Gammes #5 : ouvre la porte, décroche le téléphone, appelle le serveur

S’approprier un archétype (se dire bonjour, attendre au feu rouge dans une voiture…) et le décliner en 10 exemples différents ; 10 occurrences pour un même personnage ou bien une occurrence pour 10 personnages distincts. Et titre et codicille bien sûr.

Quelquefois, lui.

1. Il pose sa main sur la clenche, remarque que le métal est froid sous sa main. La forme de celle-ci s’imprime dans sa paume, il est triste. Il ne veut pas entrer dans la chambre mortuaire. Il s’oblige à calmer sa respiration, en comptant lentement, avant de baisser la poignée et de pousser la porte. Pour aller dire un dernier au revoir à Hortense.

2. Il pose sa valise sur le lit. Puis l’ouvre. Elle est neuve, fringante. Parfaite pour y déposer un maillot de bain, une jolie chemise, un pantalon pour sortir, un bermudas et un teeshirt banal-mais-pas-trop pour ce week-end en amoureux. Deux paires de chaussettes dont celle qu’elle lui a offerte avec malice. Avec le prénom de leur chat. Son after-shave, pour lui plaire. Des caleçons, mais pas ceux que sa femme lui a cousu et offert. Ce serait quand même malvenu.

3. Il attend son café. Seul. Sur une aire d’autoroute, dans un drive minable. Il a bien sûr trop chaud, et sa voiture ronronne un peu trop fort. Il observe le jeune homme en train de préparer les commandes. Après ce sac, ce sera lui. Il dépose une petite frite, un petit hamburger. Enfin, donne le sachet avec sa boisson au conducteur de la voiture bleu métallisé juste avant lui. Il passe alors la première, soulagé de pourvoir avancer, enfin, vers ce mauvais café déjà payé.

4. Il dépose sur la vitre une page, la cale bien précisément sur le côté. Recherche puis appuie sur l’icône qui va mettre la machine en mode recto-verso. Appuie sur le bouton de mise en mémoire. Ferme alors la gueule de la photocopieuse. La lumière se déplace, on dirait une sorte de recherche, une battue lumineuse souterraine mystérieuse. Il rêve à une forêt cachée sous le capot. Une fois cette étape finie, il réouvre la machine, tourne sa feuille, la recale bien sur le côté. Recommence les mêmes étapes. Puis, quand la boucle est bouclée, il appuie sur le bouton « Marche », et son document est alors régurgité par le monstre.

5. Il passe sa main sur son crâne, surpris par la rondeur et la douceur de sa propre peau, par son absence, désormais, de cheveux. Il est satisfait de sa décision : cela lui ressemble tellement plus que cette lente transformation, inéluctable, inévitable. Il se sourit dans la glace et remercie le coiffeur.

6. Il tourne le bouton de la lampe halogène jusqu’au petit « clic ». Il aime bien ce son. On peut le percevoir que l’on tourne aussi bien pour l’allumer que pour l’éteindre.

7. Il se frotte l’oeil droit, puis baille. Malgré lui n’écoute plus la radio. Comme tous les matins, il trouve ce feu trop long, et les gens trop énervés. Ou comme lui, trop endormis. C’est bien entendu plein de cars scolaires et d’enfants — ou d’adolescents — qui arrivent de partout, et traversent avec aplomb et insouciance quand le feu passe au vert. C’est le matin et il rêve déjà d’un nouveau café.

8. Il sort son portable de sa poche et relit le texto qu’Hortense lui a envoyé. Il sait qu’il devra l’effacer avant de rentrer chez lui. Mais là il est toujours au travail, alors il le relit souvent. Il est excité et heureux de ce qu’elle lui a écrit. Il a hâte de la revoir et surtout évite, omet de penser que c’est la femme de son frère. Et qu’il a lui-même une compagne. Là, il pense juste à ses fesses, et à ses si jolies dents. Et relit encore le texto.

9. Il est assis à « La belle époque ». Hortense lui avait donné rendez-vous là. Il pense à sa remarque « on trouve des cafés « La belle époque » partout, dans de nombreuses villes. Moi ça me rappelle toujours la première fois que je t’ai vu. » Il se dit qu’il devrait moins penser à elle. Il s’inquiète de penser à comment les choses doivent se terminer. Car cette histoire devra se finir et se terminera mal, c’est certain. Mais rien qu’en y pensant il a mal au ventre. Et aussitôt qu’il songe à ses jambes, il soupire. Il lève alors le bras pour héler le garçon, et voici qu’elle arrive au même moment. Alors il lui sourit.

10. Il met une assiette, puis une autre sur la table, comme elle le lui a demandé. De temps en temps, il participe aux tâches quotidiennes de la vie à deux. Il regarde de dos sa compagne, elle est encore bien jolie. Son corps a plutôt résisté au temps, et ses fesses sont encore appétissantes. C’est son petit truc à lui… on ne se refait pas… il songe à d’autres fesses et puis à ces si jolies dents, puis se reprend. Se rappelle qu’il est chez lui, et il continue à mettre la table.

J’ai choisi 10 occurrences pour un même personnage. Très vite le premier, en relation directe avec ma proposition 1, s’est imposé. Après, j’ai laissé faire et j’ai commencé à dévoiler ce que je savais déjà de « lui ». Je pense avoir respecté la consigne, j’ai bien aimé en tout cas ce qu’elle a fait naître. Je ne sais trop si c’est réussi.

Et pour découvrir les propositions des autres contributeurs, c’est Ici.