Proposition 7: Virginia Woolf

À partir du journal de Virginia Woolf, contexte de l’écriture.

Ma tête est en recherche. D’une idée, d’une amorce, d’une sorte de plan pour le texte à venir. Ça travaille, en fond. En ramassant le bois pour le poêle, en préparant puis en faisant le feu, en tournant la cuillère dans la casserole où la soupe se réchauffe. « Ça » se cherche. C’est plus ou moins défini. « Ça » bosse dur au dedans. Finalement, quelques notes seront posées dans le grand cahier à la couverture cartonnée rose à rayures blanches. Avec le premier stylo venu, trouvé sur la table ou dans une des deux trousses posées sur un de mes bureaux. Le grand cahier aux feuilles à petits carreaux. Il a trainé dans un tiroir de mon bureau pendant des années, il venait de mon adolescence. Les premières pages étaient remplies de textes en alexandrins écrits avec une écriture appliquée, au stylo plume. Un jour j’ai décidé qu’il était temps que ce cahier retrouve son usage. J’y pose mes ébauches. Et j’ai brûlé les premières feuilles.

Plus tard, je vais marcher. Je suis bercée par mes pas réguliers, par le silence, par ma solitude nécessaire, par la nature qui m’entoure. Au bout d’un moment, « ça » va reprendre son travail, mais tout devient plus précis. Je ne sais pas vraiment pourquoi. Il y a eu au moins une nuit, voire quelques jours. C’est le temps du mûrissement de l’idée, de l’amorce du texte, du plan. Dans ma tête l’échange avec moi-même est bien plus clair et plus décidé. Je me parle mieux. Je soupèse, mémorise le déroulement que je veux donner à mon idée. Quelquefois une phrase arrive et me semble vraiment bien, alors je sors mon iPhone, je cherche le Dictaphone et j’enregistre la phrase qui a surgi de mon imaginaire.

Me voilà prête à écrire. Je le sens. J’ouvre mon cahier, relis mes notes. J’écoute éventuellement ce que j’ai enregistré. Souvent je ne l’utilise pas. J’ouvre mon ordinateur ou ma tablette. Et j’écris, directement. C’est la procédure pour un texte long en prose. Pour la poésie je reste fidèle au cahier, je ne sais pas trop pourquoi c’est différent. Pour la poésie j’aime le stylo ou la plume qui glisse. Et puis je crayonne, je biffe, j’efface, je rature. Au bout de tout cela le texte court va surgir, le plus dense possible. La poésie, c’est comme une sauce très concentrée en goût qui a mijoté longtemps. La poésie écrite à mon âge actuel a d’ailleurs besoin de ses carnets et/ou cahiers propres, plus petits que pour la prose.

Il y a le besoin du silence. Du silence d’où vont être issus les mots. De légers petits sons surgissent délicatement cependant. Le tapotement du clavier, les doigts qui circulent plus ou moins vite de part et d’autres de la tablette. Quelquefois une pause, d’autres fois non. Parfois un son un peu différent qui signifie une correction. C’est la seule musique présente lors de l’acte d’écrire. L’écriture aujourd’hui n’a plus besoin d’une musique extérieure pour être reliée à l’intérieur de moi. Le lien est plus direct, je l’ai reconnu. Oui, il y a un espace d’écriture qui existe en moi, il vaut ce qu’il vaut, j’aime lui consacrer du temps, le laisser s’exprimer, parler. Désormais cette voix jaillit mieux dans le silence. La table d’écriture par contre, elle, n’a pas changé. Sauf à de très rares moments de ma vie, c’est celle du repas. Les mots pleins, nourritures de l’esprit ont besoin de cet espace. Ils s’expriment plus aisément me semble-t-il sur cette table —qui peut être pourtant chargée— que sur les deux bureaux où je range mes cahiers. Il y a eu le temps où écrire se rythmait par une blonde consommée avec délice, la nuit. Depuis désormais 14 ans que je ne fume plus, il me faut beaucoup de lumière et choisir le moment, le jour. Mon changement de regard qui va quitter l’écran pour regarder la fenêtre va raconter ainsi une hésitation, un cheminement, un peut-être, un mot qui se cherche. Mon regard se déplace, regarde mais ne voit pas. Il est tourné vers le dedans, il écoute mon « ça » qui écrit et offre la tournure d’une phrase, un personnage, ou une expression la plus juste possible d’un quelque chose, peut-être pensée ou émotion. Il regarde le mur, la fenêtre ou un meuble mais pourtant fouille à l’intérieur. Du crâne, du cœur ou de l’esprit. Neurones qui s’agitent, cogitent, donnent naissance à des phrases, un texte, un mieux ou un raté, un « à revoir ». L’idée qui jaillit se pose et je la pose directement. Même si je sais qu’elle n’est pas habilement écrite.

Poser, déposer, laisser aller. Ne pas anticiper la pensée avant de laisser les doigts chercher les lettres. La source de l’écriture où qu’elle soit doit s’exprimer le plus directement possible. Sans doute est-ce pour cela que je n’utilise le grand cahier que pour les notes. Je veux cracher les mots, les laisser partir au plus vite. Qu’ils soient issus au plus près du de la source, de ce « ça » du dedans de moi qui aime les mots et la lecture au point d’avoir voulu écrire.

Et pour découvrir les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici.

5 Comments

  1. Très intéressante ta démarche d’écriture. Je m’y retrouve beaucoup !

  2. C’est magnifique, Cécile.

    1. Merci beaucoup Caroline. C’est vraiment ma « technique » quand j’écris. 😄

  3. magnifique, et je m’y retrouve tellement…pour tous la plupart de mes travaux, j’avais des carnets de notes, sauf pour mes café du jour, qui m rejoigne « ta » poésie….sourire
    belle journée encore, cécile

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