De toi à moi: 8. Solitude

Très chère, ta dernière lettre m’a comblée: elle arrive, de plus, alors que je bataille quelque peu avec mon imaginaire, mon crayon. C’est tellement bon d’avoir quelqu’un avec qui échanger, parler de tout et de rien, sortir de mes infusions créatrices. Enfin, se reposer. Ton écoute est précieuse, et j’ai l’impression avec mon crayon et ce bloc de papier que je peux tout te dire. Les mots dessinés savent la douceur et la richesse de ton oreille. Souvent, je me demande ce qui me pousse vers cette page, parce que c’est quand même bien du souci. Et puis, après, je…

De toi à moi: 6. I’ll be seeing you.

Elle avait ouvert sa boîte aux lettres, avant midi, et reconnu l’écriture familière sur l’enveloppe. Toujours le plaisir de cet intime, précieux et silencieux rendez-vous. Elle détestait les jours où, ouvrant cette boîte métallique qui porte son nom, elle n’était accueillie alors que par le vide. Quelquefois même, elle n’y rencontrait que des fourmis affolées qui courraient dans tous les sens et elle avait cette impression désagréable qu’elles se moquaient, dansaient une ronde ironique et méchante désordonnée mais scandant silencieusement: « Nul ne pense à toi. » Parfois même, elle a préféré ouvrir la boîte en fer et y voir des factures…

L’âge du peut être

14h18, c’est l’heure où elle a décidé de céder de nouveau à son désir d’écrire. Après une longue matinée vagabonde où elle a laissé glisser le temps; où elle n’a finalement que très peu réalisé de ce qu’elle avait décidé, pourtant, la veille, de faire. Elle a rêvé, beaucoup; quelque peu échangé avec des amis par écrit ou bien au téléphone; ôté les plumes trop nombreuses parsemées sur le sol de sa chambre, et décidé qu’elle prendrait un autre jour la décision finale concernant ce vieil oreiller troué qui avait transformé le lieu du sommeil en une sorte de nid…

Printemps mélancolique

Voilà, c’est ainsi. Cette saison qui éclate, vivifie Cette saison orgueilleuse qui nous nargue et nous énergétise Cette saison des amours qu’est le printemps Cette année a une allure étrange. Ces fleurs qui émergent malgré la pluie, lentement, sont sans orgueils. Certaines, même, éclosent têtes basses. Quelquefois, je remarque que certaines boudent et restent fermées, tant le soleil leur manque. Les parfums qui devraient nous enchanter, je les ai oubliés. Le lilas de l’entrée de mon jardin, pourtant, a fleuri. Il y a les jours où j’arrive et où j’entre dans le jardin tête basse, comme dans une ultime tentative…