Langue #18 : compte double (2)

Éprouver comment la contrainte du vrai interfère avec nos habitudes de langage et sur un minuscule rouage, instaurer un rapport du langage au réel qui élimine le plus possible narrateur ou narratrice, locuteur. Bien séparer la notion de vrai et d’intime. Avant-dernier exercice de John Gardner : raconter une histoire vraie avec tous les moyens à votre disposition.

Bruit blanc

Elle a compris. En l’espace d’un éclair, d’un minuscule moment. L’explosion de quelque chose, comme un bruit blanc peut-être est apparu, s’est fait jour en elle. Il lui a fallu beaucoup de sang-froid et de détachement pour ne pas laisser paraître ce qu’elle a compris à ce moment, dans ses bras. Son intime découverte. Il n’y a rien de plus banal et de plus destructeur que d’être trompé par quelqu’un en qui l’on a confiance. Elle fait à ce moment-là, au moment de l’impact, de l’explosion douce, l’expérience d’une certaine destruction au sein même de son couple. Au moment d’une étreinte. Mais combien sont trompés par un ami, voire un parent. C’est peut-être car il était bizarrement gêné par l’abandon naturel qu’elle a eu vers lui, qu’elle a compris, senti. Au sein de leurs années de complicité amoureuse s’est introduit subtilement mais concrètement comme un corps étranger. Il est fin et léger, semblable à un cheveu. Le cheveu qu’elle n’a pas trouvé sur sa hanche pourtant. Et qu’elle ne cherchera pas sur ses vêtements, de toute façon. A quoi bon : elle a compris, elle sait désormais. Cela suffit. Maintenant quoi faire ? C’est surtout cela. C’est surtout cela qui compte. C’est surtout cela l’important. Elle. Elle doit penser à elle. Se protéger. Faire des analyses de sang, aussi, pour vérifier. La trahison et la légèreté de son compagnon aura-t-elle été jusqu’à mettre sa vie en danger ? Comment se défendre de l’agression du mensonge. Des actes. Que faire du pacte de confiance du couple fêlé. Elle se dit que c’est peut-être une occasion pour elle de revenir sur ses propres désirs, sur sa route personnelle. Pense à cette formation qu’elle hésite à entreprendre depuis déjà un bon moment. Parce que cela compliquerait la vie de couple, parce qu’ils se verraient moins. Peut-être est-ce maintenant en fait le bon moment pour penser à elle. Et seulement à elle. Pour cesser de le rassurer par sa présence immuable. Présence qui, visiblement, n’est pas appréciée ni reconnue à sa juste valeur. Cesser d’être un meuble confortable. Faire face à cette indifférence. Sans doute est-ce un bon début pour un ailleurs, pour une reconstruction. Partir du travail. Et grâce à cet embranchement de chemin entrevu, ainsi, introduire une distance auquel s’adjoint une forme de silence. Ce silence dont elle a besoin au plus profond d’elle-même afin de pouvoir entendre si la fêlure induit par le couple peut se réparer. Si le dégât n’est pas trop fort. Elle se demande s’il lui est si nécessaire. Que lui apporte-t-il vraiment, au fond ? Par cette trahison, elle entrevoit soudain trop de certitudes, et puis son égoïsme. Son manque de tendresse, voire son léger mépris envers cette si essentielle nécessité et qualité du lien. Constate qu’il ne lui prend plus la main en public depuis effectivement un bon moment déjà. Peut-être sont-ils arrivés au bout de leur route commune. Mais elle le pensait plus courageux. Plus à même de parler, discourir, expliquer, au lieu de s’égarer lâchement ailleurs et de cultiver le mensonge. Elle songe qu’en plus il est capable de penser qu’il la protège ainsi, qu’il se conduit en protecteur héroïque en ne disant rien. Mais il est simplement en train de sauvegarder une belle et propre image de lui. Peu d’êtres ont le courage de se tenir droit. Il est peut-être simplement pour elle le temps de le quitter, se dit-elle.

Un exercice peu évident, je n’ai pas été convaincue par ce que j’en ai fait. J’ai mis du temps à trouver ce que j’allais explorer de « vrai », sans virer à l’intime. Suis partie du personnage secondaire de la compagne de l’amant. Il y a un quelque chose d’un peu différent lors de l’écriture. Après… des questions… ça questionne, c’est bien. J’aurai plaisir à refaire cet exercice.

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Un commentaire

  1. Ça sonne vrai à mon coeur, Cécile.

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