36. Du lointain

36.  on reprend à nouveau par copier/coller le texte de la 34, mais on le réécrit comme s’il s’agissait d’un « pays lointain » (Michaux), d’une ville totalement inconnue ou rêvée : ça change quoi, alors, au texte ?

C’est comme un sandwich: Autoroute Nord, des quartiers, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : la carrière de Saint Antoine et sa tuilerie. Imaginaire de poudre orange, d’ondulations pour les toits, de traditions de savoir-faire et métiers de Provence. Un espace d’une autre époque qui est devenu un grand parc. Le plus grand espace vert dans la ville de la région PACA. Un gigantesque jardin, l’inévitable fontaine, des pistes cyclables et des espaces de jeux pour enfants et adolescents. D’autres créations de paysages sont à venir. De nombreuses essences d’arbres et de végétations de Méditerranée sont également réunies. Tout pour donner envie de marcher, courir, se détendre, passer des moments en famille, jouer, profiter. Plus loin, au croisement des collines, la cité de la Castellane. Ensemble de grands immeubles sans style, cité sans âme et sans espaces verts qui a vu naître Zizou. LE Zizou —le Zinédine Zidane, quoi—. Plus loin, les abattoirs de Saint Louis. Odeur de peintures. Musique et création. Conservatoire de musique et ateliers d’artistes. Visages d’hommes ouverts, aux sens toniques pour regarder la vie avec passion. La vie au centre du sandwich, l’art et la nature qui enrichissent et font oublier la cité et la proximité des autoroutes. Quartiers aux maisons découvertes —par exemple au détour d’un presque sentier— en haut d’une colline, avec vue sur la cité et la mer. Peu de piscines aux emplacements illogiques, improbables. Peu de piscines car il y a la mer et qu’elle est propre. Là, sur un mur, en face d’un ilot de bâtiments est bombé en grandes lettres bleues « créer c’est résister ».

La ville au Sud. Les quartiers, ici, ne sont pas populaires. Plutôt bourgeois. Et les calanques ne sont pas très loin. Pour y accéder, il suffit de prendre un chemin. Chemin de Morgiou, chemin de Sormiou — il existe même un chemin des Quatre chemins— : c’est le coin des chemins, quoi. Progressivement ils se transforment, évoluent, deviennent plus champêtres, moins urbains. Celui de Morgiou est un peu particulier. Il débute quasi à Mazargues et progressivement se dirige vers l’extérieur de la ville. Il traverse un quartier calme, aux ruelles maladroites disséminées entre des cabanons retapés ou des maisons tranquilles aux tuiles oranges. C’est le quartier des Beaumettes, avec sa prison. La prison qui n’est plus celle où l’on se suicide le plus en France. Le soleil brille et tape sur les miradors et les fils barbelés. Le vieux mur a disparu. Un bâtiment neuf est dissimulé derrière un mur adéquat à celui-ci. Plus de péchés capitaux qui regardent, observent les visiteurs. Fini de culpabiliser, stigmatiser ceux qui osent encore venir ici, au bout du monde. Des personnes attendent devant la grande porte. Certains pour des parloirs, un homme au milieu du groupe vient pour animer un atelier d’écriture. Et le chemin continue, dépasse la prison. Il deviendra tranquillement celui de l’évasion, du repos, des vacances: le chemin du Parc des calanques. La pierre blanche, les éboulis se montrent peu à peu. La végétation est belle. Plus d’incendies depuis fort longtemps. Pins et plantes de garrigues, cols, gardes-forestiers et voilà la mer. Cigales. Tranquillité des marcheurs, des vacanciers et de quelques familiers de ces lieux. Criques à l’eau de mer turquoise et bleue, sable et quelques bâtiments pour Sormiou, bateaux et petit port tranquille pour Morgiou. Plaisir de se baigner dans l’eau fraîche après avoir eu chaud en marchant.

À l’Est de la ville, il y a un jardin, une maison, un atelier dans le jardin, des noisetiers, des pruniers, des tomates qui poussent contre des tuteurs torsadés, des bignonias et lauriers-roses en boutons, des chats et chiens qui s’ennuient, de jolies maisons, un rêve de bassin avec poissons rouges, une clinique privée, un mariage suite à un coup de foudre, pas de mur à construire, des gens qui parlent, communiquent, une maison avec un panneau « Vendu » devant, une famille heureuse et gaie, un quatuor d’opéra de Mozart qu’on entend délicieusement dans un salon, une auto-école avec un panneau « fermé tout le mois de juillet », un excellent restaurant arménien, l’avenue « Jean-Claude Izzo », un traiteur italien, un camion à pizza qui vient le jeudi, plusieurs églises, des monuments aux vivants, une fenêtre rieuse avec de jolis rideaux de dentelle, des volets à la peinture qui s’écorche et s’effiloche, un chaton qui découvre qu’il peut ronronner, un homme qui écrit « pense à arroser ce soir, ma chérie, merci. » sur un papier blanc, un robinet au coin de la cuisine côté jardin qui goutte un peu, des coccinelles qui volent et se posent sur les doigts des gens, des faux acacias, de vrais platanes, des rues propres, une cuisine aménagée rouge, joyeuse et sans prétention, pas de piscines sauf des bios, un mobile en bois flotté, un livre de Walter Benjamin qui attend d’être lu dans un salon, une femme qui traverse une rue large avec un chien avec un joli collier bleu, un centre bouddhiste, quelqu’un qui dessine sur la terrasse d’un café, des gens à vélo, un bébé qui rigole et un chien qui sourit.

Ouest. Le soleil se couche ici. Sur la mer et sur le port. Là, entre deux containers, sombre la lumière, s’éteignent les rayons. Le soleil ce soir s’est couché avec indifférence et dignité en ignorant la grue jaune, vide et inerte, qui tendait son long bras vers lui, pourtant. Il n’y avait pas de nuages et sa lumière a embrasé mystérieusement quelques murs de la capitainerie avant de s’effacer progressivement. Voilà que le bleu se transforme et épouse le noir de la nuit. Le mur de containers rouges, bleus et oranges s’efface et devient mystère, profondeur, inquiétude. Qu’est devenu le ciel ? C’est simplement cet espace au-dessus, avec des étoiles qui apparaissent peu à peu. Quel est ce bruit dans le silence de la nuit ? Quels habitants nocturnes trouve-t-on dans ce lieu? Quels prédateurs ? Et les hommes qui passent en ce moment sur le quai d’où viennent-ils ? Que vont-ils faire ? Voilà que celui-ci, malin, marche et se cache de façon à ce que le gardien de ces lieux ne le remarque pas. Il se rapproche de son but. C’est un peu plus loin. Entre deux containers, comme une rue qui tourne, là, dans le port. Ici un autre homme l’attend. La nuit est paisible. Il faut être très vigilant. Il y a beaucoup de silence, le moindre bruit semble par contraste être gigantesque. Le gardien veille, tourne et marche, faisant le tour des ruelles entre les containers dans l’ordre habituel de sa ronde. Dans l’ombre, les deux hommes parlent : le son de leur voix traverse très peu l’air au travers de la nuit. Un point rouge se déplace de temps en temps avec le gardien et ils sont attentifs à celui-ci. Puis, quand cela leur est possible ils repartent séparément vers la ville et de nouvelles aventures, au coeur de la nuit et de l’eau. C’est une impression agréable que celle de retrouver, pour eux, une nuit calme et simple en dehors du port et de cette rencontre secrète. Là où ces hommes vont, ils ne verront pas la lumière du soleil réveiller et faire émerger toutes les silhouettes des quais. Eau salée et sale de ces lieux, ignorée. Silence nocturne avant la vie bruyante du port sous le soleil: c’est un quartier ouest inattendu de la ville où plane aussi le souvenir et l’ombre de multiples trafics et de règlements de comptes dignes des plus grands polars.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici

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