35. Anticipation mais pas trop

35. Reprendre par copier/coller le texte précédent, mais le décaler un tout petit peu en avant dans le temps, le moins possible !

Le Nord de la ville est toujours un sandwich: Autoroute Nord, des espaces urbains, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : « le Grand Littoral ». Toujours le plus grand centre commercial de la région PACA. Des défauts de construction et quelques fissures sont apparus dans le gigantesque Carrefour. Il y a même un endroit où le terrain est instable. Un restaurant rapide de Tacos a rejoint MacDo, BurgerKing et les autres. Des boutiques ont disparu, d’autres sont arrivées. On retrouve par contre toujours l’intégralité des opérateurs de téléphonie. L’un d’entre eux n’a plus le même nom et un logo différent cependant. Toujours plus de « visiteurs » pour venir dépenser, acheter, s’endetter, consommer. Plus loin, au croisement des collines, la cité de la Castellane, encore et toujours. Ensemble de grands immeubles sans style, cité sans âme et sans espaces verts qui a vu naître Zizou. Pas de nouvelles célébrités, même parmi les guetteurs et voyous de ce 15ème arrondissement. Plus loin, les abattoirs de Saint Louis ont été fermés. Pour raison de sécurité. L’odeur du sang flotte cependant toujours dans ce lieu. La peur et terreur des bêtes, les mugissements multiples et plaintes terribles se rencontrent désormais ailleurs. Il n’a pas été décidé encore de ce qu’on allait faire des bâtiments. Les projets et idées fusent: cela va d’une école de la seconde chance à une cité d’entreprises en passant par des ateliers d’artistes. Toujours des maisons découvertes en bout de ces rues qui ressemblent à des sentiers, toujours ce quartier en haut d’une colline avec vue sur la cité et la mer. Ci et là quand même quelques nouvelles maisons en construction aux futures piscines aux emplacements illogiques, improbables. Piscines et maisons construites bien sûr avec arrangements financiers entre amis. Là, en face d’un ilot de bâtiments, un mur a été nettoyé de ses mots bombés à la peinture rouge.

La ville au Sud. Les quartiers, ici, ne sont toujours pas populaires. Et il y a toujours les calanques au bout des chemins. Le chemin des 4 chemins va être regoudronné prochainement. Ce sera ensuite au tour de celui de Morgiou. Il est toujours particulier, débute à Mazargues pour se diriger progressivement vers l’extérieur de la ville. Le quartier d’apparence calme, aux ruelles maladroites disséminées entre des cabanons retapés ou des maisons tranquilles aux tuiles oranges, le quartier des Beaumettes donc, est en crise avec sa prison. Le soleil brille et tape sur les miradors et les fils barbelés. Une réunion des habitants a lieu en ce moment— la 2ème déjà— au sujet du bâtiment neuf bien plus haut que le vieux mur. Ce bâtiment bien trop haut qui a vue sur leurs maisons est une gigantesque source de nuisance. Que faire contre les parloirs sauvages depuis la rue, le soir, et les prisonniers qui haranguent les riverains : l’un alors qu’il est dans son jardin en train d’étendre le linge, l’autre alors qu’elle est simplement dans sa cuisine à préparer le repas de midi. La situation est devenue proprement invivable. Le vieux bâtiment était terrible pour les prisonniers, insalubre à un degré insupportable, mais le plan du nouveau bâtiment que les habitants avaient approuvé ne laisser pas présager les ennuis quotidiens qui se sont révélés. Aux coins des murs ainsi que sur ceux-ci, les sept péchés capitaux regardent, observent et ne disent mot de tout cela. Mais le chemin de Morgiou continue toujours, dépasse la prison et devient tencore tranquillement celui de l’évasion, du repos, des vacances : le chemin du Parc des calanques. Encore ce changement de décor. Pierre blanche, éboulis, plus ou moins de végétations suivant les endroits. Pas de nouveaux incendies ces derniers mois : la végétation a pu continuer sa croissance et son évolution. Pins et plantes de garrigues, cols, gardes-forestiers et enfin l’accès à la mer. Cigales. Tranquillité des marcheurs, des vacanciers et de quelques familiers de ces lieux. Ils sont nombreux ce jour. Criques toujours à l’eau de mer turquoise et bleue. Rien de neuf à Sormiou ou Morgiou. Et toujours l’immense plaisir de se baigner dans l’eau fraîche après avoir eu chaud en marchant.

À l’Est de la ville, il y a toujours un jardin, une maison, un atelier dans le jardin, des noisetiers, des pruniers actuellement plein de fruits, des tomates qui sont mûres, des bignonias et lauriers-roses qui sont en fin de floraison, des lotissements, de jolies maisons, encore ce rêve de bassin avec poissons rouges, un chemin de foudre, au moins un paratonnerre, tiens là un mur s’est construit, toujours cet arrêt de bus au coin de la rue, une maison avec un écriteau « à vendre » désormais, une famille où chacun fait sa propre activité dans son coin, on entend dans une rue un air d’opéra russe, une jeune femme sort d’une auto-école après sa leçon de conduite, on trouve toujours le quartier arménien avec sa propre église, l’avenue du 24 avril 1915, un restaurant chinois qui se nomme désormais « au Pékin céleste », un traiteur italien, un camion à pizza qui vient le jeudi, plusieurs églises, des monuments aux morts avec des fleurs fraîches devant, une fenêtre cachée par des volets mi-clos, ailleurs des volets désormais vert tendre, un chat qui guette un oiseau sur une terrasse, un homme qui arrose son jardin très bien entretenu, un robinet au coin de la cuisine côté jardin, des coccinelles qui dévorent avec ardeur des pucerons, des faux acacias, des rues propres, un plan de travail en marbre dans une cuisine sur lequel un homme tourne et écrase une pâte à pizza tout en parlant avec sa femme qui sirote un café, des piscines construites selon les normes et correctement implantées où l’on nage et joue, un mobile avec des poissons dans une salle de bain qui tourne un petit peu sous l’effet d’une brise légère, un grand aquarium vide dans un salon, une femme qui traverse une rue large avec une poussette pour des triplés, une parfumerie, une librairie, un pressing et des cabinets de médecins à Saint Barnabé, quelqu’un qui boit un jus d’orange à la terrasse d’un café, des ralentisseurs, une avenue avec de nombreux virages, le vieux village de Montolivet sur la colline, des petites rues de l’époque des bastides où l’on peut se promener agréablement, un gamin qui joue sur la place, un chien qui renifle au sol avec un collier bleu et tenu en laisse par une femme avec un joli collier bleu, aussi.

Ouest. Le soleil se couche toujours ici. Sur la mer. Là où elle rencontre le ciel. Ici sombre la lumière, s’éteignent les rayons. Le soleil ce soir s’est couché en boudant. Il y avait des nuages et il n’était donc pas la vedette. Voilà. Voilà que les nuages s’éteignent doucement. La mer prend sa place progressivement. Où est le ciel ? Il n’y a pas d’étoiles ce soir. Que se passe-t-il en-dessous de la surface d’eau salée? Voilà qu’un petit poisson nage naïvement sans remarquer celui, plus gros, qui le regarde d’un oeil froid. Il se rapproche de la roche. Hop. Happé sans même l’avoir vu venir. Une disparition banale et propre. Le poisson dévoreur repart chercher d’autres petits poissons à gober afin de continuer à se nourrir. Et voilà l’archipel du Frioul, goélands nombreux et son hôpital Caroline. Il est silencieux cette nuit. Nocturne profond, sans personne qui parle dehors. Au pied d’un rocher, un vieux mégot de joint, écrasé, sur le sol. Est-ce que le lever de soleil sur l’île se fera au travers d’un ciel encore nuageux? Il sera peut-être alors impossible de voir émerger progressivement la silhouette du château d’If. À moins que. À moins que cela ne fasse comme une sorte d’ombre inattendue et étrange, comme un château blanc fantômatique au-dessus de la mer. Quartier ouest de la ville où planera alors une très vague ressemblance avec l’Ecosse et le flottement imaginaire de la légende de son monstre du Loch Ness.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici.

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