Ouverture #3 : en long en bref mais quitter la ville

3. Toujours un paragraphe bloc. Écrire la même histoire mais selon deux approches distinctes. L’une selon le pacte du roman, l’autre selon le pacte de la nouvelle. Et codicille.

L’instant décisif

Format roman.

Ce fut un matin qui resta pour Hortense un des plus grand moment de sa vie. Ou peut-être était-ce un soir, en fait. Mais ce fut de toute façon un moment crucial pour elle. La décision de quitter la ville fut immédiate, impérieuse, définitive. Sans retour. Elle a semblé éclore subitement. Mais en fait bien sûr, cela faisait des semaines que cela travaillait dans les sous-sols de son esprit. Elle n’en pouvait plus. Encore aujourd’hui elle peut revivre presqu’avec joie ce moment qui s’est imprimé comme un moment clef de son existence. Elle se revoit allongée, au fond de son lit. Il y a ce volet fermé, en face d’elle. Un peu de lumière semble cependant transpercer le bois de celui-ci. Cette lumière semble si bien lui exprimer que c’est dehors, ailleurs qu’il existe la liberté, le bonheur. Chaque jour ce lieu qu’elle aime est vécu comme une prison. Le poids des ruptures, du chagrin, des erreurs. Le poids de la famille qui l’empêche vraiment de prendre son envol, de devenir simplement « elle ». Hortense a senti soudain en regardant le volet que si elle ne partait pas maintenant elle ne partirait jamais. Qu’elle allait mourir intérieurement, prise dans les sables mouvants d’un entourage indifférent, qui ne la comprend pas et ne désire surtout pas la comprendre. Elle constate qu’ils cherchent avant tout à la maintenir dans ce qui les rassure eux, dans ce qui leur convient à eux. « Ma différence n’est pas admise. Amis comme famille, quand je m’exprime, tous renient ou dénigrent mes avis, mes conseils et mes souffrances. » Hortense étouffe qu’on lui renvoie toujours qu’elle a tort, que le bonheur c’est l’inévitable maison-famille-avec-enfants-et-chien. Elle se sent anesthésiée désormais et ne supporte plus qu’on nie ses élans, voire qu’on les lui casse en lui mettant des bâtons dans les roues afin de mieux lui démontrer qu’elle se trompe. Dans son sang, Hortense ressent parfaitement l’effet de ces poisons émotionnels qui lentement la tue. À moins qu’elle ne soit qu’une grenouille qu’on ébouillante très très lentement, tranquillement. Elle n’aime pas non plus devenir défiante envers son entourage, voire très légèrement paranoïaque. Cette ville qu’elle a tenté d’aimer car on la lui vendait comme une sorte de paradis, pour elle n’est pas un bon lieu de vie. C’est avant tout le rêve et le désir d’un autre et elle se détruit à essayer de s’y conformer. « Je ne suis pas lui. Je est vraiment un autre. » Quitter la ville s’impose, c’est évident. C’est ailleurs qu’existe sa terre promise. Un exil pour certains, une renaissance et enfin vivre, pour elle. Selon ses désirs et convictions. Enfin ne plus être comme l’autre. Hortense sait qu’elle regrettera ce lieu, ce jardin, cette chambre. Peut-être même et surtout ce volet. Elle a de la tendresse pour cette jolie fente dans le bois. Pour les carreaux frais sous ses pieds le matin. Pour le poêle doux l’hiver. Pour le vent qui fait chanter la maison. Mais quitter cette ville c’est quitter les soins palliatifs : c’est simplement aller vers la vie. Hortense n’a pas peur de l’inconnu, contrairement aux autres membres de sa famille. Prendre cette décision malgré les soucis engendrés est le premier pas vers un avenir enfin heureux, elle en a la certitude. C’est comme si Hortense avait définitivement ôté une vieille paire de lunettes de vue inadaptée. Un soulagement physique immédiat se fait jour. Elle marche plus tranquillement désormais, soulagée. Elle s’est détendue physiquement et se rend compte qu’elle devient plus adulte. Qu’elle arrête de mettre des vêtements psychiques qui ne lui conviennent pas. Qu’enfin sa vie peut repartir, renaître. Que désormais il va enfin être question de ses erreurs à elle et non plus de vivre un bonheur qui n’est pas le sien, où elle ne reconnaît pas la vivacité de ses rires. Où il n’y a pas de place pour sa spontanéité et ses élans. Quitter la ville lui permit d’y retourner des années plus tard en retrouvant ce qu’elle y avait apprécié, elle. Et de savoir qu’elle avait eu raison.

Format nouvelle

C’est du fond de son lit, en regardant son volet et les éclats de lumières qui s’en échappaient, qu’Hortense décida de quitter la ville où elle vivait. Ce fut immédiat et définitif. Une des meilleures décisions de sa vie. Un moment véritablement crucial, se disait-elle souvent quand elle y pensait, des jours, des mois, des années plus tard. « J’ai ôté ces lunettes pour regarder la vie. Les lunettes que me faisait porter mon entourage. Et je constate que la vie est plus belle, plus colorée et plus riche depuis que je ne les porte plus. » Elle inspire avec passion, expire avec liberté. Et marche avec plaisir, désormais d’un pas souple. Son corps est soulagé et son esprit est enfin libre. Quitter la ville a été une décision nécessaire et chaque retour le lui a confirmé : la ville étant désormais devenue pacifique à son égard.

Je suis partie d’une situation personnelle, d’un moment important un jour où j’ai décidé de quitter une ville. Mais c’était peu et je n’avais pas envie d’entrer dans une auto fiction ou une écriture autobiographique. J’ai appris à quitter cela lors des derniers ateliers et je l’apprécie. J’ai quand même commencé à écrire avec « Elle ». C’est à force de me balader dans les textes des autres qu’un mûrissement s’est produit. Finalement « Elle » est devenue Hortense, et je suis enfin partie dans l’imaginaire, en décidant également désormais d’essayer de construire une cohérence sur la longueur avec toutes ces propositions. Un défi excitant que de créer des liens systématiques avec les précédentes propositions… J’avais aimé cela avec l’Atelier sur la ville.

Et pour connaître les autres contributeurs et leurs propositions, c’est bien entendu Ici.

Un commentaire

  1. C’est si parlant, si vivant, d’avoir de la tendresse pour une fente dans le bois…

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