31. Calvino et les morts

31. non pas mimer les allégories que déploie Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit En surimpression de la ville se promènent toujours un peu les disparus. Leurs silhouettes et leurs sourires. Leurs mots silencieux. Des partages. Si les transformations diverses de la ville gomment un peu cela avec le temps qui passe, les objets ci et là les racontent et les font revivre. Point trop n’en faut non plus: les vivants ne sont pas fait pour vivre avec les morts et le poids de l’héritage…

29. Rencontrer

29. dans ces lieux que nos descriptions construisent, des personnages qui sont autant d’énigmes Sur le Vieux Port, elle a rapidement remarqué cette femme. Elle n’est pas laide, mais pas non plus franchement jolie. De profil. Le nez donne du caractère au visage, même s’il est un peu long. Quelques boutons d’acné teintent de rose et de reliefs sa peau plutôt brune. L’expression de sa figure n’est pas avenante: un peu fermée, un peu sombre. Cela fait contraste avec l’enfant qu’elle tient dans ses bras, attaché et tenu contre son corps par un lien rose et gris, et posé sur son…

28. Se déplacer

28. métro, bus, voiture, moto ou à pied : chaque mode de transport est aussi un dispositif de perception optique — alors non pas aller d’un point à un autre, mais se concentrer seulement sur un fragment de cette perception en mouvement Fermer l’appartement, puis descendre les trois étages. Tirer la porte et veiller à ce qu’elle se referme bien. Lever la tête: l’immeuble sur la gauche a deux plaques bleues et blanches de part et d’autre de la porte: « 86 » et « Gaz à tous les étages ». Partir à pied sur la droite pour monter vers la Plaine. Passer devant les…

26. Révélation

26. remonter à la première expérience, pas forcément sur le lieu du récit, que cela remonte à l’enfance ou à un voyage, où la ville soudain nous soit apparue comme concept Nombreux. Lignes. Vaste. Anonymat qui fait du bien. Pouvoir être, se promener seule sans que quelqu’un te salue ou t’observe. Tellement plus d’inattendu au coin de la rue. Tellement de temps pour aller d’un endroit à l’autre, pour aller voir ou revoir tel ou tel ami: tant de visages de la ville que c’en est troublant, enivrant. Ici prendre le temps ou traverser l’urbain est forcément différent. La ville est…

25. Mise en questions

25. de l’accumulation de questions sans réponse comme sauter au travers du réel et lui donner porosité Hého. Est-ce que tu m’écoutes. Est-ce que tu m’entends. Est-ce que je suis claire. Est-ce que tu es sûre pour le mur. Est-ce que tu l’as vu ce mur. Est-ce que la ville s’écrit au travers de la fêlure d’un mur. Est-ce qu’un oiseau qui rit parle vraiment de la mer. Pourquoi j’ai oublié de quel côté se couche le soleil dans l’appartement rue Saint Pierre. As-tu remarqué le mur avec cette clef de sol tagué en face de notre 84. Est-ce que…

Saint Etienne au miroir (fin)

  Bon, me voilà de retour avec l’expérimentation que j’ai réalisé la semaine dernière avec mon miroir de poche, expérimentation qui permettait de montrer le devant et un angle arrière simultanément du même endroit. Merci à ceux qui ont pris le temps d’écrire: je suis contente que vous ayez trouvé cette idée intéressante et j’ai apprécié vos retours qui donnent de l’ancrage à mes idées. J’ai expérimenté diverses situations, voici donc les suivantes. À écouter avec cela: (oui, j’ai changé de style de musique, histoire de changer un peu l’atmosphère… 😉 ) Voilà, c’est la fin de cette expérimentation: elle…

23. Paysage, cinq fois

23. du paysage remplaçant la notion d’image, comme incluant l’observateur, et tenant compte de l’organisation de la ville par rapport au point d’usage ou d’observation, cinq notations selon différentes insertions de ce point d’observation, selon le même principe de discontinuité narrative que dans la 21 (c’est important) Vieux Port. Il y a l’eau: tâches d’huiles et détritus près du bord, ligne fine de l’horizon qui se confond avec le ciel, là-bas, au fond, Métro écrit en blanc avec un M majuscule sur les 4 côtés d’un grand cube noir tout au bout, tout à la fin d’un poteau, les nacelles…

22. Première cuisine

22. j’insiste : absolument nécessaire avoir fait la 21 avant celle-ci : ce qu’on a fait au présent, et sur le réel qui vous environne immédiatement, on applique le même principe de construction et détail discontinu pioché dans la mémoire : votre première cuisine… ou votre première table à écrire ? Au fond de la cour, lignes droites, casseroles, Générations, petites pâtes alphabets, assiettes, un chinois tout rouge, des coquillettes, un premier étage, farine, sucre, murs couleur « crème sale », une grosse dispute, 4 petites boîtes en métal pour le thé, « Pâtes et pizza » imprimé sur la tranche du livre en noir,…

21. Lanterne magique

21. fabriquer une petite fenêtre en carton, juste de quoi passer le pouce, et appliquer cette fragmentation du voir à l’environnement immédiat de travail — les détails, les couleurs, les micro-formes et tout rassembler dans un bloc chargé de discontinu… en prélude à la proposition 22  Un carré gris-blanc avec + et =, 4 petits rectangles, une flèche, des poussières et un rai de lumière du soir, du jaune en plastique avec des signes comme des flèches en relief, un noeud blanc, une courbe blanche, une droite toute raide et noire avec un embout qui ressemble à un serpent aux aguets,…

19. Lancer de ballon

19. enlever un à un tous les liens du lieu point de départ avec son assignation réelle, plus de toponyme, rien qu’une recréation mentale, légère, irréelle, qui s’ouvre alors en miroirs à tous les miroirs, fantômes, comparaisons Quelquefois c’est paisible. Surtout face ou près de la mer. Ciel si bleu, dolce vita. Rocher blanc. Sourire du soleil doux le matin. Températures clémentes, même l’hiver, sauf s’il y a le vent. Nature et ville. Vieux et moderne. Grincements des bateaux. Bigarrée, riche de ses mixités. Interactions. Superpositions. Les souvenirs qui s’entrechoquent. Trompette en bord du port, le soir. Je l’ai croisé ce…

18. Bégayer

18. La magie d’un tel atelier, c’est ce qu’il fait advenir de langue — en 17 prises d’écriture, il y a forcément une phrase de vous qui vous a surpris, dérangé, étonné — résistive par sa syncope, sa couleur, voire sa maladresse apparente — alors partir de cette phrase, et elle seule, et la bégayer jusqu’à extraire son grain nu — la singularité même de ce qui émerge de voix, hors de vous et pourtant vous  Rien de bien exceptionnel ici, sauf pour celui ou celle qui sait. Rien. Rien de. Rien de bien. Rien de bien mon ex. Rien…

17. La notion d’obstacle

17. jusqu’ici, le narrateur n’a jamais interagi avec le réel dont il fait récit : et si on retrouvait trois épines, fissures, cassures, événements hors de sa volonté propre, trois fois où ce réel a littéralement fait obstacle au narrateur ? –- une autre manière alors d’entrer en rapport avec le fragment de ville à la source du récit Retour au jardin. C’est le temps des confitures. Le figuier vert, celui qui est devant la maison cette année-là est vraiment superbe. Il a fait tellement de fruits cet été! Elle est fière de voir le jardin s’épanouir, elle y voit le…

16. l’envers du décor

16. ce lieu qu’on a construit, solidifié, complexifié depuis le début, et si on ouvrait sa face noire, se forcer à ouvrir le négatif, à le retourner sur lui-même Quand tu étais enfant tu ne pouvais pas voir les gens comme moi, ma belle. Tu étais trop heureuse de voir tes grands-parents. Et puis les poubelles n’étaient pas tout à fait les mêmes. Et puis aussi la ville des pauvres est flottante: c’est une ville dans la ville qui se déplace. En tirant ma charrette et en voyageant avec elle, cela je l’ai bien appris. Une ville flottante avec sa populace,…

15. Le je qui tu

15. le je qui tu une des silhouettes ci-dessus évoquées, en tout cas un personnage extérieur au narrateur initial, l’apostrophe et vous avez à situer vous-même de l’extérieur ce narrateur qui parlait pour vous : on parle dans un je extérieur à soi-même  J’ai vu que tu me regardais la fille au chien j’ai bien vu que tu me regardais oui oui avec ton chien ne crois pas que parce que je fais les poubelles comme ton chien je ne vois rien au contraire mon oeil est bien aiguisé —nécessité oblige—et j’ai reconnu cette infime hésitation quand tu as tourné la…

14. Silhouettes

14. dans le lieu défini au 1er cycle, faire exister 5 silhouettes juste ébauchées, faire en sorte que la brièveté d’évocation les rende le plus concrètes possible Son chien est un pittbull. Il porte un genre de marcel pour montrer ses bras bien musclés et ses tatouages. Un air un peu trop sûr de lui: cependant il tient toujours son chien quand elle passe. Elle, un chien improbable, plutôt fort grand, un peu maigre et rieur. Elle rieuse également, à la marche tonique et au visage ouvert. Brune, elle porte ce jour-là une jupe longue, plutôt droite, bleue, avec de grandes…

13. En l’attente

13. En l’attente: un point précis de la ville, et laisser faire le temps, ce point livré à son ordinaire  C’est le matin, c’est le début de l’été. Le bleu du ciel est encore pâle au-dessus du bleu de la mer. Les restaurants sur la plage commencent à se réveiller, les terrasses sont mises en place, on installe les sièges. Ici, chaque chaise en toile porte le nom d’un acteur ou d’un cinéaste connu. Plus loin, un espace de jeu pour les enfants sur le thème de la mer, vide. Il y a un canard rouge , mais aussi un coquillage,…

12. Intérieurs extérieurs

12. extension de la précédente, encore un lieu décrit de l’intérieur, et lieu à usage public, mais cette fois lieu de traverse ou déambulation. Sa porte préférée pour y entrer c’est par la Canebière. Puis elle traverse le grand magasin et son espace pour femmes, rayon cosmétiques et parfums. De tout pour embellir l’oeil, les sourcils, le teint, les lèvres, les ongles… On y croise aussi tout plein de « sent-bons » avec leurs ambassadrices derrière leurs stands de marques. Il faut tracer au milieu de ceux qui essayent, hésitent, demandent, échangent, achètent. Il faut traverser ce lieu malgré ceux et celles qui…

11. Lieu non lieu

11. choisir, quelque part dans la ville, une de ces petites bulles d’intérieur qui sont aussi des espaces publics, et la faire exister telle quelle, comme nous la vivons tous. – « Cinq quarante. » Le visage est fermé. Un léger accent qui roule les « rr », un ton sans appel. C’est comme ça et pas autrement. Le 5ème arrondissement, certes, mais ce n’est pas le quartier de La Plaine. La boutique est peu amène, comme la voix. Un mot simple « BOULANGERIE » est écrit au dessus de la porte d’entrée. Verre un peu sale et bois peint, vieux rouge sans éclat, déteint par le…

10. Compte triple

10. explorer la relation de l’écriture aux autres sens que la vue et l’ouïe : l’olfactif, le toucher, le goût, en 1 texte comme en 3… La chaleur du Sud agrandit les odeurs: c’est comme une sorte de loupe où l’on peut trouver le pire comme le meilleur. L’odeur de sang de la boucherie de la rue longue des Capucins. La pizza gourmande qui envahit soudain les narines peu importe où dans la ville et donne envie de la dévorer quelle que soit l’heure de la journée. Les ordures qui marinent à divers endroits de la ville, trop souvent. Arrivé au…

9. Bande-son

9. Bande-son: fermer les yeux, et voyager dans tous les sons et bruits, en se laissant flotter temporellement et spatialement, qu’on peut associer au lieu point de départ  Devant la maison au jardin. Retrouver, revenir vers tout un univers sonore propre à cette période de sa vie, à la ville, à ce lieu même. Mais ici, on est dans la ville et l’on n’y est pas. Revenir au petit matin, allongée, au fond du lit. Les voitures passent sur la route, au loin, plus loin. Pas d’hôpitaux à proximité, ici: ce n’est pas comme dans le quartier de la Plaine. Rarement…

8. Il pleut

8. Il pleut: et si on prenait le même lieu, mais dans des conditions météos complètement différentes : par exemple, il pleut… Les caniveaux du centre ville peuvent être pleins d’eau sans pour cela qu’il ne pleuve, à Marseille. D’ailleurs, pleut-il vraiment à Marseille? L’eau s’invite le plus souvent partiellement, rapidement, discrètement, parce qu’il le faut bien de temps en temps. Lorsqu’il pleuvait dans la maison au jardin, il lui revient que les gouttes semblaient sauter sur le sol, s’immisçaient plus ou moins dans la terre, entraient difficilement en elle. Et cependant le jardin était riche en arbres et en plantes….

7. Là tout auprès mais

7. Là tout auprès mais: pas besoin que ça ait été détruit, juste qu’on sait que c’est là tout auprès, mais qu’on a totalement perdu le chemin pour y retourner Marseille est à la fois un endroit de rupture et de continuité pour elle. Il y a le poids de la famille qui vit dans la ville depuis plusieurs générations, ce lieu auquel on essaye de l’attacher mais d’où pourtant on l’arrachera. Marseille est certes la ville où elle est née, mais surtout pour elle une ville de vacances quand elle rend visite aux grands-parents —aussi au reste de la famille—…

6. Noms propres

6. Noms propres: une transition : se saisir des noms propres associés au lieu initial, ce sont les noms de rues, mais aussi de lieux sociaux (écoles, piscine ou espaces culturels), voire de personnes (médecin, instituteurs), et associer une image texte à ces noms propres, se déformant l’un par l’autre. Démarrer rue Charles Kaddouz, et, soudain, se souvenir d’avoir conduit des Ulysses au Parc Borély, enfant. Traverser ensuite Frais Vallon: ses voitures brûlées, ses poubelles lancées sagement posées dans des filets installés vers le bas des immeubles. Marseille a de nombreux visages, fort contrastés. Les noms des quartiers de la…

5. B-roll

5. B-roll: où comment l’art des détails de tout ce qu’on ne remarque pas peut conférer au lieu de départ sa poétique et sa présence…  Promenade au jardin, maison posée presqu’en son centre. Ici, la ville semble loin. Quand on se dirige vers la maison, on ne voit pas immédiatement la porte d’entrée: toute en bois, avec des rectangles à facettes, comme des petits toits. En face de cette partie de la terrasse et de la porte, des noisetiers. Un jour de jardinage, deux yeux dans la terre s’ouvriront soudain car les crapauds s’enterrent pour passer l’hiver. Là, le mur s’effrite,…