20. Sans nous

20. dans « L’équipée malaise » de Jean Échenoz, un clochard s’héberge clandestinement dans le musée Jacquemart-André : bibliothèques, musées, appartements vides, stations de métro, centres commerciaux où la musique d’ambiance et les messages de service continuent le dimanche : comment est-ce que vivent ces lieux quand personne n’est là pour les décrire ? comment écrire quand y projeter un narrateur est impossible ? on voudrait une proposition libre, dérivante, exploratoire

Dans le haut du placard de la cuisine, sur la gauche, la vierge fluorescente de Lourdes illumine doucement le lieu. Juste à côté, une vierge un peu plus grande —qui vient aussi de Lourdes— pleine d’eau, celle-ci. Plus loin, plutôt vers la droite, le bas du corps d’un moine en porcelaine est utilisé comme un vide poche et l’on y trouve deux, trois pièces ainsi que des fèves — des petits santons en porcelaine— pour la petite-nièce quand elle viendra. À l’extérieur du placard, c’est tout sombre. Les cuivres de la vieille cuisinière la mettent en veilleuse, se font discrets avec la nuit. Un léger bruit, de temps en temps: une petit goutte se forme et tombe dans le filtre à eau, à côté de la pile. Sous celle-ci, une bouteille de mir à moitié entamée. La cuisine est propre. Le placard à côté de la cuisinière est fermé. Au début du couloir, l’oeilleton en cuivre qui permet de voir qui est devant la porte d’entrée, plus loin, est clos. Pas de bruit de pas sur le lino. Dans la salle à manger, les vers qui grignotent le piano le font avec élégance, goulûment mais sans bruit. Sinon tout est strictement comme d’habitude. Le cochon bleu, le petit cabanon et les autres objets de décorations de l’étagère n’ont pas bougé. Pas de poussière. Et si l’on traverse tout l’appartement, ce sera pareil. Silence. Calme. Propreté. Tiens, la salle de bain. On n’y trouve plus l’eau de cologne Saint Michel, ni non plus le vernis à ongle rose transparent. En face, une chambre. Là aussi tout est paisible. Les pierres chauffantes de la cheminée qui ressemblent un peu à des crânes semblent regarder au dessus du grand lit: mais oui, bien sûr, il y a une croix, avec Jésus, ici. Voici la dernière chambre. On y retrouve une machine à écrire, très belle, sagement cachée sous une housse en bois. Une armoire à glace, puis un bureau avec des encyclopédies au-dessus. Pas de papiers qui traînent. Une croix avec de vieux buis juste au-dessus du lit. Personne dans le lit. La propriétaire des lieux n’est pas là. Elle vient juste de partir en maison de retraite. L’appartement désormais vit une longue nuit. Sauf dans le placard où luit la Vierge Marie.

Et pour connaître les autres propositions des autres contributeurs, c’est ici.

Et c’est ainsi que s’achève ce deuxième cycle. Bientôt un départ pour le 3ème qui s’intitule  « Intensités, immersions ».

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