38.Jamais dire jamais

38. en adieu à Cendrars, depuis son texte programmatique « le roman que je n’ai jamais écrit », 10 à 15 titres ou résumés en 2 lignes de livres possibles (ou pas) sur la ville dont vous parlez

Ce serait bien d’avoir une place sur un meuble, par exemple dans la maison au jardin. À cet endroit il y aurait un grand pot de céramique blanche, d’un blanc pas trop éclatant, tirant vers le crème, faisant un peu asiatique, mystérieux, avec quelques lignes ci et là sur la surface du couvercle, mais à peine, un pot si simple qu’il pourrait presque faire un peu penser à une urne funéraire. Ceux qui passeraient dans le salon se demanderaient quel est ce pot, d’où vient-il, quel est son usage. Ils en percevraient le mystère, ce léger parfum d’absurde et un quelque chose pourtant chargé de sens pour celui qui l’a choisi. Dedans, on y trouverait des papiers. Carrés, pliés en quatre. Papiers ayant été visiblement dépliés et repliés plusieurs fois. Dessus, des titres de livres, et rien d’autre. Ce pourrait être un commencement de jeu, ou bien un cimetière d’idées, à moins que ce ne soit simplement un espace clos d’imaginaire. Juste ainsi, caché, au-dedans d’un pot blanc mais pas trop. Une caverne féconde pour les jours un peu triste, un peu gris. « Au loin rayonnait le château » : écrit au stylo bleu, simple, avec une écriture plutôt ronde, mais mal équilibrée. Livre de poche. Roman de gare. Intrigue insipide dans le quartier du Vieux Port. Un bel homme, un coma, un réveil, une amnésie. « Les escaliers de la gare St Charles » : les mots sont écrits par diverses personnes, et avec des couleurs d’encres différentes. À chaque marche de l’escalier, on associe une situation ou un personnage. Face, au-dessus ou tournant le dos à la ville. Un moment d’avant ou d’après le voyage. Errances, récits, monologues, fragments. Livre collectif. «Virage Sud ou quartiers Nord» : l’écriture est féminine, dynamique. Cité, jeune homme, football, vélodrome, social, roman noir, bande-son rap. « Plus belle la ville » : écriture d’adolescent. Suite de clichés improbables sur le quartier du Panier. Clichés photographiques également, toujours effectués quand il fait beau et que le ciel est bleu. « Qué boudiou de recueil! » : écriture nerveuse. Des engatses à chaque page, certes. Mais un humour qu’on ne garde pas en mémoire. Qui ne nourrit pas. Manque d’esprit. Marseille est trop clinquant, ici. « Haïkus » : petite écriture fine sur papier de soie. Printemps sur la mer / À l’est de l’embouteillage / Formidablement. Nombreux Haïkus improbables qui sembleraient parler des saisons dans la ville, en 5 / 7 / 5. « Alexia et le fada » : écriture fragile, un peu malhabile, au style noir. Premier tome d’une tentative de roman pour adolescents qui se passe au centre de Marseille. L’héroïne est une brillante élève du lycée Thiers. « Matricule 534 » : écriture ferme, au stylo plume à encre noire. Récit autobiographique. Descente aux enfers et rédemption d’un cocaïnomane meurtrier qui passe par le quartier haute sécurité de la prison des Beaumettes. « Recettes des Cours » : écriture à l’ancienne, lettres extrêmement bien formées, élégantes, égales et racées. Livre de cuisine aux recettes typiquement marseillaises, recettes collectées. Associées à des Cours de la ville: Cours Pierre Pujet, Julien… « Marseille s….  » : on ne voit pas les derniers mots écrits. Le papier a été mouillé. Ce pourrait être : « Marseille sans toi » : une correspondance entre deux personnes séparées géographiquement. Ou bien « Marseille sûre » : des plans et un projet politique utopiste pour une cité sans brigands. « Marseille solidaire » : livre-guide qui énumèrerait tous les bons plans de récup, dépôts-ventes et autres pour vivre solidaire dans la cité. Il y aurait même des habitats partagés. « Marseille sous la Révolution ». Livre historique. Compliqué. Aride et écrit par un éminent historien, bien entendu marseillais. Ce serait bien d’avoir une place sur un meuble, par exemple dans la maison au jardin. Et dans l’urne, il y aurait quelques carrés vides, à remplir avec sa propre écriture, pour les visiteurs, pour continuer ce drôle de voyage et enrichir de plusieurs bouquins cette librairie inattendue.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici.

One Comment

  1. Te lire me donne envie d’en mettre un, de pot blanc crème comme celui-là. Et d’en faire quelque chose comme ça.

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