Proposition 9: Apocryphes

Source de l’apocryphe : Françoise Durif , un extrait de sa proposition 1

La petite boîte cabossée et rouillée délivre son parfum, et protège nos lettres. Son parfum, étrange entre tous – exotique est encore un mot trop neuf- imprègne le papier protégé par les enveloppes. Le souvenir de notre amour est ainsi mêlé à l’odeur du vieux fer. Mille fois ouverte, par cette boîte j’ai alors pensé à toi, à nous, et la boîte refermée par les mains du présent, mouillées, aillées, savonnées me remémorait néanmoins les odeurs conjuguées de nos corps, comme si celles-ci étaient prises dans la texture du métal. Le nez palpite et s’ouvre à la longue, c’est comme un réflexe conditionné et les émotions coincées émergent. C’est là. Et elles s’offrent tenues, lovées, embrassées même dans les sons : le soprano brutal et acide à l’ouverture du couvercle est maintenant le prélude à revenir au temps de notre rencontre, le réflexe conditionné attend l’odeur montant juste après le son. Voilà que mon œil caresse ton écriture, retrouve l’impatience du passé en souriant à l’enveloppe maladroitement déchirée. Et, l’unité précieuse du temps des frissons de l’amour sitôt prélevée, l’odeur protectrice -clou de girofle- s’efface : c’est la rupture. La boîte refermée d’un coup sec, afin d’en préserver intact et resserré l’arôme jusqu’à la prochaine fois.

Source de l’apocryphe: Sébastien Bailly, proposition 4

Je devais choisir quoi faire de tout cela dans le récit. Quelle place pour toi. Quelle place pour moi. Quelle place pour nos regards qui se seraient croisés. Quelle place pour le temps passé. Pour le temps perdu. Quelle place pour la neige et le givre, pour ce carré d’espace entre les immeubles qui désormais n’appartient qu’à nous? Comment parler de toi, de ton regard. De cette vitre. Et de la petite bulle d’air, minuscule, qui y est coincée. De quelle manière est elle arrivée. Quelle façon d’interpréter l’intérêt que j’avais eu pour celle-ci, les jours d’ennui. Et pour l’hiver, pour le gris, pour leur histoire. Étrange temps écoulé avant de savoir ce lien, tenu, surprenant, improbable : au même âge, à travers les décennies, nos regards d’enfants s’étaient croisés. La minuscule bulle d’air le sait. Nous aurions pu nous laisser des messages, du doigt, dans la buée des vitres saisies par le givre.

Source de l’apocryphe : Huguette Albernhe, proposition 7

Arriver, enfin. Après toutes ces années. À poser des mots. À créer. À aborder l’expérience intime, singulière et secrète du travail d’écriture et de son contexte. Mûrir. Lire. Découvrir. Tourner des pages. Essayer par des témoignages captés auprès d’écrivains au sujet de leurs rituels de trouver des pistes. Elles laissent espérer naïvement d’autres chemins. L’espoir palpitant de découvrir le fil magique de leur créativité. La solitude. Les points communs. L’îlot aride de la page blanche. Seuls sont accessibles quelques repères : l’hétérogénéité des lieux, des temps consacrés, des accoutrements et des objets à proximité. Se remémorer ces échanges. Mais aussi les folies possibles qui n’ont pas été. Beaucoup de mots rieurs et sages, et puis les incohérences, les transgressions. Repenser à ces écrivains rencontrés. Visages blêmes, trop ronds ou malicieux. À chacun ses singularités. Faire alors revivre en elle leur art d’écrire et ses mises en scène extérieures et intérieures. À chacun sa fabrique, son athanor et son mystère. À chacun sa création aussi modeste soit-elle. Arriver, enfin. Car toutes ces rencontres ont germé.

Et pour découvrir les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici.

2 Comments

  1. Ton écriture est belle, Cécile.

    1. 🙏 grand merci Caroline 🥰 je suis touchée 🙏

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