20. Sans nous

20. dans « L’équipée malaise » de Jean Échenoz, un clochard s’héberge clandestinement dans le musée Jacquemart-André : bibliothèques, musées, appartements vides, stations de métro, centres commerciaux où la musique d’ambiance et les messages de service continuent le dimanche : comment est-ce que vivent ces lieux quand personne n’est là pour les décrire ? comment écrire quand y projeter un narrateur est impossible ? on voudrait une proposition libre, dérivante, exploratoire Dans le haut du placard de la cuisine, sur la gauche, la vierge fluorescente de Lourdes illumine doucement le lieu. Juste à côté, une vierge un peu plus grande —qui vient aussi…

19. Lancer de ballon

19. enlever un à un tous les liens du lieu point de départ avec son assignation réelle, plus de toponyme, rien qu’une recréation mentale, légère, irréelle, qui s’ouvre alors en miroirs à tous les miroirs, fantômes, comparaisons Quelquefois c’est paisible. Surtout face ou près de la mer. Ciel si bleu, dolce vita. Rocher blanc. Sourire du soleil doux le matin. Températures clémentes, même l’hiver, sauf s’il y a le vent. Nature et ville. Vieux et moderne. Grincements des bateaux. Bigarrée, riche de ses mixités. Interactions. Superpositions. Les souvenirs qui s’entrechoquent. Trompette en bord du port, le soir. Je l’ai croisé ce…

18. Bégayer

18. La magie d’un tel atelier, c’est ce qu’il fait advenir de langue — en 17 prises d’écriture, il y a forcément une phrase de vous qui vous a surpris, dérangé, étonné — résistive par sa syncope, sa couleur, voire sa maladresse apparente — alors partir de cette phrase, et elle seule, et la bégayer jusqu’à extraire son grain nu — la singularité même de ce qui émerge de voix, hors de vous et pourtant vous  Rien de bien exceptionnel ici, sauf pour celui ou celle qui sait. Rien. Rien de. Rien de bien. Rien de bien mon ex. Rien…

17. La notion d’obstacle

17. jusqu’ici, le narrateur n’a jamais interagi avec le réel dont il fait récit : et si on retrouvait trois épines, fissures, cassures, événements hors de sa volonté propre, trois fois où ce réel a littéralement fait obstacle au narrateur ? –- une autre manière alors d’entrer en rapport avec le fragment de ville à la source du récit Retour au jardin. C’est le temps des confitures. Le figuier vert, celui qui est devant la maison cette année-là est vraiment superbe. Il a fait tellement de fruits cet été! Elle est fière de voir le jardin s’épanouir, elle y voit le…

16. l’envers du décor

16. ce lieu qu’on a construit, solidifié, complexifié depuis le début, et si on ouvrait sa face noire, se forcer à ouvrir le négatif, à le retourner sur lui-même Quand tu étais enfant tu ne pouvais pas voir les gens comme moi, ma belle. Tu étais trop heureuse de voir tes grands-parents. Et puis les poubelles n’étaient pas tout à fait les mêmes. Et puis aussi la ville des pauvres est flottante: c’est une ville dans la ville qui se déplace. En tirant ma charrette et en voyageant avec elle, cela je l’ai bien appris. Une ville flottante avec sa populace,…

15. Le je qui tu

15. le je qui tu une des silhouettes ci-dessus évoquées, en tout cas un personnage extérieur au narrateur initial, l’apostrophe et vous avez à situer vous-même de l’extérieur ce narrateur qui parlait pour vous : on parle dans un je extérieur à soi-même  J’ai vu que tu me regardais la fille au chien j’ai bien vu que tu me regardais oui oui avec ton chien ne crois pas que parce que je fais les poubelles comme ton chien je ne vois rien au contraire mon oeil est bien aiguisé —nécessité oblige—et j’ai reconnu cette infime hésitation quand tu as tourné la…

14. Silhouettes

14. dans le lieu défini au 1er cycle, faire exister 5 silhouettes juste ébauchées, faire en sorte que la brièveté d’évocation les rende le plus concrètes possible Son chien est un pittbull. Il porte un genre de marcel pour montrer ses bras bien musclés et ses tatouages. Un air un peu trop sûr de lui: cependant il tient toujours son chien quand elle passe. Elle, un chien improbable, plutôt fort grand, un peu maigre et rieur. Elle rieuse également, à la marche tonique et au visage ouvert. Brune, elle porte ce jour-là une jupe longue, plutôt droite, bleue, avec de grandes…

13. En l’attente

13. En l’attente: un point précis de la ville, et laisser faire le temps, ce point livré à son ordinaire  C’est le matin, c’est le début de l’été. Le bleu du ciel est encore pâle au-dessus du bleu de la mer. Les restaurants sur la plage commencent à se réveiller, les terrasses sont mises en place, on installe les sièges. Ici, chaque chaise en toile porte le nom d’un acteur ou d’un cinéaste connu. Plus loin, un espace de jeu pour les enfants sur le thème de la mer, vide. Il y a un canard rouge , mais aussi un coquillage,…

12. Intérieurs extérieurs

12. extension de la précédente, encore un lieu décrit de l’intérieur, et lieu à usage public, mais cette fois lieu de traverse ou déambulation. Sa porte préférée pour y entrer c’est par la Canebière. Puis elle traverse le grand magasin et son espace pour femmes, rayon cosmétiques et parfums. De tout pour embellir l’oeil, les sourcils, le teint, les lèvres, les ongles… On y croise aussi tout plein de « sent-bons » avec leurs ambassadrices derrière leurs stands de marques. Il faut tracer au milieu de ceux qui essayent, hésitent, demandent, échangent, achètent. Il faut traverser ce lieu malgré ceux et celles qui…

11. Lieu non lieu

11. choisir, quelque part dans la ville, une de ces petites bulles d’intérieur qui sont aussi des espaces publics, et la faire exister telle quelle, comme nous la vivons tous. – « Cinq quarante. » Le visage est fermé. Un léger accent qui roule les « rr », un ton sans appel. C’est comme ça et pas autrement. Le 5ème arrondissement, certes, mais ce n’est pas le quartier de La Plaine. La boutique est peu amène, comme la voix. Un mot simple « BOULANGERIE » est écrit au dessus de la porte d’entrée. Verre un peu sale et bois peint, vieux rouge sans éclat, déteint par le…

10. Compte triple

10. explorer la relation de l’écriture aux autres sens que la vue et l’ouïe : l’olfactif, le toucher, le goût, en 1 texte comme en 3… La chaleur du Sud agrandit les odeurs: c’est comme une sorte de loupe où l’on peut trouver le pire comme le meilleur. L’odeur de sang de la boucherie de la rue longue des Capucins. La pizza gourmande qui envahit soudain les narines peu importe où dans la ville et donne envie de la dévorer quelle que soit l’heure de la journée. Les ordures qui marinent à divers endroits de la ville, trop souvent. Arrivé au…

9. Bande-son

9. Bande-son: fermer les yeux, et voyager dans tous les sons et bruits, en se laissant flotter temporellement et spatialement, qu’on peut associer au lieu point de départ  Devant la maison au jardin. Retrouver, revenir vers tout un univers sonore propre à cette période de sa vie, à la ville, à ce lieu même. Mais ici, on est dans la ville et l’on n’y est pas. Revenir au petit matin, allongée, au fond du lit. Les voitures passent sur la route, au loin, plus loin. Pas d’hôpitaux à proximité, ici: ce n’est pas comme dans le quartier de la Plaine. Rarement…

8. Il pleut

8. Il pleut: et si on prenait le même lieu, mais dans des conditions météos complètement différentes : par exemple, il pleut… Les caniveaux du centre ville peuvent être pleins d’eau sans pour cela qu’il ne pleuve, à Marseille. D’ailleurs, pleut-il vraiment à Marseille? L’eau s’invite le plus souvent partiellement, rapidement, discrètement, parce qu’il le faut bien de temps en temps. Lorsqu’il pleuvait dans la maison au jardin, il lui revient que les gouttes semblaient sauter sur le sol, s’immisçaient plus ou moins dans la terre, entraient difficilement en elle. Et cependant le jardin était riche en arbres et en plantes….

7. Là tout auprès mais

7. Là tout auprès mais: pas besoin que ça ait été détruit, juste qu’on sait que c’est là tout auprès, mais qu’on a totalement perdu le chemin pour y retourner Marseille est à la fois un endroit de rupture et de continuité pour elle. Il y a le poids de la famille qui vit dans la ville depuis plusieurs générations, ce lieu auquel on essaye de l’attacher mais d’où pourtant on l’arrachera. Marseille est certes la ville où elle est née, mais surtout pour elle une ville de vacances quand elle rend visite aux grands-parents —aussi au reste de la famille—…

6. Noms propres

6. Noms propres: une transition : se saisir des noms propres associés au lieu initial, ce sont les noms de rues, mais aussi de lieux sociaux (écoles, piscine ou espaces culturels), voire de personnes (médecin, instituteurs), et associer une image texte à ces noms propres, se déformant l’un par l’autre. Démarrer rue Charles Kaddouz, et, soudain, se souvenir d’avoir conduit des Ulysses au Parc Borély, enfant. Traverser ensuite Frais Vallon: ses voitures brûlées, ses poubelles lancées sagement posées dans des filets installés vers le bas des immeubles. Marseille a de nombreux visages, fort contrastés. Les noms des quartiers de la…

5. B-roll

5. B-roll: où comment l’art des détails de tout ce qu’on ne remarque pas peut conférer au lieu de départ sa poétique et sa présence…  Promenade au jardin, maison posée presqu’en son centre. Ici, la ville semble loin. Quand on se dirige vers la maison, on ne voit pas immédiatement la porte d’entrée: toute en bois, avec des rectangles à facettes, comme des petits toits. En face de cette partie de la terrasse et de la porte, des noisetiers. Un jour de jardinage, deux yeux dans la terre s’ouvriront soudain car les crapauds s’enterrent pour passer l’hiver. Là, le mur s’effrite,…

4. S’éloigner

4. S’éloigner: et si on était projeté, mais toujours en regardant ce même point, loin vers l’arrière, ou n’importe quelle autre direction, et qu’on verrait de bien plus loin tous ces éléments restés dans le souvenir (et uniquement par ce qu’on en retrouve mentalement) Depuis le pays des Verts, si vert, on ne voit pas la maison, ni son jardin. Loin, les roses trémières de celui-ci. Plus loin encore le Stade Vélodrome. Si loin les mouettes rieuses, le mistral, le bleu de la mer où l’on peut s’user les yeux. Parti le rocher blanc rude et austère des calanques, la pizzeria…

3. Se retourner

3. Se retourner: toujours en prenant ce point spatial d’ancrage d’un narrateur qui revient (1ère proposition), et le passage à la description visuelle (2ème description), et si on regardait ce qu’il y a dans le dos du narrateur ? derrière, ou sur les côtés ? toujours dans l’idée de solidifier le territoire qui peu à peu devient fiction Derrière elle il y a le presque similaire, le presqu’identique de cette rue. Derrière, si elle tourne sur elle-même, elle se retrouve alors face à un autre mur. Mais à force d’observer, de tourner un peu la tête, elle remarque que quelquefois…

2. Image

2. Image: à nouveau cette problématique du retour, quel que soit le lieu qui provoque cette intensité de souvenir ou d’émotion, mais on gomme le narrateur, on ne retient que l’image fixe devant soi, si possible sous forme d’un paragraphe monobloc. Une grande rue, et de nombreux murs. Multiples rappels de ces fermetures à l’étranger, à l’autre? Un mur rose, un mur crème, un mur blanc, un crépi, un haut, un pas trop bas, un bien entretenu, un sale, un médiocre, un joli. Une double circulation, des trottoirs assez larges. Pas grand monde dessus. Voire même personne, en fait. Des…

1. Revenir

Et voilà! Nous partons donc pour l’atelier d’écriture de cet été sur « construire une ville avec des mots ». Et voici donc la proposition de ce premier exercice: Revenir: se concentrer mentalement sur une idée très simple : je reviens dans un lieu quitté il y a longtemps, mais chacun a un nombre très limité de ces lieux susceptibles de provoquer cette sensation – les lister – puis traiter de ce retour, mais impérativement à la 3ème personne. Le premier épisode de cet atelier d’été est écrit! Bonne lecture et à bientôt! Quand elle était revenu la première chose qu’elle avait vu…

Fantôme de soi écrivain

Fantôme de soi écrivain à partir du livre « Ecrivains » d’ Antoine Volodine Il avait choisi le pseudonyme d’Hervé Durand pour écrire. Un pseudonyme qui parlait de la simplicité, de la douceur, de la sobriété d’écriture qu’il travaillait. Des mots simples, une sorte de minimalisme qui lui semblait être nécessaire pour accéder au coeur de ceux qui lisaient ses oeuvres, car il aimait, quoiqu’il écrive, parler au coeur, ou bien comme au creux de l’oreille de ses lecteurs. Etablir un lien intime et précieux, subtil, trouver une parole juste pour une relation unique. C’est pour cela que la simplicité était sa…

Ah, vous ne connaissez pas Bréhier?

d’après « Les fruits d’or » de Nathalie Sarraute. Jamais vous n’auriez pensé cela de Christian… Oui, je le répète, jamais… Ah bon, pour vous ce n’était pas étonnant? J’y ai pensé souvent depuis… Et je le connaissais quand même depuis longtemps…. Et bien cependant c’était inattendu, je persiste à vous le dire… Il lit trop: je l’ai toujours pensé… tout ce qui lui passe sous la main… du roman de gare à Umberto Ecco… Bon certes, un peu plus Umberto Ecco cependant… Mais j’ai déjà vu des écureuils de Central Park chez lui… Sisisi, c’est vrai… Jamais aimé sa coupe de…

tout Mauvignier en une seule phrase

et si d’une seule phrase on explorait toute la complexité d’un personnage? Elle adore cuisiner pour ceux qui vont venir, pense à eux quand elle choisit les recettes, fait ensuite la liste de ce qu’il va falloir acquérir; ses amis l’accompagnent en pensée quand elle fait les courses, elle entend quasiment leurs réflexions; presque souffre-t-elle de quelques ralentissements ci et là dû à des échanges de paroles pendant qu’elle fréquente les temples des achats, qu’ils soient petits ou grands; rentre ensuite chez elle et range, range, puis dérange, dérange et re-range; s’organise pour le soir après s’être un peu posé…

Dans le métro ce matin

3 brefs face à face dans un contexte urbain Il aime lire dans le métro. Il oublie alors tout ce qui l’entoure. Il ne remarque plus rien, et ce jour ne voit pas la jolie jeune femme qui le dévisage, furtivement. Elle essaye de lire le titre de son livre, lui est absorbé, ne change pas de position, presque statufié. Elle n’est pas loin pourtant. Elle essaye, encore, cette fois de croiser son regard pour alors oser lui parler, engager la conversation: il est charmant. Mais cela ne prend pas, ne marche pas. Elle se demande quel est ce livre…