43. Frontière close & ouverte

43. phrase clé : ce qu’il vous resterait à écrire –- à la fois comme une coda ou un prolongement vers le livre possible, mais surtout parce qu’en nommant ce qui n’a pas été écrit on remultiplie les échos intérieurs dans la limite même que constitue le texte déjà écrit

Bien sûr, on pourrait parler encore si longtemps de Marseille et de ce qui n’a pas été. Évoquer la mer et puis ce qui aurait pu être. Écrire sur la perte, sur les rochers blancs, sur ce qui est mort là-bas. Décrire des pins. Pleurer sur ce qui a été détruit. Raconter encore les murs, ouvrir la boîte qui contient les lettres, faire revivre l’isolement et également la maison au jardin. On parlerait d’autres souvenirs d’enfance, et puis on trouverait encore de nouvelles anecdotes ayant eu lieu sur le Vieux Port. Mais il y a eu l’après, le départ, la transformation, la réparation, le temps qui se déroule, qui s’écoule, qui modifie. Le magma lent et alchimique de la vie et de la cité qui se mêlent, s’entremêlent, pour qu’un jour face au mur ce soit le moment du retour, du changement, d’un ailleurs, finalement, enfin en symbiose avec Marseille, avec la ville qui pareillement a changé. Qui aurait cru que ce chemin qui fut long en fin de compte amène quelque part ? Et justement en cet endroit de la cité ? Là où un quelque chose avait plutôt bien et mal commencé à l a fois. Bien sûr, on pourrait faire l’inventaire et l’analyse de l’héritage. Du matériel comme de l’immatériel. Mais est-ce que parler du bridge est si nécessaire puisqu’on n’a pas fini d’en apprendre les règles et qu’on n’y a d’ailleurs jamais joué ? Est-ce qu’avoir perdu l’étoile de mer qui venait de l’île de Riou est vraiment important et efface l’enfance, ainsi que le moment où on lui a offert ? Peut-être est-ce plus important de parler de la mer encore un peu, elle qui sait être témoin de tant de choses, qui peut entendre les secrets du coeur quand même celui qui est assis en face d’elle les ignore. Et puis il vaut peut-être mieux aussi parler du peu de présence des nuages à Marseille. Aborder encore une fois le son des fenêtres qui claquent pour savoir s’il est vraiment le même que celui des volets, les jours de vent. De tout ces sons qui racontent la météo. Des gabians rieurs et puis des cigales. Et puis il y a l’aïoli, la daube, la soupe au pistou et le poisson au fenouil. Mais c’est un coup à finir par avoir faim à force d’écrire, ou bien de le lire. Bien sûr, on n’a pas évoqué Malmousque, ni le vallon des Auffes. Mais quoi faire… raconter la bouillabaisse de chez Fonfon ? Regretter de ne pas être encore allé au Petit Nice ? Oui, on pourrait encore évoquer les morts. Se plaindre du trop-plein des dentelles trouvées après. Décrire vraiment les tags du cours Julien et ce Mucem qui n’existait pas dans l’enfance. Et il y a la Joliette. Et l’infini plaisir à déguster des panisses, à l’Estaque, quand elles sont très chaudes, le soir, en bord de mer. Et puis bien sûr il y a les moments volés encore tus. Les perceptions, les émotions éparpillées partout dans la ville. Et ces espaces qui peuvent laisser entrevoir des visages, visages de femmes ou d’hommes qui s’ennuient, qui ont peur, qui reprochent ou qui observent. On pourrait inventer encore tant et tant d’histoires. Mais la ville nous regarde et son oeil de déesse est mystérieux, ambigu. Marseille est bien trop vieille pour s’en laisser conter.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici. 

2 Comments

  1. Joli chute. C’est vrai qu’en vieillissant… ;o)
    Et au risque de me répéter : tes mots et tes idées se fondent, rythme et harmonie. Belle musique.

    1. Merci beaucoup Caroline. Étant sensible à tes écrits, ton univers, je suis d’autant plus touchée par tes mots. Belle journée (ou nuitée) à toi.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s