Proposition 3 : quand Kafka s’amuse

Choisir une histoire que tout le monde connaît. La raconter, puis la décliner en trois renversements.

C’est l’histoire d’une très jolie jeune fille, fort bien élevée. Sa grand-mère l’adore, au point de lui avoir fait faire un charmant chaperon rouge. Justement, la jeune fille va rendre visite à son aïeule, lui apportant un morceau de galette et un peu de beurre. Dans la forêt, elle rencontre le loup. Elle parle avec lui et lui donne toutes les indications pour aller chez sa mère-grand. Le loup s’y rend illico, et mange la vieille dame. Il tend ensuite un piège au petit Chaperon Rouge, et grâce à celui-ci, la dévore aussi.

Il existe des versions sans galette, ni beurre. La demoiselle ne va peut-être voir sa mère-grand que pour le plaisir d’aller la voir, et peut-être même simplement pour lui montrer comme elle est jolie avec son Chaperon. Dans cette vieille, vieille version, le loup ne mangera pas complètement la grand-mère. Ainsi, se faisant passer pour elle ensuite, il fera boire du sang et manger de la viande au petit Chaperon Rouge. Quant aux dents trouvées dans la chair? Mais… ce sont des haricots !

Il s’est réveillé d’excellente humeur ce matin. Depuis qu’il a quitté la meute afin de pouvoir fonder la sienne, il est toujours de très bonne humeur. Prêt à partir à la recherche de la louve de sa vie. C’est le printemps, ou plutôt plus vraiment l’hiver. La neige a disparu et des fleurs recommencent à pousser. Le gibier également commencé à se faire de nouveau sentir : il a reniflé quelques pistes. Mais pour l’instant, il est encore absolument affamé. Rien mangé depuis qu’il s’est séparé de ses semblables. Il sent un lapin. Il l’imagine si mignon, craquant à souhait. Une mise en bouche idéale avant un gibier plus conséquent qui le fait déjà saliver. Le nez au vent, il part à la chasse au lapin, et tombe nez à nez avec une jeune fille à la cape rouge. Galant, il échange quelques mots. Se rend rapidement compte qu’elle est très naïve, voire carrément idiote. Tellement sûre d’elle, de ses principes et de son éducation qu’elle finit par lui expliquer tant de choses… il dit alors adieu à son lapin. Une vieille carne d’abors à dévorer, puis ce sera de la chair souple et fraîche. Et il pourra même terminer son repas par une touche de sucré. Poliment, il dit au revoir. Et dès qu’il le peut, le voilà qui court avec bonheur et entrain vers le restaurant « mère-grand ». Comme l’enfant crédule le lui a expliqué, il tire la bobinette, entend la grand-mère dire qu’elle arrive. Et à peine la chevillette a-t-elle effectué son travail qu’il se jette sur l’aïeule et la croque goulûment. Puis il rote longuement avec ravissement. Après un nécessaire nettoyage de l’entrée, il ferme les volets de la maisonnette, puis ouvre l’armoire de mère-grand afin d’y trouver un bonnet et une chemise de nuit. À peine enfilés, voilà que son second plat se présente. Vite, au creux du lit. L’idiote ne soupçonne rien, ne le reconnaît pas. Il ouvre même largement sa mâchoire pour la dévorer sans qu’elle ne soupçonne quoique ce soit. Là, il mâchera bien, dégustant la chair souple aux parfums de légumes d’hiver. Repus, il prend alors la galette pour finir par cette légère touche de sucré bien rare dont il est pourtant friand…

Il existe de nombreuses versions de ce conte : son succès est indéniable. Ainsi, dans l’une d’elle, un chasseur héroïque parvient à sauver les dévorées. Le loup est à peine tué, encore chaud, qu’on lui ouvre le ventre et hop ! Magique ! Les proies sont entières et vivantes. Ravies et reconnaissantes, elles remercieront le chasseur par un baiser ou une poignée de main collantes du suc gastrique du loup.

Prom’nons nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas. Et mère-grand ou pas, n’oubliez pas. Le loup est malin… Moralité: ne soyez pas trop naïf sinon vous serez mangé…

Et pour connaître les autres contributions, c’est ici.

2 Comments

  1. Heureuse de relire le coulant de tes mots…
    J’ai buté sur la carne d’abors… cherché le mot abors, croyant avoir affaire à un nouveau mot pour moi… il serait joli, que j’me suis dit…
    Belle fin de journée, Cécile, dans ton coin de France.

    1. 😄 et ben elle m’avait échappé cette erreur de frappe… un coucou, un peu neigeux, ici. Mais souriant aussi.

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