des cordages. Ils sont comme échoués, inutiles, à cette heure matinale. La Méditerranée glisse sur des petits cailloux, des galets, à moins que ce ne soit sur du sable. Glisse vers l’avant, puis recule. Un bruit doux la plupart du temps, qui berce, calme, persiste, indifférent à la fourmilière qui lui fait face et qui se réveille peu à peu. Entre le bord de ces plages de centre ville et la route, des joggeurs qui s’activent, suent et passent. Progressivement, avec le temps qui s’écoule, la vile se réveille. Il apparaît sur les routes qui longent ce lieu de plus en plus de véhicules et avec leur augmentation arrivent les coups de klaxons mais aussi les « boum boum » des basses des musiques écoutées bien trop fortes. Il fait beau. Sur les chemins de bois qui organisent un peu ce lieu et longent la plage, un couple d’amoureux se promène main dans la main, prend le temps, savoure cette matinée sans aucun vent. Ils s’arrêtent en regardant la Méditerranée, et la baie, s’embrassent et trouvent que la vie est belle. Un oiseau maritime dans le ciel rit au-dessus d’eux et, pas très loin, lâche une fiente. Plus tard, un peu plus loin, au début de la plage, un homme assis sur le siège « Nicole Garcia ». Il porte un tee-shirt rouge et un short bleu. Il regarde sa tasse de café, les yeux baissés. Pendant ce temps du monde descend du bus avec tongs, glacières, ballons et sacs de plages pour s’en aller se faire griller paisiblement une bonne partie de la journée. La mer a continué, immuable, avec ses va-et-vient légers et discrets, sans écume. Un musicien d’un pas allant arrive depuis la Corniche et passe à contre-courant de la masse des gens sans un regard pour les autres passants, préoccupé, sa guitare à la main.

C’est midi. Les terrasses des restaurants se remplissent, la route large à double sens, les trottoirs, la plage grouillent désormais de monde et de multiples bruits. Des minots de tailles et d’âges divers jouent au volley, sur le sable, crient et s’amusent en riant. D’autres, plus loin, au foot. Une femme seule installe son parasol, se déshabille et son beau maillot de bain une pièce noir apparaît alors. Elle sort son tube de crème solaire et commence sa tartinade. À 14h, cela se calme un peu dans les restaurants. La mer est agitée par les nombreux jeux, éclaboussures et sauts de ceux qui l’envahissent et n’écoutent pas le doux chant de ses vagues. Vers 15h, une femme sur un banc regarde le ciel, protégeant ses yeux du soleil avec son bras. Elle remarque un goéland qui trace dans le sens opposé à un avion. De temps à autre, des petits lots d’humains arrivent à la plage et recherchent un bout de terrain à s’approprier pendant que d’autres repartent. Désormais l’aire des jeux d’enfants est pleine de vie, de pirates, d’habitants du grand coquillage et le canard monté sur ressort est épuisé à force de se balancer. Tout au fond, sur l’horizon de la mer on voit la silhouette d’un bateau. Marchand peut être, à moins que ce ne soit l’un de ceux qui reviennent ou vont en Corse ou même ailleurs.

L’heure du goûter. L’habitant du fauteuil « Stanley Kubrick » croque bruyamment dans un magnum tandis que « Brigitte Bardot », en face s’apprête à savourer sa pêche melba. Sur le sable, un parent ouvre un sachet de boudoir pour son tout-petit. Des adolescentes marchent en bord de mer pour se faire admirer par de jeunes garçons bien bronzés qui jouent au ballon au bord de l’eau. La mer continue, impassible, de créer ses vagues ou vaguelettes, car quelquefois, maintenant, il y a comme un petit vent. Progressivement, les gens vont partir et quitter la plage, laissant l’espace de l’eau retrouver son calme et sa solitude. Trois gabians passent affairés dans le ciel.

Les restaurants vont préparer le service du soir. « Ah non, je ne veux pas le siège de Gérard Depardieu! » dit cette jeune femme à son copain, agacé, qui se demande s’il a bien fait de l’inviter. Les aires de jeux sont désormais vides. Le canard a fini sa journée et en est soulagé. Un doudou gît, abandonné, tel un trésor oublié, au fond du bateau. La lumière diminue sur la mer mais les va-et-vient de l’eau continuent, indifférents. Au dessus de la plage, encore quelques oiseaux passent et rient, rient. La ville grouille toujours. Les gens se croisent, s’ignorent, traversent ce territoire à pied, en scooter, en bus ou en auto et se dirigent: certains vers des lieux pour noctambules d’autres vers leurs maisons. Le soleil sur ce coin de la ville va se coucher. Plus tard, quelques personnes arrivent pour un bain de minuit. Le bruit de la mer est toujours là, stoïque, il accompagne le mouvement d’aller et de retour languissant et glissant sur les petits galets —à moins que ce ne soit le sable— aussi. Le bleu du ciel est maintenant noir au dessus du bleu de la mer. C’est le début de l’été, mais c’est la nuit. Quelques rires des baigneurs fusent, puis le silence. Bientôt ce sera le matin.

Et pour connaître les autres propositions des autres contributeurs, c’est ici.

2 Comments

  1. comme échoués
    un homme
    qui regarde son café
    et des oiseaux et des enfants
    qui rient et puis comme un petit vent
    sur un bout d’ville
    et un grand ciel qui se colore
    entre les rires et le silence
    quelques traits d’une journée lue…
    belle fin de journée, Cécile

    1. Merci Caroline. ❤️

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