1 : une phrase, des sols

Et voici que l’aventure de l’atelier d’écriture d’été est repartie. Bienvenue dans cette première proposition, en une phrase, qui vient revisiter notre biographie par les sols rencontrés depuis l’enfance. Mise en jambe, en langue en ce démarrage d’atelier.

Regard attentif, présence douce, étrange comme quelquefois elle s’allonge contre lui -c’est le cas aujourd’hui- mains sur le côté du corps, puis croisées sur le ventre, jambes allongées, puis pliées ; il sait et connaît ce rituel récurent et régulier depuis qu’elle chante ; ce chant lui plait, il l’accueille, en apprécie la caresse et aime le nourrir en offrant tant et tant au travers du bois qui le compose et sur lequel elle se pose, et dans lequel elle vient chercher de la force, du soutien, de la vitalité, de la nourriture pour les sons aigus ou non produits à l’issue de ses habitudes qu’il connaît et approuve car il sait, il sait lorsqu’elle enlève ses chaussures que cela raconte qu’elle a plus besoin de lui que d’habitude, qu’il y a nécessité de vitaliser ses pieds, de les faire renaître, de les modeler par un contact plus agité, plus vivant et il aime se dire que même s’il est en bois, il retrouve alors une fonction de Dieu de la terre et que peut-être, oui peut-être, il lui permettra d’entrer en transe profonde -à moins que cela ne soit simplement qu’entrer dans le plaisir et la nécessité du chant- par ses pouvoirs magiques et il redevient toujours dans ces moments alors un peu branche, tronc, forêt mystérieuse de Suède ou de France ou d’on ne sait trop où avec même des parfums de brume, de mousse, d’humidité et de terre, mais toujours surtout du mystère ; voilà que lui, sol en bois, de bois, semble au moment de ces transes s’excuser à sa façon pour les années de son adolescence où ses pieds devaient se protéger de lui -a-t-il été en fait simplement apprivoisé, est-ce plutôt simplement « autre bois autre mœurs »- car le bois de l’époque était agressif et imprévisible -peut-être n’aimait-il pas le violon, la musique- combien d’échardes ôtées, elle regrettait tant à cette époque de ne pas pouvoir faire confiance au sol, au bois qu’elle adore, qu’elle a toujours adoré, et qui lui parlait aussi de son enfance, du bois tendre de la chambre partagée avec son frère, des jeux mélangés et aimés sur le sol, plancher au regard rieur dont la couleur aidait toujours à retrouver un petit lego, une mini-chaussure, une pièce de puzzle ou une fourchette de dînette, et voilà même qu’un jour pour taquiner un baby-sitter inconscient de la force de la fratrie, ils ont imaginé trouer ce bois, ce plancher pour y passer un périscope – aventure qui s’est terminée protégés par et sur ce sol, ce bois rassurant et doux, endormis, sommeil merveilleux d’enfant après une soirée et aventure mémorable – regards de bois, des sols, riches de souvenirs, de sons et de rêves tout au long des années de sa vie, bois tour à tour clair, sombre, ciré ou non, lumineux, lisse ou piquant, nécessaire ou évité, transitant vers un couloir, une autre chambre ou une terrasse, reflétant la lumière du jour et accueillant les pas des amis ou de ses amours.

L’atelier évolue, lui aussi. Pour connaître, rencontrer les autres contributeurs, c’est ici.

2 Comments

  1. Au début, distraite, j’ai vu ton piano. Et me suis laissée emporter.
    J’ai vu tes pieds nus sur le métal, les pédales.
    Et même les yeux de l’arbre, son regard.
    Puis j’ai compris. Ah, le sol. Elle parle du sol. Où avais-je la tête.
    Puis j’ai repris du début. Et me suis étendue dessus.

    1. Et simqplement , j’y étais bien.. Sourire

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