32. Ciels ma ville!

32. et il n’y aurait rien à écrire des ciels de votre propre ville en construction ? La ville s’ouvre et se referme sur du bleu. Bleu à l’âme et bleus du coeur, azur saignant. Goutte à goutte de chagrin qui tombe parfois des nues. Ciel hautain, moqueur, indifférent. La ville est sans concession, explose et rayonne sous cet azur résistant aux nuages, si souvent. Ombres qui se découpent au sol en réponse aux droites qui jaillissent de celui-ci. Fenêtres mi-fermées où l’on croise ce bleu rieur et moqueur. Réponse au firmament par la mer. La grande bleue. Presqu’un décor, ce…

31. Calvino et les morts

31. non pas mimer les allégories que déploie Calvino, mais s’en appuyer comme d’une autorisation mentale à explorer ce qu’on sait, soi-même, de la mort dans ce lieu qu’on bâtit En surimpression de la ville se promènent toujours un peu les disparus. Leurs silhouettes et leurs sourires. Leurs mots silencieux. Des partages. Si les transformations diverses de la ville gomment un peu cela avec le temps qui passe, les objets ci et là les racontent et les font revivre. Point trop n’en faut non plus: les vivants ne sont pas fait pour vivre avec les morts et le poids de l’héritage…

30. Répéter

30. important : il ne s’agit pas de rituels privés, mais sociaux, ceux qui organisent la communauté — ceux (les plus solennels) qui reviennent une fois l’an, par exemple, mais pourquoi pas plus souvent ou quotidiens — et pourquoi pas en décrire un dans la parfaite équivalence du temps récit et du temps dit référentiel, celui de l’action en temps réel ? Elle s’était dit, que, pour une fois qu’elle était à Marseille au printemps, elle y participerait. Et voilà, c’est aujourd’hui. Aujourd’hui, le rendez-vous annuel du grand nettoyage collectif. Du débarbouillage de plage. Du blanchissement du sable. Le jour pour…

29. Rencontrer

29. dans ces lieux que nos descriptions construisent, des personnages qui sont autant d’énigmes Sur le Vieux Port, elle a rapidement remarqué cette femme. Elle n’est pas laide, mais pas non plus franchement jolie. De profil. Le nez donne du caractère au visage, même s’il est un peu long. Quelques boutons d’acné teintent de rose et de reliefs sa peau plutôt brune. L’expression de sa figure n’est pas avenante: un peu fermée, un peu sombre. Cela fait contraste avec l’enfant qu’elle tient dans ses bras, attaché et tenu contre son corps par un lien rose et gris, et posé sur son…

27. Arriver

27. gares, aéroports, parkings : la ville on l’associe toujours à comment on y arrive, comment on y entre — d’ailleurs des textes comme ça il y en a plein la littérature Enfant. Être à l’arrière d’une voiture et tout d’abord regarder, guetter, excitée: « Ça y est! Bientôt! Je vois l’eau! C’est l’étang de Berre, là, sur la droite! » Après, ce ne sera qu’une succession de sourires et d’impatiences quasi jusqu’à l’arrivée, au centre ville, rue Saint Pierre, chez les grands-parents. Adulte. C’est déjà conduire, être devant. C’est dès le péage de Lançon que l’arrivée se prépare. Après le soulagement financier…

26. Révélation

26. remonter à la première expérience, pas forcément sur le lieu du récit, que cela remonte à l’enfance ou à un voyage, où la ville soudain nous soit apparue comme concept Nombreux. Lignes. Vaste. Anonymat qui fait du bien. Pouvoir être, se promener seule sans que quelqu’un te salue ou t’observe. Tellement plus d’inattendu au coin de la rue. Tellement de temps pour aller d’un endroit à l’autre, pour aller voir ou revoir tel ou tel ami: tant de visages de la ville que c’en est troublant, enivrant. Ici prendre le temps ou traverser l’urbain est forcément différent. La ville est…

25. Mise en questions

25. de l’accumulation de questions sans réponse comme sauter au travers du réel et lui donner porosité Hého. Est-ce que tu m’écoutes. Est-ce que tu m’entends. Est-ce que je suis claire. Est-ce que tu es sûre pour le mur. Est-ce que tu l’as vu ce mur. Est-ce que la ville s’écrit au travers de la fêlure d’un mur. Est-ce qu’un oiseau qui rit parle vraiment de la mer. Pourquoi j’ai oublié de quel côté se couche le soleil dans l’appartement rue Saint Pierre. As-tu remarqué le mur avec cette clef de sol tagué en face de notre 84. Est-ce que…

24. Caméra temporelle (à l’approche)

24. sur un des paysages fragmentés de la 23, développement selon plusieurs points temporels de l’observation, soit mémoriels, soit imaginaires Elle se dit que c’est étrange de savoir qu’à la place du métro, si longtemps avant sa propre naissance (Jésus lui-même d’ailleurs n’était pas conçu!), à la place du métro, donc, il y avait la mer. Elle se plaît à l’imaginer avec la transparence de celle des calanques. Ici, dans ce très ancien port se trouvaient les esquifs cousus des phocéens posés sur la Méditerranée, jouant avec sa clarté et ses couleurs —donc vert et bleu—: un lagon fantastique où…

23. Paysage, cinq fois

23. du paysage remplaçant la notion d’image, comme incluant l’observateur, et tenant compte de l’organisation de la ville par rapport au point d’usage ou d’observation, cinq notations selon différentes insertions de ce point d’observation, selon le même principe de discontinuité narrative que dans la 21 (c’est important) Vieux Port. Il y a l’eau: tâches d’huiles et détritus près du bord, ligne fine de l’horizon qui se confond avec le ciel, là-bas, au fond, Métro écrit en blanc avec un M majuscule sur les 4 côtés d’un grand cube noir tout au bout, tout à la fin d’un poteau, les nacelles…

22. Première cuisine

22. j’insiste : absolument nécessaire avoir fait la 21 avant celle-ci : ce qu’on a fait au présent, et sur le réel qui vous environne immédiatement, on applique le même principe de construction et détail discontinu pioché dans la mémoire : votre première cuisine… ou votre première table à écrire ? Au fond de la cour, lignes droites, casseroles, Générations, petites pâtes alphabets, assiettes, un chinois tout rouge, des coquillettes, un premier étage, farine, sucre, murs couleur « crème sale », une grosse dispute, 4 petites boîtes en métal pour le thé, « Pâtes et pizza » imprimé sur la tranche du livre en noir,…

21. Lanterne magique

21. fabriquer une petite fenêtre en carton, juste de quoi passer le pouce, et appliquer cette fragmentation du voir à l’environnement immédiat de travail — les détails, les couleurs, les micro-formes et tout rassembler dans un bloc chargé de discontinu… en prélude à la proposition 22  Un carré gris-blanc avec + et =, 4 petits rectangles, une flèche, des poussières et un rai de lumière du soir, du jaune en plastique avec des signes comme des flèches en relief, un noeud blanc, une courbe blanche, une droite toute raide et noire avec un embout qui ressemble à un serpent aux aguets,…

20. Sans nous

20. dans « L’équipée malaise » de Jean Échenoz, un clochard s’héberge clandestinement dans le musée Jacquemart-André : bibliothèques, musées, appartements vides, stations de métro, centres commerciaux où la musique d’ambiance et les messages de service continuent le dimanche : comment est-ce que vivent ces lieux quand personne n’est là pour les décrire ? comment écrire quand y projeter un narrateur est impossible ? on voudrait une proposition libre, dérivante, exploratoire Dans le haut du placard de la cuisine, sur la gauche, la vierge fluorescente de Lourdes illumine doucement le lieu. Juste à côté, une vierge un peu plus grande —qui vient aussi…

19. Lancer de ballon

19. enlever un à un tous les liens du lieu point de départ avec son assignation réelle, plus de toponyme, rien qu’une recréation mentale, légère, irréelle, qui s’ouvre alors en miroirs à tous les miroirs, fantômes, comparaisons Quelquefois c’est paisible. Surtout face ou près de la mer. Ciel si bleu, dolce vita. Rocher blanc. Sourire du soleil doux le matin. Températures clémentes, même l’hiver, sauf s’il y a le vent. Nature et ville. Vieux et moderne. Grincements des bateaux. Bigarrée, riche de ses mixités. Interactions. Superpositions. Les souvenirs qui s’entrechoquent. Trompette en bord du port, le soir. Je l’ai croisé ce…

18. Bégayer

18. La magie d’un tel atelier, c’est ce qu’il fait advenir de langue — en 17 prises d’écriture, il y a forcément une phrase de vous qui vous a surpris, dérangé, étonné — résistive par sa syncope, sa couleur, voire sa maladresse apparente — alors partir de cette phrase, et elle seule, et la bégayer jusqu’à extraire son grain nu — la singularité même de ce qui émerge de voix, hors de vous et pourtant vous  Rien de bien exceptionnel ici, sauf pour celui ou celle qui sait. Rien. Rien de. Rien de bien. Rien de bien mon ex. Rien…

17. La notion d’obstacle

17. jusqu’ici, le narrateur n’a jamais interagi avec le réel dont il fait récit : et si on retrouvait trois épines, fissures, cassures, événements hors de sa volonté propre, trois fois où ce réel a littéralement fait obstacle au narrateur ? –- une autre manière alors d’entrer en rapport avec le fragment de ville à la source du récit Retour au jardin. C’est le temps des confitures. Le figuier vert, celui qui est devant la maison cette année-là est vraiment superbe. Il a fait tellement de fruits cet été! Elle est fière de voir le jardin s’épanouir, elle y voit le…

16. l’envers du décor

16. ce lieu qu’on a construit, solidifié, complexifié depuis le début, et si on ouvrait sa face noire, se forcer à ouvrir le négatif, à le retourner sur lui-même Quand tu étais enfant tu ne pouvais pas voir les gens comme moi, ma belle. Tu étais trop heureuse de voir tes grands-parents. Et puis les poubelles n’étaient pas tout à fait les mêmes. Et puis aussi la ville des pauvres est flottante: c’est une ville dans la ville qui se déplace. En tirant ma charrette et en voyageant avec elle, cela je l’ai bien appris. Une ville flottante avec sa populace,…

15. Le je qui tu

15. le je qui tu une des silhouettes ci-dessus évoquées, en tout cas un personnage extérieur au narrateur initial, l’apostrophe et vous avez à situer vous-même de l’extérieur ce narrateur qui parlait pour vous : on parle dans un je extérieur à soi-même  J’ai vu que tu me regardais la fille au chien j’ai bien vu que tu me regardais oui oui avec ton chien ne crois pas que parce que je fais les poubelles comme ton chien je ne vois rien au contraire mon oeil est bien aiguisé —nécessité oblige—et j’ai reconnu cette infime hésitation quand tu as tourné la…

14. Silhouettes

14. dans le lieu défini au 1er cycle, faire exister 5 silhouettes juste ébauchées, faire en sorte que la brièveté d’évocation les rende le plus concrètes possible Son chien est un pittbull. Il porte un genre de marcel pour montrer ses bras bien musclés et ses tatouages. Un air un peu trop sûr de lui: cependant il tient toujours son chien quand elle passe. Elle, un chien improbable, plutôt fort grand, un peu maigre et rieur. Elle rieuse également, à la marche tonique et au visage ouvert. Brune, elle porte ce jour-là une jupe longue, plutôt droite, bleue, avec de grandes…

13. En l’attente

13. En l’attente: un point précis de la ville, et laisser faire le temps, ce point livré à son ordinaire  C’est le matin, c’est le début de l’été. Le bleu du ciel est encore pâle au-dessus du bleu de la mer. Les restaurants sur la plage commencent à se réveiller, les terrasses sont mises en place, on installe les sièges. Ici, chaque chaise en toile porte le nom d’un acteur ou d’un cinéaste connu. Plus loin, un espace de jeu pour les enfants sur le thème de la mer, vide. Il y a un canard rouge , mais aussi un coquillage,…

12. Intérieurs extérieurs

12. extension de la précédente, encore un lieu décrit de l’intérieur, et lieu à usage public, mais cette fois lieu de traverse ou déambulation. Sa porte préférée pour y entrer c’est par la Canebière. Puis elle traverse le grand magasin et son espace pour femmes, rayon cosmétiques et parfums. De tout pour embellir l’oeil, les sourcils, le teint, les lèvres, les ongles… On y croise aussi tout plein de « sent-bons » avec leurs ambassadrices derrière leurs stands de marques. Il faut tracer au milieu de ceux qui essayent, hésitent, demandent, échangent, achètent. Il faut traverser ce lieu malgré ceux et celles qui…

11. Lieu non lieu

11. choisir, quelque part dans la ville, une de ces petites bulles d’intérieur qui sont aussi des espaces publics, et la faire exister telle quelle, comme nous la vivons tous. – « Cinq quarante. » Le visage est fermé. Un léger accent qui roule les « rr », un ton sans appel. C’est comme ça et pas autrement. Le 5ème arrondissement, certes, mais ce n’est pas le quartier de La Plaine. La boutique est peu amène, comme la voix. Un mot simple « BOULANGERIE » est écrit au dessus de la porte d’entrée. Verre un peu sale et bois peint, vieux rouge sans éclat, déteint par le…

10. Compte triple

10. explorer la relation de l’écriture aux autres sens que la vue et l’ouïe : l’olfactif, le toucher, le goût, en 1 texte comme en 3… La chaleur du Sud agrandit les odeurs: c’est comme une sorte de loupe où l’on peut trouver le pire comme le meilleur. L’odeur de sang de la boucherie de la rue longue des Capucins. La pizza gourmande qui envahit soudain les narines peu importe où dans la ville et donne envie de la dévorer quelle que soit l’heure de la journée. Les ordures qui marinent à divers endroits de la ville, trop souvent. Arrivé au…

9. Bande-son

9. Bande-son: fermer les yeux, et voyager dans tous les sons et bruits, en se laissant flotter temporellement et spatialement, qu’on peut associer au lieu point de départ  Devant la maison au jardin. Retrouver, revenir vers tout un univers sonore propre à cette période de sa vie, à la ville, à ce lieu même. Mais ici, on est dans la ville et l’on n’y est pas. Revenir au petit matin, allongée, au fond du lit. Les voitures passent sur la route, au loin, plus loin. Pas d’hôpitaux à proximité, ici: ce n’est pas comme dans le quartier de la Plaine. Rarement…

8. Il pleut

8. Il pleut: et si on prenait le même lieu, mais dans des conditions météos complètement différentes : par exemple, il pleut… Les caniveaux du centre ville peuvent être pleins d’eau sans pour cela qu’il ne pleuve, à Marseille. D’ailleurs, pleut-il vraiment à Marseille? L’eau s’invite le plus souvent partiellement, rapidement, discrètement, parce qu’il le faut bien de temps en temps. Lorsqu’il pleuvait dans la maison au jardin, il lui revient que les gouttes semblaient sauter sur le sol, s’immisçaient plus ou moins dans la terre, entraient difficilement en elle. Et cependant le jardin était riche en arbres et en plantes….