27. Arriver

27. gares, aéroports, parkings : la ville on l’associe toujours à comment on y arrive, comment on y entre — d’ailleurs des textes comme ça il y en a plein la littérature

Enfant. Être à l’arrière d’une voiture et tout d’abord regarder, guetter, excitée: « Ça y est! Bientôt! Je vois l’eau! C’est l’étang de Berre, là, sur la droite! » Après, ce ne sera qu’une succession de sourires et d’impatiences quasi jusqu’à l’arrivée, au centre ville, rue Saint Pierre, chez les grands-parents. Adulte. C’est déjà conduire, être devant. C’est dès le péage de Lançon que l’arrivée se prépare. Après le soulagement financier et concret que la destination finale est vraiment en approche, une pointe d’excitation —certainement un souvenir de l’enfance— et puis ça redescend. De nouveau du calme. À Berre, elle sourit. Un peu après, les panneaux: Bouc-Bel-Air, et puis Les Pennes Mirabeau. Souvent de la fatigue: elle voyage déjà depuis un moment. Mais c’est à partir de Septèmes-les-Vallons que l’entrée dans la ville va progressivement se faire. Et insidieusement, la ville va envelopper et accompagner la voiture de part et d’autre des quatre voies. La circulation va se densifier, il y aura ces mauvaises entrées qui rejoignent l’autoroute dont il faut vraiment se méfier, et puis la conduite à se ré-approprier: on ne conduit pas ici comme ailleurs, et cela fait partie des habits à reprendre en arrivant, en revenant. Traverser la ville pour arriver est long, et c’est aussi à l’intérieur d’elle-même qu’elle voyage. Tâter. Sentir, percevoir au dedans de soi comment se passe le retour, l’arrivée dans la ville. Toujours de la colère ou du chagrin? De l’ennui? Du ras-le-bol? Ce sentiment de ne pas savoir y trouver sa place, là-bas, là où elle va? Ou alors le plus rien qui va reconstruire un lien avec Massilia. Mais quelque soit la couleur de ses sentiments pour la cité, toujours cette surimpression avec le générique de « Retour à Marseille » qui s’impose. Même les jours où la circulation est lourde. Même pourtant, longtemps après ce film qu’elle n’a pas vu si souvent mais dont le début l’a saisie fortement. Direct, action! Autoroute qui emmène au centre de la ville avec de la musique. —Elle saura plus tard que c’est avec le GMEM que le cinéaste aura travaillé. Un point commun avec elle, finalement—. Titre. Quelques noms. Le film commence. On ne sait pas où nous emmène ce travelling voiture: il y a de l’émotion, une très belle façon de filmer ce déroulement du temps sur l’autoroute, ce lieu du voyage qui raconte qu’on n’est plus quelque part et qu’on est pas encore ailleurs. Ce no man’s land du moment qui avance, qui emmène, mais pour aller où? Pourquoi? Mystère. Ambivalence. Très souvent elle y pense tandis que l’autoroute se déroule, longuement, comme une sorte d’immense tapis roulant qui va l’emmener au coeur de la cité, peut être vers là où vivaient les grands parents. Son long voyage travelling à elle, qui parle du passé, d’avant. D’un film du dedans. De drames. De fragments de vie. De non-dits. De passages ici. Des allers-retours fréquents. Des chemins pris dont elle se souvient. De souvenirs qui s’égrènent avec les panneaux. Arnavaux pour aller à Verduron. La Rose & co pour aller à Montolivet. Mais là on continue, tout droit, comme dans le film. La ville nous regarde entrer, les immeubles et les maisons sont comme d’immobiles guetteurs. C’est comme si on entrait à la fois dans la gueule du loup et à la fois comme si Marseille nous saluait. L’Hôpital Nord, d’un côté, et puis des bouts de quartiers qui se succèdent et ne se ressemblent pas. Haribo. Des tags. Des maisons d’ici, tuiles et proximité d’espaces entre elles. Petites rues. Grandes avenues. Des endroits plus tristes, même, et surtout sous le soleil. Des endroits fiers. Comme dans le film: la ville la regarde s’avancer, haie d’honneur mystérieuse, le tapis roulant s’écoule encore. La musique du film résonne un peu, en un vague écho rémanent. Toujours. Le générique tourne en boucle. Espace sans parole, muet. Tant de fois cette arrivée. Guetter « Jésus est parmi nous » peint en grosses lettres bleues, encadrées par un rectangle de la même couleur sur un mur. À moins qu’il ne soit visible dans l’autre sens. Finalement, comme dans le film, la fin de l’autoroute est comme inattendue. L’histoire, l’action commence. Porte d’Aix. Premiers contacts avec les changements urbains de la ville depuis la dernière fois qu’elle est venue. Des nouveaux panneaux qui parlent de la circulation un peu différente, de quelques transformations urbaines, et puis des immeubles nettoyés, des nouveautés. Ensuite à gauche, et puis elle passera devant les escaliers de la gare Saint Charles. Finalement un autre point d’arrivée. Maintenant la ville l’a absorbé, elle digère son nouveau passager. Maintenant elle ne se sent plus observée, elle indiffère. Maintenant, il y aura un ailleurs où aller, et il faudra bientôt se garer.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici. 

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