Proposition 4 : duras, quatuor à dire

1) Lieu réel et sa poétique 2) Enquête 3) Fondement autobiographique de la démarche 4) À quoi cela rapporte en soi-même et objet en perspective Une route qui tourne, et des phares qui la dévoilent. Bitume fatigué, tout comme celui qui conduit la voiture blanche. On est au cœur de la nuit. Il fait humide et de la brume apparaît, s’immisce ci et là. Plus il avance dans la rue principale, plus la brume devient présente en nappes flottantes, damier fantasmagorique au-dessus du sol, à des hauteurs diverses. Il se dit que les vieux fantômes l’accueillent. Feu rouge. Voilà que…

Proposition 3 : quand Kafka s’amuse

Choisir une histoire que tout le monde connaît. La raconter, puis la décliner en trois renversements. C’est l’histoire d’une très jolie jeune fille, fort bien élevée. Sa grand-mère l’adore, au point de lui avoir fait faire un charmant chaperon rouge. Justement, la jeune fille va rendre visite à son aïeule, lui apportant un morceau de galette et un peu de beurre. Dans la forêt, elle rencontre le loup. Elle parle avec lui et lui donne toutes les indications pour aller chez sa mère-grand. Le loup s’y rend illico, et mange la vieille dame. Il tend ensuite un piège au petit…

Proposition 2 : écriture avec écrivain

Fragment d’un livre sans début ni fin, avec un écrivain exquis. Un homme exquis également. Un homme qui pensait être paresseux. Je l’ai rencontré dans le café de mon quartier, son éternelle cigarette au coin des lèvres. Un ami commun nous a présenté, il savait que nous avions en commun la passion de faire des collages. Je n’osai rien dire au tout début de la rencontre, fort intimidée. Alors j’ai pris un œuf sur le comptoir, et tout en le dépiautant, je me demandais si sa fille allait mieux. Avoir une fille anorexique est bien difficile. Elle a un appétit…

Atelier d’écriture d’hiver : ça commence ici.

Alors voilà, j’hésitais et puis finalement je me suis lancée. Donc c’est reparti pour un Atelier d’écriture en hiver avec François Bon. Thématique : « En 4000 mots – Recherche sur la nouvelle « . Première proposition : des images mentales. Partir à la rencontre de trois images mentales, en trois paragraphes indépendants. 1. Un arbre, à la fois droit, allant vers le ciel, et qui pourtant semble attiré vers le sol. Sur le bitume gris sombre des lignes blanches consécutives, larges, verticales. De part et d’autre de celles-ci des rebords qui emmènent sur des trottoirs. Au-dessus, des lignes horizontales noires, fines,…

44. Livres enfouis

Cette proposition sera la dernière publiée sur le blog. De fait, il existe une proposition 45 sur laquelle je travaille actuellement. Elle est réalisée par ceux qui souhaitent arriver à cette aventure formidable qui est celle de participer à l’édition d’un livre issu de cet Atelier. Que dire en conclusion de cette aventure… Elle m’a beaucoup stimulée, m’a permis de retrouver ce grand plaisir que j’éprouve à écrire. Elle m’a demandé également d’être extrêmement organisée afin de pouvoir être très régulière pour prendre ce temps. Je regarde la ville, les espaces urbains de façon différente, et cela m’a fait du…

43. Frontière close & ouverte

43. phrase clé : ce qu’il vous resterait à écrire –- à la fois comme une coda ou un prolongement vers le livre possible, mais surtout parce qu’en nommant ce qui n’a pas été écrit on remultiplie les échos intérieurs dans la limite même que constitue le texte déjà écrit Bien sûr, on pourrait parler encore si longtemps de Marseille et de ce qui n’a pas été. Évoquer la mer et puis ce qui aurait pu être. Écrire sur la perte, sur les rochers blancs, sur ce qui est mort là-bas. Décrire des pins. Pleurer sur ce qui a été détruit….

42. Interstices

42. chacun.e a construit par accumulation de facettes un texte long et complexe, mais qui peu à peu prend sa voix et son chemin propre, maintenant on tente de relier par des textes les propositions disjointes Entre la proposition 10 et 11: Car là-bas, dans la cité, il y a les appartements de la rue Saint-Pierre et il y a bien sûr dans le douzième, la maison au jardin. Il y a tout ce qui parle d’avant, puis de demain. De moments de l’enfance, de pendant les vacances, de ceux qui passent la voir quand elle vit à Marseille, de ceux…

41. Entre doubles crochets

41. sur une de vos précédentes contributions, travail d’expansion interne, façon W de Georges Perec Travail réalisé sur la proposition 1 : Quand elle était revenue, la première chose qu’elle avait vu c’était ce mur. [[ Lisse, neuf, et d’un rose discret. ]]  Sur le côté du chemin. À gauche. Il y avait désormais un mur. Voilà. La maison était désormais fermée au regard, protégée, [[ entourée. ]] C’est ce que cela lui évoquait, [[ ce mur enduit d’un rôle pâle. Cette protection, ]] cette transformation qu’elle avait [[ tant ]] espéré pouvoir réaliser à l’époque. Et puis étaient venues les questions…

40. Limite

40. Trouver un endroit, même minuscule, qui symbolise exactement les confins de la ville — le faire exister comme s’il la contenait toute Être les pieds dans l’eau, dans la mer, avancer tout droit devant, vers l’horizon. L’eau arrive à la cheville. Sous les pieds le sable est ondulé, c’est à la fois agréable et un peu désagréable. Il faut marcher pas mal pour essayer d’avoir une progression concrète, et que l’eau soit un peu plus haut sur le corps, vers le genou, voire un peu au-dessus. Se retourner alors et regarder la plage. Observer. Beaucoup de gens. Certains sont…

39. Chantier

39. Exercice libre, en pensant à Julien Gracq évoquant le trou d’avant la construction de Beaubourg : le réel dans l’instant de sa transformation, image d’un chantier Un jour, elle s’est rendu compte que le U au coin de la rue Vitalis et de la rue Saint Pierre était fermé. Avec cette fermeture, elle a pensé aussi à la disparition des consignes de limonades. Et pourtant, cela faisait bien longtemps qu’il n’était plus question de consignes. Et pourtant, le U était fermé depuis des lustres. Mais là, étrangement, bien que les moeurs aient changé depuis des années, qu’un Super U…

38.Jamais dire jamais

38. en adieu à Cendrars, depuis son texte programmatique « le roman que je n’ai jamais écrit », 10 à 15 titres ou résumés en 2 lignes de livres possibles (ou pas) sur la ville dont vous parlez Ce serait bien d’avoir une place sur un meuble, par exemple dans la maison au jardin. À cet endroit il y aurait un grand pot de céramique blanche, d’un blanc pas trop éclatant, tirant vers le crème, faisant un peu asiatique, mystérieux, avec quelques lignes ci et là sur la surface du couvercle, mais à peine, un pot si simple qu’il pourrait presque…

37. Enfilades

37. à partir de Blaise Cendrars, traversée continue de la ville par les intérieurs Laisser voler son regard au-dessus de la ville, comme si on était un gabian rieur. Tourner, virer, frémir du plaisir du vent, découvrir et rêver. Là une cuisine où s’empilent les assiettes sales, grandes et petites, d’un repas d’amis de la veille. Trop de verres sur la table, certains encore avec un peu de liquide rouge dedans. Du pain coupé dans une panière, sèche, oublié. Un livre à la couverture jaune caché derrière des serviettes entassées, en désordre. On arrive à lire « çale », « boul » et « sel » sur…

36. Du lointain

36.  on reprend à nouveau par copier/coller le texte de la 34, mais on le réécrit comme s’il s’agissait d’un « pays lointain » (Michaux), d’une ville totalement inconnue ou rêvée : ça change quoi, alors, au texte ? C’est comme un sandwich: Autoroute Nord, des quartiers, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : la carrière de Saint Antoine et sa tuilerie. Imaginaire de poudre orange, d’ondulations pour les toits, de traditions de savoir-faire et métiers de Provence. Un espace d’une autre époque qui est devenu un grand parc. Le plus grand espace vert dans…

35. Anticipation mais pas trop

35. Reprendre par copier/coller le texte précédent, mais le décaler un tout petit peu en avant dans le temps, le moins possible ! Le Nord de la ville est toujours un sandwich: Autoroute Nord, des espaces urbains, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : « le Grand Littoral ». Toujours le plus grand centre commercial de la région PACA. Des défauts de construction et quelques fissures sont apparus dans le gigantesque Carrefour. Il y a même un endroit où le terrain est instable. Un restaurant rapide de Tacos a rejoint MacDo, BurgerKing et les autres. Des boutiques…

34. Nord Sud Est Ouest

34. une demande extrêmement précise : 4 x 20’, pas plus d’1 texte par jour, sur chacun des points cardinaux de la ville, pour une carte pragmatique, à partir du texte de Cendrars sur les photos de Doisneau C’est comme un sandwich: Autoroute Nord, des quartiers, et autoroute du Littoral de l’autre côté. Au coeur du sandwich : la carrière de Saint Antoine et sa tuilerie. Imaginaire de poudre orange, d’ondulations pour les toits, de traditions de savoir-faire et métiers de Provence. Un espace d’une autre époque qui est devenu « le Grand Littoral ». Le plus grand centre commercial de la région…

33. Transactions

33. souffler la pierre et le ciment, pour une accumulation de tous les gestes, métiers, chantiers, actions, échanges Elle est contente d’être à la Plaine un jour de marché. Retrouve cette ambiance propre à ici, qui lui parle aussi de tant de moments ; se rappelle entre autre les économies gardées pour le plaisir de marchander, l’été, un bijou à quelque vendeur africain lorsqu’elle était adolescente pour elle et pour ses amies. Ici tout se vend. C’est comme une sorte de grande surface découpée et étalée sur l’ensemble de la place, avec de nombreux marchands de styles différents. Elle promène son…

32. Ciels ma ville!

32. et il n’y aurait rien à écrire des ciels de votre propre ville en construction ? La ville s’ouvre et se referme sur du bleu. Bleu à l’âme et bleus du coeur, azur saignant. Goutte à goutte de chagrin qui tombe parfois des nues. Ciel hautain, moqueur, indifférent. La ville est sans concession, explose et rayonne sous cet azur résistant aux nuages, si souvent. Ombres qui se découpent au sol en réponse aux droites qui jaillissent de celui-ci. Fenêtres mi-fermées où l’on croise ce bleu rieur et moqueur. Réponse au firmament par la mer. La grande bleue. Presqu’un décor, ce…

31. Calvino et les morts

31. non pas mimer les allégories que déploie Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit En surimpression de la ville se promènent toujours un peu les disparus. Leurs silhouettes et leurs sourires. Leurs mots silencieux. Des partages. Si les transformations diverses de la ville gomment un peu cela avec le temps qui passe, les objets ci et là les racontent et les font revivre. Point trop n’en faut non plus: les vivants ne sont pas fait pour vivre avec les morts et le poids de l’héritage…

30. Répéter

30. important : il ne s’agit pas de rituels privés, mais sociaux, ceux qui organisent la communauté — ceux (les plus solennels) qui reviennent une fois l’an, par exemple, mais pourquoi pas plus souvent ou quotidiens — et pourquoi pas en décrire un dans la parfaite équivalence du temps récit et du temps dit référentiel, celui de l’action en temps réel ? Elle s’était dit, que, pour une fois qu’elle était à Marseille au printemps, elle y participerait. Et voilà, c’est aujourd’hui. Aujourd’hui, le rendez-vous annuel du grand nettoyage collectif. Du débarbouillage de plage. Du blanchissement du sable. Le jour pour…

29. Rencontrer

29. dans ces lieux que nos descriptions construisent, des personnages qui sont autant d’énigmes Sur le Vieux Port, elle a rapidement remarqué cette femme. Elle n’est pas laide, mais pas non plus franchement jolie. De profil. Le nez donne du caractère au visage, même s’il est un peu long. Quelques boutons d’acné teintent de rose et de reliefs sa peau plutôt brune. L’expression de sa figure n’est pas avenante: un peu fermée, un peu sombre. Cela fait contraste avec l’enfant qu’elle tient dans ses bras, attaché et tenu contre son corps par un lien rose et gris, et posé sur son…

28. Se déplacer

28. métro, bus, voiture, moto ou à pied : chaque mode de transport est aussi un dispositif de perception optique — alors non pas aller d’un point à un autre, mais se concentrer seulement sur un fragment de cette perception en mouvement Fermer l’appartement, puis descendre les trois étages. Tirer la porte et veiller à ce qu’elle se referme bien. Lever la tête: l’immeuble sur la gauche a deux plaques bleues et blanches de part et d’autre de la porte: « 86 » et « Gaz à tous les étages ». Partir à pied sur la droite pour monter vers la Plaine. Passer devant les…

27. Arriver

27. gares, aéroports, parkings : la ville on l’associe toujours à comment on y arrive, comment on y entre — d’ailleurs des textes comme ça il y en a plein la littérature Enfant. Être à l’arrière d’une voiture et tout d’abord regarder, guetter, excitée: « Ça y est! Bientôt! Je vois l’eau! C’est l’étang de Berre, là, sur la droite! » Après, ce ne sera qu’une succession de sourires et d’impatiences quasi jusqu’à l’arrivée, au centre ville, rue Saint Pierre, chez les grands-parents. Adulte. C’est déjà conduire, être devant. C’est dès le péage de Lançon que l’arrivée se prépare. Après le soulagement financier…

26. Révélation

26. remonter à la première expérience, pas forcément sur le lieu du récit, que cela remonte à l’enfance ou à un voyage, où la ville soudain nous soit apparue comme concept Nombreux. Lignes. Vaste. Anonymat qui fait du bien. Pouvoir être, se promener seule sans que quelqu’un te salue ou t’observe. Tellement plus d’inattendu au coin de la rue. Tellement de temps pour aller d’un endroit à l’autre, pour aller voir ou revoir tel ou tel ami: tant de visages de la ville que c’en est troublant, enivrant. Ici prendre le temps ou traverser l’urbain est forcément différent. La ville est…