Proposition 4 : duras, quatuor à dire

1) Lieu réel et sa poétique 2) Enquête 3) Fondement autobiographique de la démarche 4) À quoi cela rapporte en soi-même et objet en perspective

Une route qui tourne, et des phares qui la dévoilent. Bitume fatigué, tout comme celui qui conduit la voiture blanche. On est au cœur de la nuit. Il fait humide et de la brume apparaît, s’immisce ci et là. Plus il avance dans la rue principale, plus la brume devient présente en nappes flottantes, damier fantasmagorique au-dessus du sol, à des hauteurs diverses. Il se dit que les vieux fantômes l’accueillent. Feu rouge. Voilà que son œil se pose et remarque comme la petite ville se trouble, se désincarne dans certaines zones. Là, un pan de mur entier disparaît. Peut-être est-ce un mirage, un passage qui s’amorce vers un ailleurs ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre. Ce lieu plutôt commun, coquet, fameuse « ville fleurie » prend une allure plus mystérieuse, plus troublante avec ces nébuleuses apparues au cœur de l’obscurité. La maison de Julie se distingue à peine : une unique barrière commence dans un nuage, puis après une incarnation rapide est de nouveau avalée par la nuit, par ce brouillard. Au travers du silence nocturne les phares trouent et déchirent ces écharpes denses et effilochées à la fois. La présence de l’ouate semble rendre l’absence d’humains dans les rues suspicieuse.

La maison de Julie. Le vert rieur du jardin. La balançoire où l’on passe chacun son tour et où l’on se dispute aussi, à vouloir se balancer encore un peu, rien qu’un petit peu encore. La sous-tasse vert tendre qui va avec la petite assiette qui ressemble à une fleur. La cuisine de la maison qui sent si bon. Le verre qui sert d’emporte pièce pour les sablés gourmands. Le chignon un peu penché, maladroit, piqué d’un crayon. Les beaux yeux sous celui-ci, sombres, attentifs ou pétillants. Dans la maison de Julie, les temps de l’enfance comme de l’adolescence s’y sont déclinés avec force et bonheur. Même les jours de brouillard. Car l’eau du fleuve est trop près de la petite ville. Même les jours de foire quand trop de jeunes garçons regardaient Julie. Même quand mémé est morte. Même quand il pleut et qu’il devait rester chez lui, avec ennui.

Peut-être que ces nuits de voyages, brumeuses, n’existent que pour nous rappeler que la vie n’est qu’un passage, un moment avec ses moments d’évidences et ses heures de flou, de dissimulations et d’hésitations. Peut-être que ces voyages existent pour nous rappeler l’ambivalence du tangible et que tout n’est qu’interprétation. Peut-être que la brume existe pour nous parler de la beauté de ce qui se dévoile, de ce qui peut apparaître, jaillir. Peut-être la vie n’est qu’un trajet de poétique du présent, de ce présent immuable qui nous accompagne et nous emmène on ne sait où.

Et si écrire n’était aussi qu’un trajet, une ligne d’encre qui coule, se brise, s’étire, se délie puis rencontre du silence. Un espace avec des blancs. Ces blancs libres d’être chargé de symbole ou d’émotions, ou de questions par celui qui lit. Les espaces seraient les bancs de brumes, la ligne noire une route plus ou moins sinueuse, escarpée, joyeuse ou nerveuse. Une nuit qui s’étale, fine, insidieuse. Un bruit de plume ou de stylo qui s’incarne et voyage sur le papier. Un bruit de plume qui serait comme le moteur d’une voiture. L’écriture alors pourrait être comme une musique, un rythme doux de samba, ou un jazz nostalgique et sensuel. L’écriture serait ce disque noir qui gratte un peu. La plume qui pose chaque mot nous emmènerait un peu plus vers cette musique. Cette musique qui s’enrichit alors de légers craquements, comme un diamant qui tourne et offre en surimpression à la voix son propre son. L’écriture riche en plein et en déliée, ligne fine qui trace sa route sur cette page ne deviendra pas un disque noir, un 33 tours, bien rond, qui tourne, tourne, et craque. Non, l’écriture qui chante en posant ses mots deviendra un réseau de routes noires fines sur le papier, un réseau avec aussi des silences qui feront voyager le lecteur

Et pour les autres contributions, c’est ici.

4 Comments

  1. Beau texte. Porteur et tendre. Dolce melancolia.

    1. Merci beaucoup Caroline.

  2. L’écriture me permets d’exprimer mes sentiments, de raconter des anecdotes sur mon vécu, de m’évader.
    Merci pour ce billet
    Yvonne

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