Interstice 2: à la recherche des maisons perdues

Le souvenir évidemment lacunaire, partiel, flou ou à trous, de maison habitées autrefois, une fois l’an ou une seule fois, mais qui structurent telle nuance ou telle couleur des rêves et souvenir. Je ne pensais pas que le verre de Venise ressemblait à cela. Et par ailleurs, il était fort étrange pour moi de dormir sous cette applique ancienne, d’aspect laiteux. Cela avait été un bonheur de jouer pendant la journée avec mon frère. Nous avions sauté sur de grands ballons ayant un guidon auxquels nous pouvions nous tenir. Nous avions beaucoup ri et comparé nos sauts ainsi qu’essayé avec…

8 : nos 27 septembre

Chercher trois 27 septembre, dans des périodes charnières, ou pas, très loin dans la mémoire, ou pas, façon Christa Wolf dans « Une journée ordinaire ». Avec photos pourquoi pas. Planifier l’article pour le 27 à 00h01. 27 septembre 1994 : Je rentre de ma promenade du matin avec Cachou, mon chien. Pain frais pour le petit déjeuner, la bouilloire chauffe, et F. dort. Comme d’habitude, il se réveillera vers midi. Heureusement que je dispose de l’appartement d’à côté pour pouvoir travailler, sinon son incapacité à être dans des horaires normaux me mettrait clairement en difficulté. Je remarque véritablement depuis que nous…

7 : introspection sous verbe

Par l’accumulation et la force des verbes, et dans un bloc, naît l’introspection. (D’après « Introspection » de Peter Handke J’ai ouvert les yeux. J’ai commencé à découvrir le monde. J’ai écouté, senti, babillé, souri, goûté, craché, crié, pleuré. J’ai tenté l’équilibre et suis tombée et retombée sur mes fesses. J’ai fini par savoir marcher. J’ai très vite aimé la mer, la brise et le soleil sur la peau. Les carottes cuites mais la soupe quand elle est mixée. J’ai adoré apprendre à lire et j’ai très vite aimé farfouiller, découvrir voire rechercher les réponses qu’on me refusait. J’ai éduqué mes oreilles….

6: il elle fenêtre

Les fenêtres sont doublement réfléchissantes : c’est vous que le paysage regarde, et vous-même que vous cherchez en regardant. Un bloc prose non ponctué, qui traverse 5/6 époques. Fenêtre d’une chambre fenêtre qui s’ouvre sur un mur mur où plus loin et plus haut vers la droite il y a une petite fenêtre encore et souvent souvent oui souvent elle s’est demandée ce que l’on voyait depuis cette petite fenêtre un mur la rue un toit car ici c’est le dernier étage de l’immeuble et cette chambre de vacances est étrange avec ce mur à la fenêtre en face oui…

5 : Poterne, Jacques Roubaud

Se saisir de la forme d’une prose continue, mais où la ponctuation consiste en espaces blancs pour capter, autobiographiquement ou pas, une bulle de réel, éloigné ou proche, mais que cette forme d’écriture va rendre de la façon la plus exhaustive possible. Quelquefois______ sous le doigt________ le doigt________revient l’ombre de la corde________le ressenti du câble________le fil dans lequel se cache la justesse________la corde________le fil______ le fil sur lequel on se promène________le doigt________index funambule________orphelin de sa corne________mais toujours relié secrètement________ à la musique________encore________encore aujourd’hui________les doigts bougent comme avant________ils dansent________ils________les doigts________ils fabriquent la musique toujours________encore ________aujourd’hui________mais________mais aujourd’hui ________silencieusement________voilà que je lis do…

4 : Affinité pour la description

Se saisir d’un élément urbain par exemple, et en faire un objet texte. Une tige de métal gris clair semble avoir comme émergé du goudron. La tige est carrée, et dépasse très légèrement le mur qui est situé juste derrière elle. Mur crépi crème, surmonté par quelques tuiles de couleur brique qui ondulent. Sur cette mer urbaine une plante actuellement vert tendre, grimpante, se repose quelque peu et regarde la rue. La rue est un peu en pente, et le jeu géométrique de cet arbre de métal et de ce qui l’entoure amuse l’œil. Le trottoir descend. C’est comme s’il…

3 : Cinq fois sur le métier (Francis Ponge)

À la manière de Francis Ponge, choisir un objet du quotidien sur lequel on écrit un texte. Cinq versions successives en seront réalisées, sur cinq jours différents. 1. Rectangle. Rectangle plié, papier. Couverture un petit peu plus cartonnée, mais légèrement écornée. Fils qui s’y entrelacent, reliure. Carnet : petit cahier de poche servant à inscrire des notes, des comptes… calepin. Dessin : ornementation. Coquillages et quelques phrases. Objet optionnel utilitaire et nécessaire. Temps écoulé. Traces du temps. Passages. Moments. Housse assortie en feutrine. Cousue main. Bouloches. 2. Depuis l’enfance, l’amour pour les stylos, les carnets, les encres et les cahiers….

Interstice 1 : Aquariums et 3D

5 brefs paragraphes, de 4 à 5 lignes maximum, chacun se saisissant d’une de ces configurations urbaines qui ne peut être que pensée en 3D Le serpent : Un immense serpent bleu sombre, huilé ou clair suivant les jours au harnais de béton joyeux qui permet le passage d’une ville à l’autre. À gauche on rencontre de petites rues, de la rondeur, une place et une église. À droite, de l’autre côté du pont, la modernité se raconte avec des pointes vers le ciel et un stade tout neuf. Rive gauche : En bord d’eau le sol est plat et…

2 : un parpaing de phrase

Un bloc d’un seul paragraphe sans ponctuation, où un mot est choisi pour revenir de façon obsessive PAS grand chose Entendre le bruit de ses PAS sur le sol sur le son PAS à PAS comme peu à peu un envahissement une musique qui progresse et habite l’espace PAS affirmés au moins pointure 45 petits PAS en arythmie parallèle PAS qui associent une voix flûtée et un timbre malicieux PAS sur le sol PAS qui font sonner la terre de l’allée du jardin et le bruit des PAS qui s’arrête oui PAS qui deviennent silencieux juste devant la porte « Non,…

1 : une phrase, des sols

Et voici que l’aventure de l’atelier d’écriture d’été est repartie. Bienvenue dans cette première proposition, en une phrase, qui vient revisiter notre biographie par les sols rencontrés depuis l’enfance. Mise en jambe, en langue en ce démarrage d’atelier. Regard attentif, présence douce, étrange comme quelquefois elle s’allonge contre lui -c’est le cas aujourd’hui- mains sur le côté du corps, puis croisées sur le ventre, jambes allongées, puis pliées ; il sait et connaît ce rituel récurent et régulier depuis qu’elle chante ; ce chant lui plait, il l’accueille, en apprécie la caresse et aime le nourrir en offrant tant et…

44. Livres enfouis

Cette proposition sera la dernière publiée sur le blog. De fait, il existe une proposition 45 sur laquelle je travaille actuellement. Elle est réalisée par ceux qui souhaitent arriver à cette aventure formidable qui est celle de participer à l’édition d’un livre issu de cet Atelier. Que dire en conclusion de cette aventure… Elle m’a beaucoup stimulée, m’a permis de retrouver ce grand plaisir que j’éprouve à écrire. Elle m’a demandé également d’être extrêmement organisée afin de pouvoir être très régulière pour prendre ce temps. Je regarde la ville, les espaces urbains de façon différente, et cela m’a fait du…

43. Frontière close & ouverte

43. phrase clé : ce qu’il vous resterait à écrire –- à la fois comme une coda ou un prolongement vers le livre possible, mais surtout parce qu’en nommant ce qui n’a pas été écrit on remultiplie les échos intérieurs dans la limite même que constitue le texte déjà écrit Bien sûr, on pourrait parler encore si longtemps de Marseille et de ce qui n’a pas été. Évoquer la mer et puis ce qui aurait pu être. Écrire sur la perte, sur les rochers blancs, sur ce qui est mort là-bas. Décrire des pins. Pleurer sur ce qui a été détruit….

42. Interstices

42. chacun.e a construit par accumulation de facettes un texte long et complexe, mais qui peu à peu prend sa voix et son chemin propre, maintenant on tente de relier par des textes les propositions disjointes Entre la proposition 10 et 11: Car là-bas, dans la cité, il y a les appartements de la rue Saint-Pierre et il y a bien sûr dans le douzième, la maison au jardin. Il y a tout ce qui parle d’avant, puis de demain. De moments de l’enfance, de pendant les vacances, de ceux qui passent la voir quand elle vit à Marseille, de ceux…

41. Entre doubles crochets

41. sur une de vos précédentes contributions, travail d’expansion interne, façon W de Georges Perec Travail réalisé sur la proposition 1 : Quand elle était revenue, la première chose qu’elle avait vu c’était ce mur. [[ Lisse, neuf, et d’un rose discret. ]]  Sur le côté du chemin. À gauche. Il y avait désormais un mur. Voilà. La maison était désormais fermée au regard, protégée, [[ entourée. ]] C’est ce que cela lui évoquait, [[ ce mur enduit d’un rôle pâle. Cette protection, ]] cette transformation qu’elle avait [[ tant ]] espéré pouvoir réaliser à l’époque. Et puis étaient venues les questions…

40. Limite

40. Trouver un endroit, même minuscule, qui symbolise exactement les confins de la ville — le faire exister comme s’il la contenait toute Être les pieds dans l’eau, dans la mer, avancer tout droit devant, vers l’horizon. L’eau arrive à la cheville. Sous les pieds le sable est ondulé, c’est à la fois agréable et un peu désagréable. Il faut marcher pas mal pour essayer d’avoir une progression concrète, et que l’eau soit un peu plus haut sur le corps, vers le genou, voire un peu au-dessus. Se retourner alors et regarder la plage. Observer. Beaucoup de gens. Certains sont…

39. Chantier

39. Exercice libre, en pensant à Julien Gracq évoquant le trou d’avant la construction de Beaubourg : le réel dans l’instant de sa transformation, image d’un chantier Un jour, elle s’est rendu compte que le U au coin de la rue Vitalis et de la rue Saint Pierre était fermé. Avec cette fermeture, elle a pensé aussi à la disparition des consignes de limonades. Et pourtant, cela faisait bien longtemps qu’il n’était plus question de consignes. Et pourtant, le U était fermé depuis des lustres. Mais là, étrangement, bien que les moeurs aient changé depuis des années, qu’un Super U…

38.Jamais dire jamais

38. en adieu à Cendrars, depuis son texte programmatique « le roman que je n’ai jamais écrit », 10 à 15 titres ou résumés en 2 lignes de livres possibles (ou pas) sur la ville dont vous parlez Ce serait bien d’avoir une place sur un meuble, par exemple dans la maison au jardin. À cet endroit il y aurait un grand pot de céramique blanche, d’un blanc pas trop éclatant, tirant vers le crème, faisant un peu asiatique, mystérieux, avec quelques lignes ci et là sur la surface du couvercle, mais à peine, un pot si simple qu’il pourrait presque…

37. Enfilades

37. à partir de Blaise Cendrars, traversée continue de la ville par les intérieurs Laisser voler son regard au-dessus de la ville, comme si on était un gabian rieur. Tourner, virer, frémir du plaisir du vent, découvrir et rêver. Là une cuisine où s’empilent les assiettes sales, grandes et petites, d’un repas d’amis de la veille. Trop de verres sur la table, certains encore avec un peu de liquide rouge dedans. Du pain coupé dans une panière, sèche, oublié. Un livre à la couverture jaune caché derrière des serviettes entassées, en désordre. On arrive à lire « çale », « boul » et « sel » sur…

36. Du lointain

36.  on reprend à nouveau par copier/coller le texte de la 34, mais on le réécrit comme s’il s’agissait d’un « pays lointain » (Michaux), d’une ville totalement inconnue ou rêvée : ça change quoi, alors, au texte ? C’est comme un sandwich: Autoroute Nord, des quartiers, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : la carrière de Saint Antoine et sa tuilerie. Imaginaire de poudre orange, d’ondulations pour les toits, de traditions de savoir-faire et métiers de Provence. Un espace d’une autre époque qui est devenu un grand parc. Le plus grand espace vert dans…

35. Anticipation mais pas trop

35. Reprendre par copier/coller le texte précédent, mais le décaler un tout petit peu en avant dans le temps, le moins possible ! Le Nord de la ville est toujours un sandwich: Autoroute Nord, des espaces urbains, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : « le Grand Littoral ». Toujours le plus grand centre commercial de la région PACA. Des défauts de construction et quelques fissures sont apparus dans le gigantesque Carrefour. Il y a même un endroit où le terrain est instable. Un restaurant rapide de Tacos a rejoint MacDo, BurgerKing et les autres. Des boutiques…

34. Nord Sud Est Ouest

34. une demande extrêmement précise : 4 x 20’, pas plus d’1 texte par jour, sur chacun des points cardinaux de la ville, pour une carte pragmatique, à partir du texte de Cendrars sur les photos de Doisneau C’est comme un sandwich: Autoroute Nord, des quartiers, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : la carrière de Saint Antoine et sa tuilerie. Imaginaire de poudre orange, d’ondulations pour les toits, de traditions de savoir-faire et métiers de Provence. Un espace d’une autre époque qui est devenu « le Grand Littoral ». Le plus grand centre commercial de la région…

33. Transactions

33. souffler la pierre et le ciment, pour une accumulation de tous les gestes, métiers, chantiers, actions, échanges Elle est contente d’être à la Plaine un jour de marché. Retrouve cette ambiance propre à ici, qui lui parle aussi de tant de moments ; se rappelle entre autre les économies gardées pour le plaisir de marchander, l’été, un bijou à quelque vendeur africain lorsqu’elle était adolescente pour elle et pour ses amies. Ici tout se vend. C’est comme une sorte de grande surface découpée et étalée sur l’ensemble de la place, avec de nombreux marchands de styles différents. Elle promène son…

32. Ciels ma ville!

32. et il n’y aurait rien à écrire des ciels de votre propre ville en construction ? La ville s’ouvre et se referme sur du bleu. Bleu à l’âme et bleus du coeur, azur saignant. Goutte à goutte de chagrin qui tombe parfois des nues. Ciel hautain, moqueur, indifférent. La ville est sans concession, explose et rayonne sous cet azur résistant aux nuages, si souvent. Ombres qui se découpent au sol en réponse aux droites qui jaillissent de celui-ci. Fenêtres mi-fermées où l’on croise ce bleu rieur et moqueur. Réponse au firmament par la mer. La grande bleue. Presqu’un décor, ce…

31. Calvino et les morts

31. non pas mimer les allégories que déploie Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit En surimpression de la ville se promènent toujours un peu les disparus. Leurs silhouettes et leurs sourires. Leurs mots silencieux. Des partages. Si les transformations diverses de la ville gomment un peu cela avec le temps qui passe, les objets ci et là les racontent et les font revivre. Point trop n’en faut non plus: les vivants ne sont pas fait pour vivre avec les morts et le poids de l’héritage…