Gammes #6 : trouver le nom du chat

D’où nous viennent les noms et prénoms qu’on choisit pour nos personnages ? Que disent-ils d’un contexte, d’une énigme, qu’induisent-ils pour qui les lit ? Si vous avez déjà utilisé des noms et des prénoms pour vos personnages, peut-on les reprendre, développer le personnage en fonction de son nom, questionner le personnage sur ce nom, associer d’autres noms à celui-ci ?

Aujourd’hui, Hortense.

Je n’ai rien voulu garder de mes parents. Même pas, surtout pas leur nom. Ce ne fut que justice : après tout, ils ne se souciaient pas de nous. Il n’y avait qu’eux. Aussi, j’ai décidé que leur maltraitance invisible m’avait donné le droit de les rendre eux-mêmes invisibles. Œil pour œil. Ce ne fut que justice. Je suis d’abord devenue une épouse. En portant le nom de François, en m’appropriant son nom de famille, je me suis transformée. Me voilà, définitivement, française. Et ai découvert alors que je pouvais aller plus loin, effacer ma filiation, même. Couper ces racines que je méprise et que je hais. Devenir uniquement moi. Dent pour dent. J’ai donc quitté Yara Bruna Santos Sousa. Et je suis alors devenue avec fierté : Hortense Frampin, épouse David. J’ai juste un peu gardé de ma grand-mère, que j’aimais bien. Je le pouvais : elle s’était égarée par amour à Lisbonne, et voici que je faisais désormais comme un voyage de retour en France, 2 générations plus tard. Ai donc pu prendre son nom de famille. Elle s’appelait Jacqueline Frampin. C’est grâce à elle après tout que j’ai passé tant de temps en France, pu parler un français sans accent. Tant de vacances… au point de finir, même, par y faire une rencontre amoureuse décisive. Puis d’y vivre avec celui qui est devenu ensuite mon époux. Au Portugal, on porte le nom de famille de ses deux parents. En ce qui me concerne, je n’aimais aucun de ces deux noms. Ne désirait pas m’y reconnaître. Ne voulais pas plus choisir de n’en garder qu’un : ç’aurait été choisir entre la peste ou le choléra en ce qui me concerne. Que dire de vivre avec les deux… Deux croix différentes… ou une unique, épouvantablement lourde. Aucune décision ne me satisfaisait. J’ai donc choisi avec plaisir de couper tout lien nominatif avec eux. Choisir de devenir une épouse a été l’étape nécessaire. Être une David avant de pouvoir être moi : Hortense Frampin. Grâce à la loi, je pouvais même choisir mon prénom… alors j’ai choisi de venir du jardin. Que j’aime l’étymologie de ce nom, Hortense. « Qui vient du jardin ». Comme moi. Une mauvaise graine d’où jaillît une fleur. Je ne viens pas de mon père ni de ma mère, je viens d’un jardin. De la terre nourricière. Et quand mon heure sera venue, j’espère surtout y retourner. Que mes cendres nourrissent la terre, voilà qui me plaira. Je viendrai alors pour toujours du jardin.

Proposition passionnante, qui m’a amené à beaucoup réfléchir : pourquoi jusqu’alors un seul prénom émerge dans mes textes. Et pourquoi ce désir de ne pas du tout vouloir nommer (ou pas encore ) celui qui a ouvert le cycle. Et pourquoi cette situation est fréquente dans mes écrits.

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