3 : Cinq fois sur le métier (Francis Ponge)

À la manière de Francis Ponge, choisir un objet du quotidien sur lequel on écrit un texte. Cinq versions successives en seront réalisées, sur cinq jours différents.

1. Rectangle. Rectangle plié, papier. Couverture un petit peu plus cartonnée, mais légèrement écornée. Fils qui s’y entrelacent, reliure. Carnet : petit cahier de poche servant à inscrire des notes, des comptes… calepin. Dessin : ornementation. Coquillages et quelques phrases. Objet optionnel utilitaire et nécessaire. Temps écoulé. Traces du temps. Passages. Moments. Housse assortie en feutrine. Cousue main. Bouloches.

2. Depuis l’enfance, l’amour pour les stylos, les carnets, les encres et les cahiers. Aimer à y écrire, à y consigner. Moments volés. Pages quelquefois déchirées. Douceur du carnet sous la pulpe des doigts, aimer le papier aussi par la peau. Bruit du stylo qui raconte. Parole muette qui pose des mots. Écrire. Frissons. Écrire sur ta peau, sur ton regard. Écrire pour ne pas sombrer. Voyages, nuit, écriture dans les transports en commun, dans le métro. Paris. L’ombre de lui, concerts, lettres. Larmes, amertume et colère. Collages, mots posés sur la page, ici ou ailleurs. Café. Trop de café. Stylo noir et nuit blanche. Marseille et quelques phrases. Une voix grave mais aussi le soleil dessiné autour de tes yeux. Un parfum. Temps écoulé, temps qui passe, temps inscrit et qui guérit. Désormais toujours et encore les choisir, puis écrire dans ces cahiers, ces carnets. Quelquefois longtemps après les avoir acheté. Persistance de ton regard aux travers des mots, du papier. Comme un tatouage au sein de l’écriture. Carnets abîmés car traînés partout. Carnets spirales où mettre le stylo. Multiples contenants, certains juste effleurés. Celui-ci parle du chant, celui-là de photo l’autre … l’autre me manque, plus de métro. Plus d’endroit où écrire pour le plaisir de voler un moment. Du bleu, comme la mer. Une housse bleue, qui cache et protège les coquillages au dedans du sac. Un objet qui parle de voyages passés, de secrets et de moments à venir. Un objet qui raconte que j’aime écrire, qui pourrait contenir une idée, une phrase. Toujours un peu de Paris, du passé. De Marseille avec le bleu et les coquillages. De mots volés au temps. Carnet désormais protégé, où déposer un stylo. Un objet où tous les âges se retrouvent.

3. Depuis l’enfance, l’amour pour les stylos, les carnets, les encres et les cahiers. Rectangle. Rectangle plié, papier. [Lire, recopier et griffonner depuis un grand cahier rose qui a survécu à bien des déménagements. Un cahier « Plein Ciel » issu de la fin de l’enfance, ou du début de l’adolescence. Un grand rectangle aux petits carreaux bien carrés.] Aimer à y écrire, à y consigner. Moments volés. Couverture un petit peu plus cartonnée, mais légèrement écornée. Fils qui s’y entrelacent, reliure. Pages quelquefois déchirées. Douceur du carnet sous la pulpe des doigts, aimer le papier aussi par la peau. Bruit du stylo qui raconte. Carnet : petit cahier de poche servant à inscrire des notes, des comptes… calepin. [Réfléchir, mûrir sa pensée, divaguer, puis poser des mots. Se laisser distraire un peu par l’oiseau qui chante. Plaisir d’écrire dehors, sur la table en marbre, douce sous l’avant-bras.] Parole muette qui pose des mots. Écrire. Frissons. Écrire sur ta peau, sur ton regard. Écrire pour ne pas sombrer. Voyages, nuit, écriture dans les transports en commun, dans le métro. Paris. L’ombre de lui, concerts, lettres. Larmes, amertume et colère. Collages, mots posés sur la page, ici ou ailleurs. Café. Trop de café. Stylo noir et nuit blanche. Marseille et quelques phrases. Dessin : ornementation. Coquillages et quelques phrases. [Même tant d’années après, constater en écrivant qu’écrire est intimement relié à toi.] Une voix grave mais aussi le soleil dessiné autour de tes yeux. Un parfum. Temps écoulé, temps qui passe, temps inscrit et qui guérit. Objet optionnel utilitaire et nécessaire. Temps écoulé. Traces du temps. Passages. Moments. Désormais toujours et encore les choisir, puis écrire dans ces cahiers, ces carnets. Quelquefois longtemps après les avoir acheté. Persistance de ton regard aux travers des mots, du papier. [Écrire libère et incruste tout à la fois toujours plus profondément la naissance de cet acte. Pourtant le cahier rose raconte que l’écriture est également reliée à l’enfance. Mot griffonné, remplacé. Maladresse d’expression. Revenir au texte, au sujet. Insatisfaction. Allez, allez.] Comme un tatouage au sein de l’écriture. Carnets abîmés car traînés partout. Carnets spirales où mettre le stylo. Multiples contenants, certains juste effleurés. Celui-ci parle du chant, celui-là de photo l’autre … l’autre me manque, plus de métro. Plus d’endroit où écrire pour le plaisir de voler un moment. Du bleu, comme la mer. Une housse bleue, qui cache et protège les coquillages au dedans du sac. [J’ai déjà écrit et évoqué dans d’autres textes du coquillage ou du petit galet qu’il avait trouvé et m’avait donné. Je garde ou j’enlève.] Un objet qui parle de voyages passés, de secrets et de moments à venir. Un objet qui raconte que j’aime écrire, qui pourrait contenir une idée, une phrase. [Courtes phrases et pourtant bien des temps évoqués, traversés. Interrogation, relecture ultérieure et peut-être transformations.] Toujours un peu de Paris, du passé. De Marseille avec le bleu et les coquillages. De mots volés au temps. Carnet désormais protégé, où déposer un stylo. Un objet où tous les âges se retrouvent. Housse assortie en feutrine. Cousue main. Bouloches.

4. Objet optionnel utilitaire et pourtant nécessaire. C’est un rectangle. Rectangle plié en rectangle, aux pages de papiers. Je lis, griffonne et recopie depuis un autre rectangle, bien plus grand et rose, aux pages recouvertes de petits carrés. Ce cahier rose vient de la fin de l’enfance, je crois, ou du début de l’adolescence. J’aime depuis petite les stylos, les carnets, les encres et les cahiers. Et y écrire, y consigner des moments volés. Ce carnet a une couverture un peu plus cartonnée mais cependant légèrement écornée. Il m’évoque aussi d’autres reliures avec ses fils entrelacés, et des pages que je peux quelquefois déchirer. J’aime le papier aussi par la peau, il est doux ce carnet sous la pulpe des doigts. Comme l’est la table en marbre sous mon avant-bras en ce moment alors que j’écris. Carnet : petit cahier de poche servant à inscrire des notes, des comptes… calepin. Réfléchir, mûrir sa pensée, divaguer puis poser des mots. Aimer le bruit du stylo sur la page et aussi de se laisser distraire un peu par l’oiseau qui chante. Écrire est comme une parole muette posée. Réminiscence des frissons et écrire sur ta peau, ton regard, pour ne pas sombrer. Écrire en voyage, dans la nuit, dans le métro. Soudain, Paris. L’ombre de lui, lettres et concerts, larmes, amertume et colère. Collages, mots posés sur des pages. Et le café, les cafés. Trop de caféine, nuits blanches et stylos noirs. Marseille. Quelques phrases, et ce dessin sur le carnet. Choisi pour ses coquillages, ils parlent de ceux déjà évoqués dans d’autres textes. J’aime que la housse soit bleue, et qu’elle les cache et les protège au dedans du sac. Même tant d’années après, je constate qu’écrire est intimement relié à toi. Fermer les yeux et entendre la voix grave, sentir des parfums et sourire au soleil qui décore le tour de tes yeux. Temps écoulé et qui guérit. Constater qu’écrire libère et incruste cependant toujours plus profondément la naissance de cet acte avec toi. Traces du temps. L’écriture est reliée aussi à l’enfance. Toujours et encore les choisir, puis écrire dans ces cahiers, ces carnets, quelquefois fort longtemps après les avoir acheté. Je griffonne ce mot, le remplace. Je rencontre la persistance de ton regard aux travers des mots, du papier, comme si tu me souriais en regardant par-dessus mon épaule. Maladresse d’expression, il me faut revenir au texte, au sujet. Je suis insatisfaite de cette phrase. Je crois que je préfère  » Comme un tatouage de toi au sein de l’écriture ». Tous ces carnets abîmés car traînés partout, certains avec spirales afin d’y glisser un stylo même si cela les abime. Multiples contenants dont certains seront justes débutés, certains utilisés pour des sujets précis : le chant, la photo… cela me manque de ne plus écrire dans le métro. J’ai l’impression de ne plus avoir d’endroit où écrire juste pour le plaisir de voler un moment. Ce carnet est un objet qui parle des voyages passés, de secrets, mais aussi des moments à venir. J’aime qu’il comporte des pages encore blanches. Ce calepin raconte que j’aime écrire, une page peut contenir seulement une idée, une phrase. Le carnet parle de Paris et par la couleur et l’illustration de Marseille. Il me sourit des mots volés au temps. J’aime qu’il soit désormais protégé, on peut même y glisser un stylo sans l’abîmer. C’est un objet où tous les âges de ma vie se retrouvent. La housse assortie est en feutrine. Elle est cousue main, et bouloche.

5. C’est un rectangle, plié. Aux pages de papiers. Un objet optionnel utilitaire et nécessaire. J’aime depuis longtemps les stylos, les carnets, les encres et les cahiers. Y écrire, y consigner des moments volés. La couverture de ce carnet, bien qu’un peu cartonnée, est légèrement écornée. Avec ses fils entrelacés, il m’évoque d’autres reliures. Dans celui-ci, je n’ai pas déchiré de pages. J’aime le papier aussi par la peau : il est doux ce carnet sous la pulpe des doigts. Comme l’est la table en marbre sous mon avant-bras, en ce moment, alors que j’écris. Mais en plus, avec un quelque chose de frais. Je regarde l’objet : c’est un simple carnet. Un petit cahier de poche servant à y inscrire tout et/ou rien. C’est un calepin, pourrais je dire autrement. J’aime le bruit du stylo sur la page, et aussi mûrir ma pensée, réfléchir, divaguer, poser des mots. Et puis me laisser distraire un peu par l’oiseau qui chante. Écrire est une parole muette qui frissonne, parle de ta peau, de ton regard. Écrire en voyage, dans la nuit pour ne pas sombrer. Rivage que ce carnet, avec ses coquillages. Ils parlent de ceux déjà évoqués dans d’autres textes. J’aime que la housse soit bleue, cela m’évoque Marseille et la mer. La housse cache et protège les coquillages au-dedans du sac. Force est de constater qu’écrire est intimement relié à toi, même après tant d’années, même en sachant que j’aimais déjà écrire, enfant. Si je ferme les paupières, je vois les soleils qui plissent ta peau en décorant le tour de tes yeux. Je rencontre la persistance de ton regard, comme par-dessus mon épaule alors que j’écris. Cet acte acte libère et me relie toujours à toi. Comme un tatouage de toi au sein de l’écriture. Traces du temps. Aussi sur cette première page. Sur les coquillages, un rond. Comme le résidu d’une petite tasse de café. Tous mes carnets sont abîmés car traînés de partout. Même ceux avec spirale car j’y glisse un stylo. Cela me manque de ne plus écrire dans le métro. J’aime que ce carnet comporte des pages encore blanches. Il raconte que j’aime écrire, parle de Paris, de lieux aimés, de Marseille. Il me sourit avec ses mots volés au temps. J’apprécie que celui-ci et les prochains soient désormais protégés, on peut même désormais y glisser un stylo sans risquer de l’abîmer. C’est un objet où tous les âges de ma vie se retrouvent. La housse assortie est cousue main, est en feutrine, et bouloche.

Et si vous désirez connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est ici.

2 Comments

  1. Tristesse…Nostalgie…

  2. « … Comme un tatouage de toi
    au sein de l’écriture.
    Écrire est une parole muette
    qui frissonne,
    parle de ta peau, de ton regard. »

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