41. Entre doubles crochets

41. sur une de vos précédentes contributions, travail d’expansion interne, façon W de Georges Perec

Travail réalisé sur la proposition 1 :

Quand elle était revenue, la première chose qu’elle avait vu c’était ce mur. [[ Lisse, neuf, et d’un rose discret. ]]  Sur le côté du chemin. À gauche. Il y avait désormais un mur. Voilà. La maison était désormais fermée au regard, protégée, [[ entourée. ]] C’est ce que cela lui évoquait, [[ ce mur enduit d’un rôle pâle. Cette protection, ]] cette transformation qu’elle avait [[ tant ]] espéré pouvoir réaliser à l’époque. Et puis étaient venues les questions [[ au sujet du jardin. Qu’étaient devenues les plantes? L’ amandier.. ]] Et le seringa. [[ Et puis ses préférées, les grimpantes. ]] Le jasmin d’été, d’hiver. Le bignonia. Toutes les plantes qui poussaient contre ou pour couvrir le grillage, qu’étaient elles devenues? [[ Comme ]] le laurier avait dû grandir… Elle découvre qu’elle ne se rappelle plus de la couleur de ses fleurs. [[ Étaient-elles blanches, ou roses, du rose proche de celui des Belles-de-nuits? Et cette plante qui faisait des fruits un peu comme des poivrons… ]] La plante grimpante dont elle a oublié le nom… [[ Elle se rappelle ]] elle l’avait récupéré sur le sol en jardinant. [[ Elle avait suivi la tige souple, étonnée de voir que celle-ci, même au sol, avait grandi, s’était bien développée. Avait compris avant même de la connaître qu’il faudrait l’aider. ]] Le fil de pêche qu’elle avait installé sur l’autre partie du mur pour qu’elle s’y accroche… [[ Et puis soudain, ça lui chatouille la langue. Peri. Ploca. Sepium. Et la question jaillit. ]] Et le periploca sepium, qu’est il devenu? Drôle de chose que la mémoire: [[ Voilà qu’ ]] en se rappelant toutes les plantes qu’elle avait choisi ou les quelques sauvegardées [[ lorsqu’elle vivait à Marseille, dans la maison au jardin ]] lui revient ce nom. [[ Nom bien latin. ]] Periploca sepium. Uniquement le nom, rien d’autre de cette plante [[ , hormis son fruit comme un poivron. Aucun souvenir de ses fleurs, ]] et plus ou moins l’emplacement de celle-ci, vaguement, plutôt vers l’arrière [[ du jardin ]] et le portail, côté chemin. [[ Les souvenirs se réveillent, progressivement. Elle se rappelle ]] Les chants des crapauds —ou grenouilles?— le soir, sinon. L’odeur typique de la maison et de la terre. Poussière, fenouil et noisette. Le début de sa vie d’adulte [[ |à-bas, dans la maison au jardin. Surgit ]] une image maintenant reliée à l’enfance où [[ on la fait chanter. Voilà qu’ ]] on lui fait chanter dans la maison un air d’opéra en italien. Elle pense que c’est Norina. [[ Don Pasquale. Elle revoit la maison. Lui revient encore son odeur. L’odeur du jardin. ]] Parfum noisette et fenouil, jamais oublié, jamais retrouvé. [[ Et puis elle pense au temps, au temps de la rupture. ]] Le moment de la cassure, et désormais [[ devant elle ]] le mur qui parle de l’évolution, de la transformation, et surtout de la protection. [[ Maintenant ]] Elle est dans sa voiture, garée sur le trottoir d’en face de la maison. Pense aux nèfles offertes par le voisin. Pense aux bandes de matous [[ ces minets fort ]] voyous qui guettaient son chat assez malin pour les faire fuir par les chiens. Pense aux Iris de l’entrée, trop [[ vraiment trop ]] nombreux. S’aperçoit qu’elle ne se rappelle plus la boîte aux lettres, [[ ni ]] sa taille, [[ ni ]] sa couleur. Se rappelle [[ en souriant ]] les récoltes de tomates et de roquette. Les cafés sur la terrasse. Le bus de temps en temps pris, en face de la maison. Pas de [[ bonne ]] boulangerie proche où aller acheter une bonne baguette [[ ou des croissants ]] à pied. Pas de marché proche, non plus. [[ Une vie vraiment très différente de celle qu’elle avait lorsqu’elle vivait dans le quartier de la Plaine, chez les grands-parents. ]] Mais le plaisir d’avoir [[ redonné vie à cette maison, et d’avoir ]]  passé de l’ocre sur les portes et [[ puis aussi d’avoir ]] trouvé quelques trésors malgré les cambriolages passés.

Elle n’ira pas demander à entrer dans la maison, [[ à la visiter. ]] Préfèrera éviter ainsi de découvrir ce que le jardin est devenu. Préfèrera rester sur la sensation d’être apaisée. Préfèrera rester sur [[ le mur. Sur le mystère de ce qu’il y a derrière. Préfèrera rester sur le ]] mystère du mur.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici

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